Lors du dernier congrès du PG, quelques commentaires tombés négligemment de la bouche du Petit Timonier avaient mis la puce à l’oreille de certains commentateurs. En déclarant que si l’euro ne se laissait pas réformer dans le sens souhaité par le PG il faudrait envisager de le quitter, Mélenchon avait ouvert – ou du moins c’est ainsi que l’ont interprété certains républicains impénitents qui s’obstinent contre toute évidence à le suivre – une brèche dans la ligne franchement europhile du Front de Gauche. On pouvait imaginer que cette petite déclaration ouvrait un débat trop longtemps étouffé au PG en particulier et dans le Front de Gauche en particulier, celui de l’opportunité d’adhérer inconditionnellement à la mystique de la construction européenne et de sa production la plus éclatante, l’Euro.
Ce n’était qu’une fausse alerte, bien entendu. Mélenchon a rapidement retropédalé sur le mode « je n’ai pas voulu dire ce que j’ai dit », et on n’en a plus parlé. Mais le feu couve sous la cendre. Et il couve parce que certains – en particulier au MPEP – ont fini par réaliser combien il est dangereux de laisser au Front National le monopole de l’opposition à l’Euro et à l’Union européenne, à un moment de notre histoire où l’électorat populaire devient chaque jour plus conscient du fonctionnement, désastreux pour lui, de la machine européenne. Il en résulte un débat politique qui ressurgit périodiquement, quelque soient les efforts que font les dirigeants du Front de Gauche pour l’étouffer.
L’exemple peut-être le plus amusant a été la tribune publiée par l’Humanité du 13 juin 2013 sous la signature de six « membres de la commission économique du PCF » (1). Au delà des débats que cet article a suscité, le texte et sa suite sont à lire absolument parce qu’ils permettent de comprendre l’état du débat à l’intérieur de la direction du PCF et les raisons pour lesquelles la ligne « eurolâtre », loin d’être un accident de l’histoire, est là pour durer.
Le premier paragraphe de l'article donne dejà des précieuses informations sur l’état d’esprit de ses rédacteurs :
« La souffrance sociale terrible fait grandir des illusions de fausse radicalité. D’un côté, comme l’ont confirmé les Grecs eux-mêmes, le refus est majoritaire de sortir de l’euro. Il ne s’agit pas de rester isolé face aux marchés financiers et à la spéculation déchaînée. Mais, d’un autre côté, gronde la protestation contre l’utilisation qui est faite de l’euro, si favorable à la domination des marchés financiers et des grandes banques. D’où les propositions de certains pour sortir de l’euro ».
Le lecteur non averti pourrait être désorienté par ce paragraphe. Il semble évident que les auteurs de l’article attaquent quelqu’un. Mais qui, exactement ? De quelle « fausse radicalité » on parle ? Qui seraient les « faux radicaux » ? Peut-être les « certains » qui proposent de sortir de l’Euro. Auquel on oppose un « refus majoritaire » qui se serait exprimé alors qu’aucun peuple européen n’a pour le moment été formellement consulté sur la question. Après l’inévitable paragraphe sur la méchanceté du monde dans lequel le « Nicolas Sarkozy » a été remplacé par « François Hollande », on précise un peu le statut de l’accusé :
« Face à ces blocages [ceux de François Hollande], certains agitent l’idée de sortir de l’euro. Cela reviendrait à fuir devant la lutte décisive pour une autre utilisation de celui-ci et de la BCE ».
