Imaginons un instant que l'Etat français déclare demain au monde: "nous allons construire une raffinerie de pétrole dans la baie du mont Saint-Michel, mais nous sommes prêts à y renoncer si le reste du monde nous verse la moitié de ce que cette raffinerie rapporterait". Ridicule, me direz vous.
Imaginons maintenant que l'Etat italien se proposait de construire un aéroport sur pilotis en face de Venise. Et qu'il propose de s'en abstenir moyennant le paiement par le reste de la communauté internationale de la moitié de ce que cet aéroport rapporterait. Là encore, on crierait au ridicule.
Imaginons alors que l'Etat équatorien propose de s'abstenir d'exploiter le pétrole qui se trouve dans la forêt amazonienne moyennant le paiement de la moitié de sa valeur. Absurde, me dirais vous. Sauf que dans ce dernier cas, c'est vrai. Le gouvernement équatorien à lancé cette étrange proposition sous le nom de "initiative Yasuni-ITT" (1).
La lecture des documents émis par le gouvernement equatorien donne par certains côtés l'impression de lire un texte surréaliste. Mais le principe qui se dégage du document est le suivant: celui qui s'abstient d'accomplir une activité qui serait dommageable pour l'environnement mérite d'être compensé du manque à gagner correspondant. La question, évidente, et qui va payer cette compensation, et surtout, avec quoi. Car si nous abstenions tous de toute activité dommageable à l'environnement, nous produirions bien peu de chose... et donc pas de quoi "compenser" ceux qui ne le font pas.
Le gouvernement équatorien ferait bien de lire Kant: une règle ne vaut que si elle est universelle. Si, comme le disent les partisans du projet, le fait de ne pas extraire le pétrole est une contribution à la lutte contre le réchauffement climatique, alors il faudrait arrêter d'extraire partout. Pourquoi se limiter à l'équateur ? Que fait-on si l'Arabie Saudite demande la même "compensation" ?
Plus grave encore, le principe derrière l'initiative Yasuni-ITT est qu'il faut compenser celui qui s'abstient d'une action dommageable a hauteur du manque à gagner. Or, l'application de ce principe nous amènerait à compenser les voleurs qui s'abstiendraient de voler à hauteur de ce que le vol leur rapporterait. Une politique construite sur un tel raisonnement est-elle viable ?
Cette "initiative" pourrait facilement être rangée dans le tiroir des initiatives plus ou moins fantasques dont l'Amérique Latine est fertile. Mais ce qui est plus difficile à comprendre, c'est que certains politiciens français s'en trouvent séduits au point de chanter leurs louanges. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, par exemple, en fait toute une tartine sur son blog (2). Il est tout de même surprenant de voir un homme intelligent comme Jean-Luc, un républicain féru d'histoire, se laisser à ce point emporter par un élan qu'on ne peut attribuer qu'à la fascination de l'exotisme.
Toute la pensée économique de la gauche est fondée sur l'idée que seul le travail crée de la valeur, et lui seul donc mérite en toute justice une "compensation". L'idée derrière Yasuni est qu'on peut créer de la valeur en s'abstenant de détruire. Plus que de l'écologie, la proposition des équatoriens relève du chantage: "vous nous payez, où nous détruisons la forêt amazonienne". Si l'on accepte ce raisonnement, pourquoi ne nous ferions nous pas payer pour ne pas construire une raffinerie sur la baie du Mont Saint Michel ? Avec le nombre de sites magnifiques que notre pays contient, nous devrions rapidement rembourser la dette publique... Et puisqu'on y est, on payerait les ouvriers pour ne pas travailler, les paysans pour ne pas cultiver, et ainsi de suite. On arriverait ainsi en bout du compte à une société ou tout le monde serait payé pour ne pas faire. On a du mal à croire que ce soit le projet de société que nous propose Jean-Luc Mélenchon.
Descartes
(2) http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/06/le-bonheur-des-irresponsables/comment-page-1/#comments
/idata%2F2681561%2FDrapeau-FrancaisSm.jpg)
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