Le Front de gauche va mal. Et ce n'est pas la première fois. En fait, on retrouve les psychodrames qui se reproduisent avant chaque élection, lorsqu'il ne s'agit plus de se moquer ensemble de Sarkzoy ou de participer à telle ou telle manifestation, mais de se répartir les positions de pouvoir. Marx l'avait déjà dit: aussi longtemps qu'on reste dans le monde des idées, tout va bien. C'est lorsqu'on descend dans le monde matériel que les difficultés commencent...
Il faut dire que le PCF a le chic pour commettre systématiquement les mêmes erreurs. A savoir, chercher des alliances avec des groupuscules gauchistes. Ce que le PCF ne veut pas comprendre, c'est que chercher ce type d'alliance revient pour le PCF à se marier avec une épouse dont l'un des buts dans la vie est de lui administrer une bonne ration d'arsenic dans le potage. De plus, ce sont structurellement des alliances très chères: n'ayant rien à perdre, les groupuscules tendent à faire monter les enchères et à exiger des postes et des candidatures largement au delà de leur représentativité réelle.
Le PCF aurait du tirer les leçons de l'échec des CUAL. Il ne l'a pas fait. Il faut dire que le PCF a une circonstance atténuante: lors de la scission du PS qui donne naissance au PG, ses dirigeants sont tout sourire envers le PCF. De plus, ils proclament une ligne politique "républicaine" qui n'est pas si loin de la vision du monde traditionnelle des communistes. Le PG à ses débuts proclame sa volonté de ne pas chasser sur les terres du PCF, mais d'être complémentaire avec lui, en devenant le "parti creuset", l'usine à idées qui pourrait redynamiser le vieux parti de la classe ouvrière.
Mais c'était oublier qui sont les dirigeants du PG. Pour la plupart, des anciens dirigeants gauchistes passés par différentes organisations politiques "de gouvernement" (le PS pour Mélenchon, les Verts pour Billard...). Et comme le dit l'adage "gauchiste un jour, gauchiste toujours". Il n'y a qu'à voir comment se passe la négociation de l'accord pour les élections présidentielles et législatives de 2012. Ou du moins ce qu'on arrive à en savoir, parce que les différentes organisations ont été remarquablement discrètes sur l'état des négociations.
Passons sur la question du programme, qui, si l'on croit les dirigeants du PG, "ne comporte plus de points de désaccord" (1), et venons à la question des candidatures. La dernière proposition du PG, la voici: 70% pour le PCF, 20% pour le PG, 10% pour la GU et les "divers". En d'autres termes, le parti qui représente 95% (au bas mot) des ressources militantes et la quasi totalité des ressources financières de l'alliance aurait 70% des candidatures, alors que la GU et les divers, dont la représentativité dans le territoire est nulle, auraient 10% ? C'est une curieuse vision de ce que serait une juste répartition. Mais ce n'est pas là l'élément le plus révélateur.
Le PG ne s'est pas contenté de proposer des pourcentages. Il a aussi revendiqué une liste de circonscriptions. Et parmi elles, on trouve la 14ème circonscription du Rhône. Celle dont le député sortant est le communiste André Gérin, connu pour son opposition virulente au choix de Jean-Luc Mélenchon comme candidat unique du Front de Gauche à la présidence de la République. Les chances pour le PG d'obtenir la circonscription sont bien entendu minimes, mais le message ici est clair: ceux qui s'opposeront aux projets du PG seront sanctionnés. Et on attaque le point faible de tout élu, à savoir, sa circonscription. Gageons que d'autres élus communistes, critiques de la stratégie de leur parti mais soucieux de garder leur postes, réfléchiront deux fois avant de prendre position publiquement...(2)
Mais l'affaire Gérin pose une question bien plus cruciale. Alors que le PG a toujours promis juré que l'objectif de faire réélire les sortants était intangible (et que la "proposition" du PG inclut ce principe), il déroge immédiatement dès que la négociation commence. Comment dans ces conditions les militants communistes pourraient-ils faire confiance au candidat présidentiel Mélenchon pour respecter l'accord "présidentielles-législatives" une fois que la présidentielle aura eu lieu ? Car il ne faut pas oublier que toute cette construction repose sur la confiance. Qu'est ce qui empêchera le candidat Mélenchon, auréolé par un résultat honorable aux présidentielles, de déchirer cet accord et de soutenir dans telle ou telle circonscription le candidat qui aurait sa préférence ?
On voit ici que l'admiration proclamée des dirigeant du PG pour François Mitterrand n'est pas qu'une pure nostalgie. Ce n'est pas pour rien qu'ils ont été formés par "le vieux", lui même un expert dans l'utilisation de l'intimidation et dans l'exploitation des faiblesses personnelles de ses adversaires. Mitterrand a utilisé exactement la même stratégie en 1978 pour "vampiriser" le PCF. Les dignes élèves de Mitterrand ne font que reproduire ce schéma avec quelques variations.
En bonne logique, la direction du PCF aurait du rompre les négociations et informer la conférence nationale (qui se réunit ce week-end) du non respect par ses partenaires de l'une des conditions fondamentales posées par le Conseil national du PCF, à savoir, la reconduction des sortants. Bien entendu, la direction du PCF ne le fera pas. Car cette direction, décidément la plus bête que le PCF ait jamais eu, retombe à chaque fois dans le même panneau. Elle s'est engagé "indéfectiblement" sur la stratégie de Front de Gauche sans préparer une stratégie alternative au cas où ça tournerait mal. C'est cette impréparation qui rend le PCF vulnérable au chantage des groupuscules qui n'ont pas grande chose à perdre. Car sans stratégie alternative, le coût de la rupture serait énorme et le PG le sait parfaitement. On se retrouve exactement dans la situation qui a précédé la rupture des CUAL, qui elle même était une variation de la rupture du programme commun en 1978.
On peut donc anticiper que la direction du PCF ajoutera une capitulation de plus à la longue liste de celles qu'elle aura consenties en recommandant un vote favorable à la candidature Mélenchon alors qu'aucune des exigeances votées par le Comité national n'est à ce jour remplie. Comme d'habitude, "on verra plus tard"...
Descartes
(1) On peut donc s'attendre à un texte vague et éliptique, seule manière d'aplanir les énormes désaccords entre les différentes organisations. Quant au chiffrage précis des propositions...
(2) Je ne serais pas surpris de voir apparaître dans la 14ème circonscription du Rhône des candidatures législatives gauchistes plus ou moins soutenues par le PG pour faire battre Gérin. Ce genre de pratiques maffieuses qui font partie des traditions du PS semblent avoir été conservées par une certaine frange du PG...
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