Ces « certains », dont on ne précise jamais l’identité, sont donc accusés de désertion devant l’ennemi. On se retrouve sur la même ligne que le Mélenchon qui avait déclaré pendant la campagne de 2012 que ceux qui voulaient quitter l’Euro étaient « maréchalistes ». Et alors comme maintenant, on évite de mettre des noms sur ces affreux, selon le vieux principe qui veut que les hérétiques se reconnaîtront. En tout cas, ces paragraphes laissent entrevoir clairement la genèse de ce texte : il ne s’agit pas d’une tribune destinée à annoncer une position, mais un réponse à « certains » inconnus qui persistent à faire du mauvais esprit. Mais ce qui est plus intéressant, est d’entrer dans l’argumentation. Pour les auteurs du texte, l’abandon de l’Euro serait « une illusion démagogique et dangereuse » pour un certain nombre de raisons. Examinons-les une à une :
« Le commerce extérieur de la France souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25% par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations ».
C’est rigoureusement vrai. Mais accepter cet argument revient à admettre implicitement non seulement qu’il faut rester dans l’Euro, mais qu’il faut un euro fort. En effet, une bonne partie de notre déficit annuel provient de produits que nous achetons en dollars (2) : les produits pétroliers, les importations en provenance des Etats-Unis et du sud-est asiatique… toute dévaluation de l’Euro par rapport au dollar aurait donc un effet du même type qu’un « retour au Franc suivi d’une dévaluation de 25% ». Or, ce sont bien les politiques d’austérité, de haute rentabilité du capital et de taux d’intérêt élevés qui permettent de maintenir l’Euro fort en relation avec le dollar. Si demain on faisait la politique de « l’autre Euro » que proposent les auteurs de l’article, c’est à dire une BCE prêtant à faible taux aux états et une politique moins accommodante pour le capital, les capitaux qui achètent aujourd’hui de l’Euro pour pouvoir s’investir en Europe iraient voir ailleurs, provoquant la dépréciation de la monnaie. Et donc le renchérissement que redoutent tant les auteurs de l’article. Qui ajoutent :
« Ce ne serait pas très grave, nous dit-on, parce que, grâce à la dévaluation du franc, nos exportations s’envoleraient. Mais c’est ne pas voir combien la croissance est durablement lente de partout. C’est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du Sud, l’Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial ».
Ce paragraphe montre à quel point la « commission économique du PCF » est prête à dire tout et son contraire pour soutenir la position de sa direction. Quel économiste sérieux peut défendre l’idée que lorsqu’un pays dévalue sa monnaie, cela a pour effet d’améliorer la balance commerciale de son principal partenaire ? Si l’on suit ce raisonnement, les pays occidentaux devraient se réjouir que le Yuan soit sous-évalué, puisque la sous-évaluation améliore leur balance commerciale en « dévalorisant le travail des chinois ». Or, c’est exactement le contraire qui se produit : les chinois se battent pied à pied contre l’occident qui leur demande au contraire de réévaluer leur monnaie. La logique exposée par les auteurs de l’article est absurde : une dévaluation de la monnaie française – rétablie – par rapport à l’Euro réduirait, vus d’Allemagne, le prix des produits français et donc la somme nécessaire pour acheter les importations. Mais à cet effet prix s’oppose un effet volume : des produits français moins chers viendraient se substituer dans le choix du consommateur aux produits fabriqués en Allemagne, augmentant ainsi le volume des produits achetés. Et cet effet volume fait plus que compenser l'effet prix.
Mais le raisonnement est curieux sur un autre point. Nos économistes affirment que le surcroît de compétitivité-prix se ferait « au détriment de nos partenaires d’Europe du Sud ». Pourtant, si la « dévalorisation du travail des français » améliore la balance commerciale allemande, on voit mal pourquoi on n’aurait pas le même effet pour les balances commerciales des « partenaires de l’Europe du Sud ». Pourquoi les allemands seraient les seuls à en bénéficier ? Si le prix du foie-gras est réduit par la dévaluation de 25%, ce sera autant pour les italiens ou les grecs que pour les allemands, non ?
Tout cela ressemble un peu trop à un raisonnement ad-hoc. Les allemands sont des « méchants », nos « partenaires d’Europe du Sud » des « gentils ». Il faut donc démontrer que les affreux qui veulent sortir de l’Euro font le jeu des « méchants » au détriment des « gentils. Voilà la logique sous-jacente de ce raisonnement.
