Ca y est. Le dernier acte de l'affaire "the People vs. DSK" vient de se jouer dans une cour de justice à Manhattan. Le procureur de l'Etat de New-York a demandé au juge de déclarer un non lieu
dans l'affaire. Et le juge, après avoir déclaré ne voir aucune raison pour laquelle la demande pourrait être refusé, a accepté la demande.
Cette issue était prévisible par n'importe quel utilisateur assidu du rasoir d'Occam. Car même en admettant que DSK soit incapable de contrôler ses instincts, il est difficile de voir en lui un
imbécile. Même en admettant qu'il ait pu violer la femme de chambre dans l'instant, il ne pouvait pas ne pas réaliser le risque auquel il était exposé une fois la libido refroidie. Dans ces
conditions, comment expliquer qu'il ait quitté son hôtel tranquillement pour aller déjeuner avec sa fille, puis ait appelé l'hôtel en indiquant qu'il entendait prendre l'avion le soir même et
finalement se soit présenté à l'embarquement, là où les policiers pouvaient facilement le cueillir ? Rien à faire: de toutes les explications imaginables, celle qui permet le plus simplement
d'expliquer logiquement l'enchaînement des faits était la théorie du rapport consenti - et vraisemblablement tarifé - suivi d'un chantage.
La prudence commandait donc au minimum d'attendre avant de désigner la "victime" dans cette affaire. Mais dans notre société dominée par l'émotion et la communication, la prudence n'est pas un
accessoire très utile. Un certain nombre de soi-disant "féministes" - en fait des androphobes - ont vu dans cette affaire l'opportunité d'enfourcher leur cheval de bataille préféré. Il faut dire
que toutes les conditions étaient réunies pour que la bienpensance-féministe-de-gauche se pourlèche les babines: l'accusé blanc, mâle, âgé, riche, puissant; la victime noire, immigrée, femme,
pauvre. Le cadeau était trop beau pour le laisser passer. Et on a eu droit aux classiques - et imprudentes - déclarations enflammées. Prenons un petit exemple - à peine innocent: voici ce
qu'écrivait Marie-George Buffet le 16 mai dernier:
La nouvelle concernant DSK m'a plongé dans une profonde colère. Colère tout d’abord devant des faits qui- s’ils sont avérés- relèvent encore d’une atteinte particulièrement grave à la dignité
d’une femme :le viol est un crime.
Qu'on puisse se mettre en colère en prenant connaissance d'un fait, on peut le comprendre. Mais être "plongé dans une profonde colère" devant ce qui n'est à ce stade qu'une accusation que rien ne
corrobore, c'est tout de même curieux. Mais comme le montre la suite du texte, l'expression "s'ils sont avérés" n'est là que pour faire joli. Pour Marie-George, c'est comme si le fait était
prouvé:
Et colère pour la vie politique de notre pays mêlée une nouvelle fois à des faits divers les plus nauséabonds.
Rappelons qu'à ce stade aucun "fait", divers ou pas, n'est positivement établi lorsque ces lignes sont écrites. Et Marie-George de conclure:
Oui, il est présumé innocent. Non elle n’est pas présumée coupable. Et si elle était présumée victime ?
On voit la faille logique du raisonnement. Si DSK est "présumé innocent", alors il faut "présumer" que le viol n'a pas eu lieu. Comment dans ces conditions pourrait-il y avoir de "présumée
victime" ? D'ailleurs on pourrait renverser le raisonnement. Dans la mesure ou DSK affirme que le rapport avec la plaignante était consenti, il devrait être "présumé victime" d'une dénonciation
calomnieuse, n'est ce pas Marie-George ?
Hélas, trois fois hélas pour Marie-Georges, les investigations conduites par le procureur ont rapidement mis en lumière beaucoup d'inconsistances dans la version de "présumée victime". Pour ceux
qui maîtrisent la langue de Shakespeare, il faut lire la demande rédigée par les services du procureur (disponible ici). En la lisant, on comprend pourquoi le procureur de New York n'avait d'autre choix que
de laisser tomber le cas.
