Après m'être infligé les trois débats du premier tour des "primaires", je me suis dit qu'il serait dommage de ne pas compléter ce trip masochiste en consacrant une soirée au débat du deuxième tour. Et je n'ai pas été déçu.
Je ne parlerai pas des mesures défendues par chaque candidat. Pourquoi ? Parce qu'elles étaient énoncées avec un niveau de flou tel qu'elles ne veulent rien dire. Demander "une grande réforme de l'éducation" ça mange pas de pain, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.
Je ne prendrai pas davantage parti pour l'un et l'autre candidat. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas convaincu que, au delà des instructions différentes qu'ils ont reçu de leurs communiquants, ils soient en fait si différents que ça. Et puis, étant donné ce qui les réunit, je ne me vois voter ni pour l'un, ni pour l'autre.
Ce qui les réunit, c'est d'abord une vision qui se réduit aux détails quantitatifs. Ils sont d'accord sur le fait qu'il faut "réfonder l'école", mais ne sont pas capables de dire trois mots pour expliquer quels seraient les principes fondateurs d'une telle réforme. Quels seraient les objectifs de cette "école réfondée", outre le passe par tout "faire réussir tous les enfants" (1). Faut-il renoncer au principe "l'élève au centre du système" ? Veut-on une école centrée sur les savoirs ? Faut-il faire rentrer les activités d'animation à l'école ? Est-on pour ou contre la notation ? On n'en saura rien: la seule question, c'est de savoir combien de milliers de postes chacun est prêt à y mettre. Et tout à l'avenant. On se jette à la gueule le coût des mesures, sans jamais expliquer quelle serait leur logique
Ensuite, on a assisté à une surenchère dans le discours de démantèlement de l'Etat. Les deux candidats nous ont expliqué que l'Etat est là pour empêcher les entrepreneurs et les collectivités locales de s'épanouir, et donc qu'il fallait le "dégraisser" en transférant ses compétences aux acteurs locaux. Ce qui est drôle, c'est que ce démantèlement est défendu au nom de la réduction des coûts, oubliant convenablement que transférer les compétences aux collectivités ne fait que transférer les coûts (avec la circonstance aggravante d'avoir des niveaux de service différents entre collectivités riches et collectivités pauvres). Sur ce point, on peut voir à quel point la gauche est devenue "provinciale".
Enfin, et c'est pour moi le plus triste, on a assisté à un discours plat, formaté, simplifié à l'extrême suivant les règles de la com pour les imbéciles. Phrases courtes, sujet-verbe-prédicat, surtout pas un subjonctif, pas une métaphore, pas une référence historique (encore une fois, Mitterrand connais pas, l'histoire commence avec Jospin). Pas une image littéraire, pas une citation, pas une référence à un écrivain, à un philosophe, à un artiste. Pas un jeu de mots - et dieu sait que les occasions n'ont pas manqué d'en faire - pas une remarque ironique, pas un trait d'humour. Et pourtant, on ne peut pas imaginer que les candidats n'en aient pas les moyens. Après tout, ils sont tous deux des énarques, ils ont passé un Grand Oral, dont le nom officiel est "épreuve de culture générale"... ont -ils tout oublié depuis ? Ou sont-ils paralysés par des vendeurs de lessive qui leur racontent qu'il faut parler au minimum commun dénominateur ?
Sarkozy, qui n'a aucune prétention culturelle, a tout de même fait l'effort de s'attirer une "plume" de qualité (en la personne d'Henri Guaino). Il a pris la peine de mettre dans ses discours des références, de Jaures à Guy Moquet. Et cela ne l'a pas empêché d'être élu. La gauche, qui se targue d'être la gardienne de la culture, n'a rien de mieux à proposer ?
Oh rage, oh désespoir...
Descartes
(1) Avec le paradoxe pointé par Roger Scruton: dans une école où il n'y a pas d'échec, il ne peut y avoir de succès.
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