La troisième raison pour s’opposer à la sortie de l’Euro mérite elle aussi le détour :
« Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60% par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25% sur les quelque 1.140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ».
La réponse ici est évidente : lors d'une sortie de l’Euro il n'y a aucune raison de maintenir la dette publique libellée dans une monnaie déterminée. La sortie de l'Euro peut parfaitement s'accompagner de la transformation de la dette libellée en Euro en une dette libellée en monnaie nationale. Ce qui en pratique équivaut à un défaut partiel sur la dette puisque les investisseurs ne récupéreront qu’une partie du capital exprimé dans la monnaie dans laquelle ils ont investi. Ce qui est étrange, c’est que les auteurs de la tribune semblent exclure cette solution alors que d’un autre côté le candidat présidentiel du Front de Gauche affirme, sans être contredit, que la dette ne sera jamais payée, et qu’il y aura à un moment donné un défaut partiel…
Et finalement, les six membres de la « commission économie du PCF » énoncent ce qui est pour eux – et je les cite – la « raison la plus importante » pour rester dans l’Euro… qui n’est pas un argument économique mais politique :
« La raison la plus importante, c’est qu’en sortant de l’euro, on déserterait le terrain de la bataille pour un autre euro et pour une construction solidaire de l’Union européenne, au mépris d’une nouvelle croissance fondée sur le développement des peuples et, notamment, sur l’aide aux pays d’Europe du Sud. On passerait à côté d’une opportunité historique pour changer la situation économique et sociale en France, en Europe et dans le monde. Une nouvelle politique solidaire dans l’Union européenne s’appuierait sur la force de la monnaie que peut créer la BCE. Alors que chaque pays européen dispose, isolément, d’un potentiel restreint, la création monétaire en commun, avec l’euro, offre des potentiels bien plus importants, car elle est assise sur la capacité de production de richesses et la créativité de 322 millions de personnes ».
En d'autres termes, nous devons garder un ordre monétaire qui est en train de tuer l'industrie française et mettre le pays a genoux au nom d'une bataille qui aboutira peut-être un jour, qui sait, à "un autre euro" plein de promesses de nouvelles politiques solidaires. Et ce serait quoi, la « nouvelle politique solidaire » ?
« À partir de la protestation qui enfle dans tous les peuples de l’Union contre l’austérité, le pacte de stabilité et le sabordage des services publics, exigeons que la BCE finance directement un très grand essor des services publics et de leur coopération en Europe. Pour cela, chaque pays émettrait des titres de dette publique rachetés par la BCE. L’argent serait affecté à un fonds social solidaire et écologique de développement des services publics européens, géré démocratiquement, qui le répartirait entre chaque pays proportionnellement à ses besoins ».
Examinons, si vous le voulez bien, les différentes étapes de la « politique solidaire ». D’abord, chaque pays émettait des titres de dette publique que la BCE rachèterait. Ce qui pose la première question : d’où la BCE sortirait-elle l’argent pour acheter de telles émissions ? A part faire tourner la planche à billets, on voit mal comment elle pourrait faire. Mais si la BCE fait tourner la planche à billets, l'Euro devrait rapidement se dévaluer, renchérissant du coup nos importations libellées en dollars... On me répondra que la BCE a bien mis des milliers de milliards à la disposition des banques. C’est vrai : mais c’étaient des prêts à court terme et nullement gratuits. On imagine que pour la « politique solidaire », il s’agit au contraire de « prêts » gratuits et à long terme.
Mais passons à l’étape suivante : une fois que chaque pays a vendu ses titres à la BCE, il affecterait le produit de la vente à un fond européen, et non national – qui sera évidemment « social, solidaire, écologique » et, aucun poncif ne nous étant épargné, « démocratiquement géré » - qui le repartira entre les pays « proportionnellement à leurs besoins ». Et tout ça pour développer des « services publics européens » dont on n’a pas la moindre idée en quoi ils pourraient consister.