D'abord,au fil des interrogatoires la plaignante a fourni trois versions différentes - et incompatibles - des faits. Dans la première, qu'elle a soutenu du 14 mai au 28 juin, après avoir été
violée elle se serait enfui de la suite 2806 pour se réfugier au bout du couloir ou elle a été trouvée par l'un de ses superviseurs. Mais le 28 juin, elle change de version: admettant avoir menti
aux policiers - et, beaucoup plus grave, d'avoir menti sous serment au "Grand Jury" - elle déclare qu'en sortant de la suite de DSK elle est allée dans la suite 2820 pour faire le ménage
(ménage qu'elle décrit par le détail), et qu'une fois le ménage terminé elle est... revenue dans la suite de DSK pour y faire le ménage. Les agents du procureur examinent alors les
enregistrements d'entrées et sorties de la suite 2820, et remarquent que la femme de chambre y est bien allée... mais n'y est resté qu'une minute. Pas assez pour faire le ménage tel qu'elle
l'avait décrit. Confrontée à cette contradiction, la plaignante change une nouvelle fois sa version le 27 juillet. Elle y serait bien allée dans la suite 2820, mais seulement pour reprendre des
produits de nettoyage. Et la conclusion du procureur est limpide: "l'accusation n'a pas pu extraire de la plaignante un récit fiable de ses actes en relation avec les faits reprochés. Non
seulement ceci met en doute la fiabilité du témoin, mais ces récits variables rendent difficile d'établir ce qui s'est véritablement passé entre 12:06 et 12:26 [la période pendant laquelle le
viol aurait eu lieu], et nous ne pouvons pas affirmer que le témoin dirait la vérité s'il était appelé à la barre".
Ensuite, les constatations de police scientifique ne permettent nullement de confirmer un acte sexuel imposé par la force. Pas de blessures, pas de signes particuliers. La plaignante affirme
avoir griffé DSK, mais aucun signe de son ADN n'est trouvé sous ses ongles... le cas repose donc exclusivement sur le témoignage de la femme de chambre, et donc sur sa crédibilité. Or, de ce
point de vue, l'affaire se présente mal. Car il faut noter que la plaignante a beaucoup menti. Et en particulier sur une affaire très révélatrice: concernant un précédent viol. Lisons encore le
procureur: "En réponse aux questions des interrogateurs, la plaignante raconte volontairement qu'elle a été victime d'un viol collectif par des soldats qui ont envahi sa maison en Guinée. Dans un
entretien du 30 mai 2011, elle raconte des détails précis et émouvants sur le nombre et la nature de ses attaquants et la présence sur les lieux de sa fille de 2 ans, qui, raconte-t-elle, lui fut
arrachée et jetée sur le sol. Au cours de deux entretiens, elle identifie des cicatrices visibles sur elle affirmant qu'elles ont été faites au cours de l'attaque. Dans les deux occasions, la
plaignante raconte le viol avec grande émotion et conviction: elle pleure, parle avec des hésitations, et apparaît comprehensiblement angoissée. Durant le premier entretien, elle cache même sa
face dans ses bras sur la table.
Dans deux entretiens postérieurs du 8 et 9 juin 2011, la plaignante admet devant les interrogateurs que cette attaque n'était qu'une invention. Lorsqu'on lui demande d'expliquer pourquoi elle l'a
inventée, elle explique qu'elle a menti sur le viol parce que cette histoire était incluse dans sa demande d'asile, et qu'elle ne voulait pas s'écarter de cette déclaration (...). Lorsqu'elle est
confrontée avec le fait que sa demande d'asile ne comporte aucune mention de ce viol, elle déclare avoir préparé cette histoire avec une personne non identifiée pour l'inclure dans sa demande.
Cette personne lui aurait fourni une cassette incluant l'histoire d'un viol fictif, qu'elle devait mémoriser. En fin de compte, elle déclare avoir décidé ne pas inclure de référence au viol dans
sa demande d'asile".
