Décidément, la rentrée universitaire cette année est remplie de nouveautés. Ainsi, par exemple, on apprend par Libération daté du 19 septembre 2011 que "L’université Paris-VII-Diderot organise pour les étudiants de première année une journée de formation obligatoire sur l’égalité femmes-hommes". Dans un article qui vaut la peine d'être lu (disponible ici), la journaliste Charlotte Rotman nous décrit en termes dithyrambiques l'expérience. Commençons par le commencement:
Vrai ou faux : les femmes ont plus de temps libre que les hommes. Il y a aujourd’hui autant de femmes cadres que d’hommes cadres. Dans l’enseignement supérieur, les filles représentent plus de la moitié des inscrits dans les filières les plus cotées. Alors ? Ils sont 250 étudiants à plancher sur un questionnaire.
S'agirait-il d'une tentative de lavage de cerveau ? Pas du tout. En fait, le but est de "ouvrir les yeux". Et pour cela, nous dit la journaliste, "tous les moyens sont bons, ou presque. Les chiffres. Les femmes gagnent 27% de moins en moyenne que les hommes, il y a seulement 18,5% de députées à l’Assemblée, les retraites des femmes représentent 62% de celles des hommes, etc. Beaucoup d’étudiants découvrent ces pourcentages".
Chiffres incontestables, n'est ce pas ? Comme sont aussi incontestables les chiffres qui nous disent que 80% des SDF sont des hommes. Que les hommes vivent en moyenne 10 ans de moins que les femmes. Que 80% des victimes de mort violente concernent les êtres humains du sexe masculin. Ces chiffres sont aussi vraies. Pour une raison qui m'échappe, elles ne figurent jamais dans ces questionnaires dont le but, bien entendu, est "d'ouvrir les yeux" fort sélectivement.
L'après midi, on continue à laver le cerveau, pardon, à "ouvrir les yeux" de ces pauvres étudiants: "L’après-midi, les étudiants ont un cours d’histoire sur la différenciation des sexes, qui montre comment s’est construite la «subordination» d’un sexe à l’autre. En utilisant des planches d’anatomie ou des articles du code civil et du code pénal napoléoniens, Gabrielle Houbre, historienne, retrace comment la «nature» féminine, définie par la prédestination à la maternité, s’est figée au cours des siècles".
On est effondré d'entendre un historien défendre une position aussi absurde. Que seules les femmes soient capables d'enfanter, ce n'est pas une invention des planches d'anatomie ou du code civil napoléonien. C'est une donnée de fait. Que les sociétés, dont la survie dans le temps est intimement liée à la capacité de leurs membres à se reproduire, se soient organisées autour de ce fait a tout de même sa logique. Une logique qui dans certains domaines a brimé la femme, et dans d'autres l'a protégée. Il ne faudrait tout de même pas ignorer qu'au cours de l'histoire des dizaines de millions d'êtres humains sont morts sur les champs de bataille, et que l'immense majorité de ceux-ci étaient du sexe masculin. Encore un chiffre qui ne se trouve jamais dans les "questionnaires". Peut-être parce qu'il risquerait "d'ouvrir les yeux" dans la mauvaise direction ?
Un historien ne peut ignorer que la différentiation sexuelle existe dans toutes les sociétés, et que certains points communs se retrouvent dans toutes les civilisations avec de très rares exceptions. Il n'y a pas de société connaissant l'agriculture qui soit matriarcale. Il n'y a pas de société avancée où les femmes aillent à la guerre et les hommes restent à la maison. C'est un fait, qu'il s'agit pour les historiens d'expliquer. Mais le fait qu'il en soit ainsi pratiquement dans toutes les civilisations nous indique que cette division des tâches n'est pas purement arbitraire. Qu'elle a du être - ce qui bien évidement ne signifie nullement quelle le reste aujourd'hui - plus efficiente que toutes les alternatives. Car autrement, comment expliquer qu'aucune civilisation n'ait eu l'idée de faire différemment ?
Mais revenons à la journée organisée par Paris-VII-Diderot (pauvre Denis, s'il savait les choses qui se font en son nom...). Il n'est pas inutile de connaître les circonstances de cet exercice: "L’exercice n’est pas noté, et personne ne relèvera la copie. (...) 3 700 étudiants de Paris-VII-Diderot viennent de suivre une journée de formation sur le genre et l’égalité avant la véritable rentrée. C’est une nouveauté. Et c’est obligatoire : une feuille d’émargement circule". Et oui, mes amis. Les "cours de genre", seuls parmi tous les cours, sont o-bli-ga-toi-res.
Après l'introduction de la "théorie du genre" dans les manuels scolaires de biologie, voici que cette religion fait son entrée dans l'université. Et le fait, notez-le bien, dans un acte obligatoire. Comme les manants du XVII siècle, qui étaient tenus d'aller à la messe le dimanche sous peine d'être exclus de la communauté, les manants de l'université sont tenus de s'asseoir bien sagement et écouter les prêtresses (car il n'y a pas de prêtres) de la nouvelle religion. Et là, il faut se poser sérieusement la question: de quel droit l'Université peut imposer aux étudiants l'obligation d'assister à ce qui ressemble drôlement à un sermon ? De quel droit impose-t-on à des adultes un devoir de présence à ce genre de rituel ?