De toute évidence, cette proposition n’a ni queue ni tête. L’idée de pays qui émettent des titres qu’ils vendent à la BCE pour ensuite redonner le produit à un « fonds européen » et qui laissent ensuite à une entité supranationale redistribuer cet argent parmi les pays « en fonction de leurs besoins » semble faite pour noyer le poisson. A quoi sert cette histoire de titres ? Ne serait-ce plus simple de demander à la BCE d’alimenter directement le fonds, sans passer par l’étape de l’émission des titres et de leur rachat obligatoire ? Et qui décidera quels sont les « besoins » de tel ou tel pays ? Encore une fois, tout cela sent à plein tubes le service commandé. La « commission économie du PCF » n’a pas dans ses cartons une proposition un peu plus réfléchie que celle-ci, qui sent l’improvisation à des kilomètres ?
Mais la « politique solidaire » ne s’arrête pas là :
« Exigeons qu’elle [la BCE] refinance les crédits pour les investissements matériels et de recherche des entreprises à des taux d’intérêt d’autant plus abaissés, jusqu’à 0%, voire en dessous, que ces investissements programmeraient plus d’emplois et de formations correctement rémunérés, plus de progrès écologiques ».
L’idée de taux « jusqu’à 0% voire en dessous » a de quoi exciter l’imagination… on imagine la banque vous payant pour que vous acceptiez l'argent qu'elle vous prête. Mais vous avouerez que tout cela sonne creux. Ce sont des incantations sans substance, une pure pétition de principe.
Un texte aussi faible, aussi vague, aussi creux ne pouvait qu’attirer des réponses. Ce fut le cas. Jacques Nikonoff et Jean-Claude Danglot se sont fendus d’un texte ferme et clairement argumenté à défaut d’être réaliste (3). En réponse, la « bande des six » récidive, avec une nouvelle tribune publiée le 9 juillet qui, elle aussi, mérite un commentaire.
Cette fois-ci, les « certains » hérétiques se trouvent un peu mieux précisés : « Face à une argumentation précise, certains, comme Jacques Sapir, ont choisi le terrain du dénigrement ». Je n’ai pas réussi a retrouver le commentaire de Sapir, mais je doute fort qu’il se soit limité au « dénigrement ». Mais le plus étonnant, c’est qu’il est seul cité, probablement parce qu’il est une personnalité extérieure au Front de Gauche. Par contre, aucune mention n’est faite de la critique de Nikonoff et Danglot, pourtant publiée dans l’Humanité. On se contente de s’y référer par périphrase :
« Il convient, cependant, de renouveler l’argumentation en faveur des propositions concrètes, radicales et rassembleuses à gauche, portées par les économistes communistes dans le cadre du Front de gauche, contre les tentatives de semer le trouble, d’intimider et de brouiller les pistes dans un débat d’une grande importance politique ».
Là les accusations deviennent graves : « semer le trouble », « intimider », « brouiller les pistes »… encore une fois, de qui on parle ? Quels sont ces méchants manipulateurs qu’on essaye de faire taire ? Mystère… mais on se dit qu’il doit y avoir beaucoup et qu’on doit les juger dangereux pour que la direction du PCF se sente obligée de faire tonner les canons de la « commission économie du PCF ». Mais dans sa défense, la « bande des six » inverse les arguments de son précédent papier. Cette fois-ci, on parle d’abord de l’essentiel :
« Premièrement: contre la prétendue solution radicale de sortie de l’euro, la « raison la plus importante » opposée à cette fausse solution, comme cela a été avancé dans l’Humanité du 13 juin, concerne la désertion de la bataille déjà engagée pour un autre euro, une autre BCE et une autre construction européenne. Cela concerne la proposition d’un nouveau crédit pour sécuriser et promouvoir l’emploi à partir de la BCE et, aussi, une autre création monétaire de cette dernière pour alimenter un Fonds européen de développement social, solidaire et écologique, notamment pour une expansion des services publics en coopération. Nos critiques font précisément silence sur cette question et ces propositions cruciales. Cela confirme leur caractère décisif et le besoin de rassembler dans les luttes autour de ces idées nouvelles ».