Voilà pour les faits. Mais le procureur est obligé de conclure que: "Il est clair que, dans une affaire où la plaignante accuse une personne de violence sexuelle, le fait qu'elle ait auparavant
raconté un viol fictif est de la plus haute importance. Le fait qu'elle ait raconté ce viol aux interrogateurs comme un mensonge délibéré, et qu'elle l'ait fait dans une forme très persuasive et
identique à la forme utilisée pour raconter sa rencontre avec l'accusé est aussi très significatif. Mais ce qui est le plus important, c'est sa capacité à raconter cette fiction comme si c'était
un fait en simulant une parfaite conviction. Les procureurs affirment souvent que le comportement d'un témoin est un élément essentiel pour établir sa crédibilité. Dans le cas présent, la preuve
de l'utilisation de la force et de l'absence de consentement repose exclusivement sur les affirmations d'un seul témoin, la plaignante. Le fait qu'elle ait été capable de persuader des
interrogateurs et des détectives expérimentés qu'elle avait été la victime d'une violente et sérieuse - mais fausse - agression sexuelle, avec la même attitude qu'elle aurait certainement lors
d'un procès, est fatale à l'accusation. Sachant que son émotion ne peut servir à mesurer fiablement sa véracité, et comptant sur le nombre de mensonges découverts pendant nos entretiens avec la
plaignante, nous arrivons à la conclusion que nous ne sommes plus convaincus que l'accusé est coupable au delà d'un doute raisonnable. Et par conséquent, nous ne pouvons pas demander à un jury de
le croire sur la seule base du témoignage de la plaignante".
Quant aux motivations de la plaignante, elles sont confirmés par plusieurs éléments, et notamment une conversation téléphonique avec son compagnon, détenu pour trafic de drogue dans une prison de
l'Arizona. La encore, voici ce qu'écrit le procureur: "En addition, il lui est demandé dès le 16 mai sur ses motivations financières, étant donné son choix d'employer un avocat civiliste. Elle
déclare sans ambiguïté ne pas avoir l'intention d'obtenir de l'argent comme résultat de cette affaire. Elle maintient cette position tout au long des entretiens avant et après l'inculpation,
affirmant avec émotion en une opportunité que personne ne pouvait "l'acheter". Mais presque simultanément avec ces déclarations, la plaignante dans une conversation enregistrée avec son fiancé en
prison fait explicitement mention aux bénéfices financiers qu'elle pourrait tirer de l'incident du 14 mai 2011. Même s'il est parfaitement normal de rechercher réparation dans un procès civil,
les contradictions avec les affirmations de la plaignante posent la question de sa crédibilité".
Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui s'est passé le 14 mai 2011 entre 12h06 et 12h23 dans la suite que DSK occupait au SOFITEL. Mais ce que nous savons, c'est que la crédibilité de
l'accusation formulée contre DSK est inexistante. Tel que les faits sont exposés aujourd'hui, DSK est plus probablement la victime de cette affaire, et non pas le criminel. Et il faut s'arrêter
pour considérer un moment la tragédie d'un homme - et dieu sait que je ne suis pas, de près ni de loin, un supporter de DSK - qui voit sa réputation, sa vie professionnelle, son avenir brisé par
une accusation qui, selon toute vraisemblance, n'est qu'un mensonge. Demain, ce qui est arrivé à DSK pourrait nous arriver à n'importe lequel d'entre nous. Demandez sinon à ce professeur
d'université, homme respecté à la ville comme à l'Université, accusé de viol par une étudiante mécontente de ses notes soutenue par toute une foule de soi-disant "féministes" trop contentes de
soutenir une "soeur en détresse".
Une question reste posée: que vont dire aujourd'hui toutes ces androphobes qui se sont données à coeur joie pour dénoncer les turpitudes "si les faits sont avérés", bien entendu, de DSK et ont
versé tant de larmes sur la "victime présumée" ? Dans un monde idéal, elles se retireraient faire leur examen de conscience et s'excuseraient d'avoir parlé un peu vite. Mais voilà, nous ne sommes
pas dans un monde idéal, et ce genre d'engeance soi-disant "féministe" applique à la lettre la devise du monde politique: "n'avouez jamais". Encore une fois, c'est Marie-George Buffet qui se
distingue, en publiant la première sa déclaration. La voici:
Pas de procès dans l'affaire DSK-Diallo, mauvaise nouvelle
Le refus de faire juger l'affaire dans laquelle l'ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes . Car à
ce jour la vérité n'est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime. La décision du procureur fait courir de grands risques au droit des femmes en revenant au temps où les
victimes de viols étaient à priori coupables, au temps où le viol n'était pas considéré comme un crime. Rappelons nous qu'en France le jugement de ces faits par une cour d'Assises n'est pas si
vieux que cela! La vigilance s'impose pour que le refus de faire passer la justice aux USA ne donne pas des ailes en France aux pourfendeurs d'une justice implacable envers les violences-
sexuelles ou non - à l'encontre des femmes .
