Dans un scénario qui rappelle curieusement la venue au PG de Martine Billard & Co, un étrange communiqué signé par Eric Coquerel a été publié aujourd'hui sur le site du PG. Le communiqué commence ainsi:
Le secrétariat national du Parti de Gauche réuni lundi soir a pris connaissance de la volonté affichée par deux dirigeants du NPA, Leila Chaibi et Maël Goepfert de quitter leur parti à l'issue de son 2eme congrès et de rejoindre le Parti de Gauche. Ces deux responsables annoncent qu'ils seront rejoints dans les jours à venir par d'autres camarades dont une partie de ceux qui animent le collectif « l'appel et la pioche » avec eux
Deux dirigeants du NPA décident à l'issue du congrès de leur organisation de la quitter pour réjoindre une autre, et annoncent qu'un certain nombre de leurs camarades viendront bientôt les rejoindre. On peut s'interroger sur le mandat que ces dirigeants détiennent pour parler au nom de leurs camarades, et pourquoi ceux-ci ne s'expriment directement. Mais le plus étrange, c'est la suite du communiqué:
Le Parti de Gauche a placé la lutte contre le « précariat » au centre de son programme et de ses axes de mobilisation. C'est pourquoi, en attendant l'intégration d'autres de leurs camarades qui devraient suivre leur appel, dans les instances dirigeantes, commissions thématiques et comités locaux du Parti de Gauche, le Secrétariat national du PG leur propose d'ores et déjà de rejoindre cette instance. Leila Chaibi devient secrétaire nationale à l'abolition du précariat du Parti de Gauche.
D'abord, un petit point formel, qui n'est pas si petit que ça: en agissant de la sorte, le Secrétariat national du PG viole ouvertement les statuts du PG votés le 21 novembre 2010. En effet, l'article 14 des statuts précise que "le secrétariat national] est élu par le Bureau national en son sein. Ses membres sont les secrétaires nationaux du PG". Le Secrétariat national ne peut donc pas "proposer" à quiconque de se joindre à lui. Leila Chaibi ne peut devenir membre du secrétariat national qu'en étant élue par le Bureau national. Pire: pour pouvoir être élue, il lui faut d'abord être membre du Bureau national... ce qui suppose soit qu'elle soit élue par un congrès, soit qu'elle soit pressentie par le bureau national comme membre d'un "parti ou mouvement engagé dans un processus de fusion avec le PG." (article 13 des statuts). Par ailleurs, l'article 14 des statuts précise que "le secrétariat national est composé à parité en genre de 22 personnes". La nomination de Leïla Chaibi au secrétariat national doit donc s'accompagner de la démission, l'exclusion ou le décès d'un autre membre de genre féminin. On est curieux de connaître le nom de l'heureuse élue...
Mais en dehors de ce point de droit (1), le problème essentiel reste le pouvoir pris par les groupuscules dans le fonctionnement des partis de la "gauche radicale". Devant nos yeux est en train de se construire un système de nature féodale: à chaque niveau, des "seigneurs", c'est à dire, des "notables" qui peuvent compter sur quelques "camarades qui devraient suivre son appel" (une association, une tendance...), d'un siège d'élu, quelquefois d'une publication. Ces seigneurs forment des ligues et des confédérations (FASE, Alternatifs...) et quelquefois négocient leur allégeance à un "seigneur" supérieur en échange d'un quota de pouvoir (Billard au PG, Chaibi au NPA). Et lorsqu'ils trouvent mieux ailleurs, ils rompent leur allégeance et quittent leur ancien seigneur avec les "camarades qui suivent leur appel" pour s'établir sur les terres de leur nouveau suzerain...
Le PG avait déjà à sa fondation une certaine tendance à devenir une confédération des "amis de". On pouvait penser qu'avec le temps l'effet "creuset" allait fondre toutes ces chapelles en un parti politique avec une véritable personnalité et un fonctionnement démocratique. L'épisode Chaibi montre qu'on en est toujours au même point que lors de l'épisode Billard: un petit groupe au sommet du PG s'accorde toujours le droit de "coopter" tel ou tel groupuscule dans le Secrétariat national sans demander son avis à personne, et surtout pas aux militants ou aux instances élues par eux. Chaibi devient "secrétaire nationale" du PG par le fait du prince (2). Ou plutôt, par celui des "barons".
Quant au NPA, il est victime du même processus en inverse. Les ambitieux groupusculaires qui l'ont rejoint à sa fondation en pariant sur son succès quittent le navire maintenant qu'il est en difficulté. Car ces personnages ne s'encombrent pas de la règle N°1 de la démocratie, qui implique qu'on accepte le résultat du vote même lorsqu'il vous est défavorable. Non: si on ne vous laisse pas faire ce que vous voulez, il faut partir. On va tout de même pas continuer à militer pour aider la carrière des autres ! Et on part d'autant plus facilement qu'on trouve des offres alléchantes chez la concurrence...
Mais le PG aurait intérêt à se méfier. Car le "groupusculaire" est versatile: si on ne le nourrit pas assez (en postes, en reconnaissance...) il a une certaine tendance à cracher dans la soupe et aller voir ailleurs. Et on ne peut pas offrir des co-présidences à tout le monde sans dévaluer la fonction.
Descartes
(1) qui montre encore une fois s'il en était besoin à quel point la "gauche radicale" a du mal à s'institutionnaliser. On a beau voter en grande pompe des statuts, les dirigeants des partis n'hésitent pas à s'asseoir dessus et à faire comme si leur pouvoir ne connaissait pas des limites. En pratique, le secrétariat national du PG agit comme si son pouvoir était illimité. Car s'il peut s'asseoir sur les statuts votés par un congrès, qu'est ce qui l'empêcherait de s'asseoir aussi sur les autres votes ?
(2) Leïla Chaibi représente ce qu'il y a de pire dans l'extrême gauche bobo-gauchiste: celle des "pique-nique de faim de mois" dans les supermarchés, qui permettent aux étudiants des beaux quartiers de se donner une contenance des révolutionnaires en offrant au menu peuple les denrées payées par Carrefour (qui ne manquera pas de reporter le coût sur l'ensemble de ses clients). Celle du "squat" élevé à la dignité de phénomène culturel. Exactement le genre d'initiatives qui éloigne de la "gauche radicale" ces couches populaires qui ont encore l'éthique du travail et de l'effort et qui leur attire la sympathie des marginaux, ce que Marx appelait le "lumpenprolétariat". Et c'est ce personnage qui aujourd'hui est chargé de "l'abolition du précarité" au secrétariat national du PG ? On croit rêver...
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