Doit on comprendre alors que si les critiques avaient commenté ces propositions, cela aurait infirmé leur « caractère décisif » et le « besoin de rassembler autour de ces idées nouvelles » ? Tout ça est, disons le franchement, ridicule. Chercher une « confirmation du caractère décisif » d’une proposition dans le silence de ses critiques montre à quel point on est conscient de la faiblesse de ses propres arguments. L’explication la plus probable sur le « silence » des critiques est que ce paragraphe est creux et par conséquence ne mérite même pas la critique. Il est difficile de critiquer une proposition que ses auteurs eux-mêmes sont incapables de préciser. Il ne suffit pas de mettre le mot « autre » devant un mot pour créer une « idée nouvelle ». Et les auteurs continuent :
« Par ailleurs, d’autres propositions, comme celles de Jacques Nikonoff et Jean-Claude Danglot, de sortir de l’Union européenne, d’opposer la Banque de France, le franc et une solution purement nationale à la BCE et un autre euro prétendu illusoire, ne voient pas que:
- déjà la BCE a dû intervenir pour soutenir les pays européens en difficulté sans révision des traités;
- la création monétaire de l’euro donne une base monétaire pour une croissance européenne solidaire de progrès social, qui serait suffisamment importante et solide pour s’émanciper des marchés financiers et de la spéculation;
- contre la mondialisation du libéralisme, la construction d’une autre Union européenne fournit une force désormais indispensable pour une politique autonome ».
On se frotte les yeux pour voir si l’on ne rêve pas. Car vous noterez que ce paragraphe n’est pas écrit au conditionnel ou au subjonctif. Il ne s’agit pas dire que « la construction d’une autre Union Européenne pourrait fournir… etc. ». Non, tout cela est écrit au présent de l’indicatif : « la construction d’une autre Union européenne » fournit d’ores et déjà une « force désormais indispensable »…
Ce discours digne de Jacques Delors ou de Michel Rocard est d’autant plus incroyable que ni Yves Dimicoli ni Paul Boccara ne sont des perdreaux de l’année. L’un et l’autre ne peuvent avoir oublié les débats qui ont précédé la ratification du traité de Maastricht. Or, si l’on lit ce qu’ils écrivent aujourd’hui, on ne peut que conclure que le PCF a eu tort à l'époque de se battre contre un traité qui créait rien de moins que la « base monétaire pour une croissance européenne solidaire de progrès social ». Je ne me souviens pas que Boccara ou Dimicoli aient à l'époque défendu le Traité. S’ils ont changé d’avis, il faudrait peut-être qu’ils commencent par nous expliquer pourquoi.
Tout cela n’est pas sérieux. Ce n’est pas sérieux, mais cela pourrait être grave. Car, comme je l’ai dit au départ de ce trop long papier, ces deux tribunes ne sont pas écrites par hasard. C’est la réponse de la direction du PCF à ceux qui songeraient à s’écarter de la « ligne » eurolâtre. Cela fait partie du terrorisme intellectuel qui remplace au Front de Gauche le débat ouvert. Mélenchon avait fait des anti-euro des "maréchalistes", la direction du PCF en fait des "déserteurs".