On se demande si Marie-George a la moindre idée de quoi elle parle. Ainsi, selon Marie-George, même s'il apparaît à l'évidence que le seul témoin sur lequel toute l'affaire repose n'est pas
crédible, alors qu'il est clair que ce témoin a menti y compris sous serment, il faudrait quand même soumettre DSK à un procès ? Pourquoi ? Au nom de quoi ?
Imaginons que pour faire plaisir à Marie-George on jugeait DSK. Le jury aurait-il le droit de le déclarer "non coupable" sans "faire courir de grands risques au droit des femmes" ? Non, bien
sur. Une fois que DSK - ou n'importe quel autre homme, au demeurant - a été accusé, il faut qu'il soit jugé et condamné parce que toute autre issue au procès pourrait "mettre en danger" la
sacrosainte théorie des soi-disant féministes selon laquelle la "parole des femmes" dit toujours la vérité. Déclarer "non coupable" un homme accusé de viol revient à déclarer "coupable" sa
dénonciatrice. Et ça, pour les pseudo-féministes, c'est intolérable. Le droit des femmes, comme les dieux antiques, demande des sacrifices humains. Et tant pis s'ils sont innocents.
Qu'une Marie-George Buffet puisse soutenir une telle théorie montre à quel point le PCF et ses dirigeants sont devenus des gauchistes. Car cette position a un antécédent très intéressant: c'est
l'affaire de Bruay-en-Artois. Au départ, une affaire banale: Pierre Leroy, un notaire de Bruay-en-Artois et sa maîtresse sont mis en examen pour l'assassinat de Brigitte Dewevre, une fille de
mineur de 16 ans. Là encore, les éléments de la caricature sociale sont réunis: la victime est une jeune fille d'ouvrier, l'assassin présumé un notable riche. La presse d'extrême gauche se
donne à coeur-joie. Pierre Leroy est présenté comme un exploiteur lubrique et sans scrupules. Mais très rapidement un ami d'enfance de la victime avoue le crime...
Et que croyez vous qu'il arriva ? Que l'extrême gauche fit amende honorable et admit qu'elle avait eu tort ? Bien sur que non. La Gauche Prolétarienne et sa publication "la cause du
peuple" continuèrent à salir Pierre Leroy affirmant que même s'il était innocent des faits qui lui étaient reprochés, il serait quand même coupable du fait de son appartenance de classe.
Aujourd'hui, lorsque Marie-George Buffet appelle à juger un DSK qui a toutes les chances d'être innocent au nom des "droits des femmes" on est dans le même cas de figure. Même s'il n'avait rien
fait, Pierre Leroy était coupable parce qu'il était bourgeois. Même s'il n'a rien fait, DSK est coupable parce qu'il est de sexe masculin.
Le viol est un crime. Mais c'est aussi un bizness. On se souvient comment Clémentine Autain en avait fait un argument éléctoral, racontant son propre viol sur les plateaux de télévision. On se
souvient aussi comment des chiffres qui n'ont aucun fondement statistique sérieux sont régulièrement assenés à l'opinion pour maintenir un climat d'histérie. Ca fait froid au dos de penser que
n'importe quelle femme peut détruire la vie, la réputation et la carrière d'un homme en l'accusant de viol, et que cette accusation sera soutenue par ses "soeurs" androphobes même lorsque sa
crédibilité est sérieusement en doute. Et le pire, c'est que tout ce cirque fonctionne au nom du "féminisme" et de la "défense des droits des femmes".
Pour finir: toute ma vie, j'ai été féministe. Mais un vrai féministe. De ceux qui pensent que de la même manière que la laïcité est l'indifférence aux réligions, le féminisme est l'indifférence
au genre. Qui'il n'existe pas de "droit des femmes", mais un "droit" sans qualificatif, qui doit être égal pour tous. Et qui rejettent sans hésiter des fantasmagories du viol érigé en crime
suprême et des théories fumeuses qui transforment la femme en un être faible et délicat qui a besoin d'être en permanence "protégé" des hommes, théories qui nous ramènent à l'époque
victorienne. Regardons les choses en face: DSK est un homme de 65 ans qui n'a rien d'un grand sportif. Mme Diallo est une femme dans la force de l'âge, faisant un métier particulièrement
physique, ayant l'expérience d'un pays en guerre et de la vie dans le Bronx.. On est loin du cliché de la faible créature dominée par la bête musclée. Croyez vous vraiment que DSK soit en
mesure de forcer physiquement une femme de ce calibre à faire quoi que ce soit contre son gré ?
Descartes
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