Dans un système laïque, les institutions éducatives ne peuvent légitimement transmettre que deux types de contenus: des savoirs scientifiques et des règles de comportement. Les savoirs - la somme des carrés des deux côtés d'un triangle rectangle est égale au carré de l'hypothénuse - tirent leur légitimité de la méthode qui a permis de les constituer, et qui permet lorsqu'il s'agit d'une science expérimentale, de les falsifier (au sens que Popper donne à ce terme). Les règles - on se tait en classe, on salue le professeur, on s'abstient de lui clouer le couteau entre les omoplates - tirent leur légitimité du fait qu'elles sont l'expression d'un consensus social et qu'elles sont nécessaires à une coexistence. On enseigne les savoirs parce qu'ils sont "vrais", et les règles parce qu'elles sont "nécessaires". Mais quelle est la légitimité qui permettrait à un enseignant d'imposer son opinion - ou pire sa croyance - comme une vérité révélée (et insusceptible de discussion) ? L'enseignant qui ferait cela trahirait le principe même de la laïcité, qui exige de l'instituteur et du professeur qu'ils fassent la distinction entre ce qui relève de la sphère publique (le savoir et les règles) et ce qui relève du privé (les croyances).
Car il faut le dire et le répéter: la "théorie du genre" n'a aucune base scientifique. C'est une pure croyance. Les "féministes de genre" citent à l'envie Simone de Beauvoir et son celèbre "on ne naît pas femme, on le devient". Seulement voilà, d'une part, ce n'est que l'opinion de Simone. Et avec tout le respect qu'on lui doit, il faut dire que Simone s'est plus d'une fois foutue le doigt dans l'oeil. Et d'autre part, si Simone parle d'une construction sociale, elle ne parle pas d'une construction sociale arbitraire, autrement dit, qui dépendrait de la volonté des uns et des autres. Un pas que les "féministes de genre" franchissent allègrement.
Si cette "théorie" a connu un tel succès, ce n'est pas parce qu'elle est vraie, mais parce qu'elle correspond - surtout avec ses interprétations de plus en plus extensives - parfaitement à ce que les individus d'une certaine catégorie d'intellos-bobos - et pas que des femmes - voulait entendre. C'est l'exemple type d'une théorie ad-hoc, construite de toutes pièces pour donner un légitimité scientifique aux revendications homosexuelles et androphobes. Si une telle théorie était fondée, si le genre et le sexe physique étaient séparés, alors il n'y a aucune raison pour que ces rôles soient les mêmes dans des cultures qui n'ont eu entre elles aucun contact. Or, c'est le contraire qu'on observe: dès qu'apparaît l'agriculture, ce sont les hommes qui font la guerre et les femmes qui gardent la maison. Que les rôles soient ainsi distribués dans toutes les cultures devrait nous mettre la puce à l'oreille.
Hier, c'était le dogme catholique qui menaçait la liberté intellectuelle. Heureusement, il y eut des militants laïques pour briser cette menace en séparant les églises de l'Etat et en chassant dieu des salles de classe. Aujourd'hui, ce sont les dogmes du "politiquement correct" qui, avec les mêmes méthodes, prétendent nous dicter ce qu'il faut croire - et forcent ceux qui ne partagent le dogme à participer à des cérémonies et rituels comme celui raconté plus haut. Et je ne vois pas les militants laïques se lever pour défendre le droit de chacun à croire ce qu'il veut. Pourquoi ?
Peut-être parce que ce que l'article ne raconte pas - ou seulement à mots couverts - est ce qui serait arrivé à l'étudiant qui aurait contesté cet exercice. A ceux qui auraient envie d'essayer, je conseille de lire l'histoire du Chevalier de La Barre. Car il ne faut pas se tromper: A un moment où écoles et universités raclent les fonds de tiroir pour pouvoir continuer à dispenser une formation de qualité, on trouve semble-t-il toujours de quoi financer des postes et des vacations pour la création de "départements d'études féministes" et d'autres "Pôles égalité femmes-hommes" comme celui de Paris VII. Cette manne n'est pas perdue pour tout le monde: elle fait vivre d'innombrables historiennes, professeures, sociologues (au féminin, toujours). Une petite maffia qui se coopte et qui ne compte pas, croyez moi, lâcher le fromage.
C'est d'ailleurs ce que reconnaît tacitement l'article (1). Lorsqu'un étudiant remarque que tous les formateurs participant à cette journée sont des femmes, l'auteur(e) de l'article se sent obligée de répondre: "En fait, plusieurs chercheurs ont été contactés par le Pôle égalité. Un seul a répondu". Fort bien. On aimerait alors savoir pourquoi celui qui a répondu n'a pas été retenu... peut-être ne pouvait-on pas compter sur un individu pourvu par la nature de pénis pour "ouvrir les yeux" des étudiants comme il faut ?
Descartes
(1) Ecrit d'ailleurs par un(e) journaliste. Que vous disais-je... encore une soeur dont le féminisme est le gagne-pain...
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