On sait donc maintenant sur quelle base le PCF – et dont le Front de Gauche – ira aux élections européennes. Ce sera sur la ligne « eurolâtre ». Et il n'y a là dedans aucune surprise: lorsqu'on a su que le Front de Gauche irait aux éléctions sur une plateforme commune aux intégrants du PGE, on pouvait déduire que la messe est dite. Le PCF n’a aujourd’hui ni les moyens matériels ni les moyens intellectuels d’aller contre le courant, et surtout contre le tropisme européen des classes moyennes qui constituent sa base sociologique. Il faut être bien naïf pour croire qu'il aurait pu en aller autrement.
Un petit mot pour terminer : « l’autre euro », tout comme « l’autre Europe » sont des leurres. Et à ce propos, je ne peux que vous citer un texte magnifique qui m’a été proposé par un lecteur assidu de ce blog :
« Qu’on sorte du cadre européen, et on revient à une histoire qui est notre histoire, avec des difficultés qui sont nos difficultés. On redevient maîtres de notre propre destin. Ce qui mine les gens, actuellement, ça n’est pas simplement le chômage, ou des perspectives sombres : c’est le sentiment d’impuissance. Avec une appartenance collective, les gens débattent entre eux, éventuellement se foutent sur la gueule, prennent une décision, sont collectivement responsables de ce qui leur arrive. Putain mais on est là, à se faire chier, dans un ensemble de non-décisions, avec Bruxelles, avec Francfort, des négociations humiliantes, sans perspective, avec une histoire infiniment nulle qui se profile, et tout d’un coup, ça y est, on est dans la merde, ensemble, en tant que français, on retrousse nos manches et on essaye de s’en sortir. Ca n’est pas beau, ça ? Et la démocratie renaît. Et au début, on est un petit peu appauvris. Mais on va quelque part, et nos enfants vont quelque part » (Emmanuel Todd)
Je n’ai pas toujours été d’accord avec Todd. Mais sur ce coup là, je pense qu’il est visionnaire. Voilà la meilleure réponse qu’on peut donner aux six tristes économistes qui nous proposent un avenir fait de formules creuses. Et qui ne se rendent pas compte que par leur manque de courage ils laissent une avenue au Front National, qui risque d'être le seul parmi les grands partis à proposer une alternative qui ne se limite pas à apposer le mot "autre" devant les choses.
Descartes
(1) Paul Boccara, Frédéric Boccara, Yves Dimicoli, Denis Durand, Jean-Marc Durand, Catherine Mills. Il n'aura échappé à personne qu'au PCF l'économie est une affaire de famille... Cette tribune a donné lieu à une tribune en réponse de Jacques Nikonoff et Jean-Claude Danglot, puis d’une contre-réponse du groupe des six. Et finalement, une contre-contre-réponse de Nikonoff et Danglot que l’Humanité, dont le débat ouvert n’est certainement pas la première priorité, refusera de publier. Les liens vers les différents articles sont ci-dessous
http://www.humanite.fr/social-eco/contre-l-austerite-en-europe-luttons-pour-un-autre-543688
http://www.humanite.fr/tribunes/luttons-pour-sortir-de-l-euro-et-de-l-union-europe-545041
http://www.humanite.fr/tribunes/rassembler-dans-les-luttes-pour-l-alternative-radi-545569
http://www.m-pep.org/spip.php?article3402
(2) Le déficit de notre commerce extérieur résulte pour une petite moitié de notre déficit envers l’UE et pour une grosse moitié par notre déficit envers le reste du monde. Mais ces chiffres sont trompeurs : certains biens que nous achetons au reste de l’UE sont fabriqués à partir de matières premières ou de produits semi-finis eux-mêmes importés de l’extérieur de l’UE et donc payés en dollars.
(3) Je l’ai déjà dit à un autre commentateur, je ne partage pas l’hypothèse centrale, celle de faire du « franc » rétabli une monnaie inconvertible. Je trouve aussi que Nikonoff et Danglot sacrifient un peu trop aux vaches sacrées du genre « échelle mobile des salaires » sans penser à l’effet inflationniste. Mais ce n’est pas mon objet ici de commenter ce papier.
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