Décidément, cet été aura été économique... désolé pour les lecteurs qui n'apprécient pas le sujet, mais la lecture attentive des journaux - plaisir qu'on ne peut s'offrir qu'en été - et l'actualité posent tellement d'interrogation que j'ai envie de réagir à chaud.
Le dernier chapitre du roman est la glissade des marchés d'actions. Le CAC40 a clôturé à la baisse pour la neuvième séance consécutive. Et pas n'importe quelle baisse: - 3,5%. Ce fut le cas de toutes les bourses européennes: toutes ont perdu plus de 3%. Aux Etats-Unis, ce n'est pas mieux: le Dow Jones a fermé hier soir à -4,31%, le Nasdaq perdant plus de 5%. Les bourses asiatiques ont suivi, le Nikkei perd ce matin 3,7%, et on ne voit pas de signe de reprise: à l'heure ou j'écris, le CAC40 perd encore 1,5%.
Qu'est ce que cela veut dire ? La bourse est un marché, où le prix est fixé par le jeu de l'offre et de la demande. Si les prix baissent, c'est qu'il y a plus d'offre à la vente par rapport aux demandes d'achat. Pourquoi les investisseurs se mettent à vendre ? La réponse classique - et la plus rationnelle aujourd'hui - est que les investisseurs n'ont pas confiance dans les performances futures de l'économie. Ils voient l'ensemble des économies occidentales s'engager dans la voie de l'austérité, et qui dit austérité dit moins de dépenses (publiques et privées). Or moins de dépenses, c'est moins de commandes pour les entreprises, donc moins d'activité, donc moins de profits, donc moins de dividendes. Et pourquoi les investisseurs refusent d'acheter ? Et bien... pour la même raison.
Mais il y a une question encore plus intéressante: si les opérateurs sont en train de vendre, vendre, vendre leurs actions, cela veut dire qu'ils sont aussi en train d'accumuler des masses énormes d'argent liquide. Cet argent, il serait idiot de le laisser dormir. Les opérateurs chercheront donc à le placer dans un investissement aussi rentable que possible. Mais ou trouver cet investissement ?
Le marché obligataire ? Pas vraiment: si les investisseurs se précipitaient avec des valises de billets acheter des obligations le taux de celles-ci aurait tendance à baisser. Alors qu'on observe exactement le contraire: les taux d'intérêt demandés sur les obligations montent, et pas seulement pour les obligations souveraines les plus exposées. Non, si la méfiance règne sur les marchés d'actions, on ne peut pas dire que les marchés obligataires attirent les investisseurs en ce moment.
Restent les investissements "réels" (l'or, la pierre) et les aventures exotiques (la Chine, l'Inde). Le risque, c'est que les sommes qui cherchent à se placer constituent une masse énorme de liquidités qui se cherchent un point de chute. Et ce genre de situation est parfait pour fabriquer des "bulles". Quelques investisseurs paniqués peuvent par exemple décider que la pierre est l'investissement le plus sûr. Leurs achats faisant monter les prix, d'autres investisseurs se diront qu'il y a des affaires à faire, achèteront à leur tour, ce qui fera monter les prix... et ainsi de suite. C'est ainsi que la "bulle" se gonfle jusqu'à ce qu'un petit malin se dise qu'il a fait assez de profit comme ça et commence à vendre massivement... ce qui fait baisser le prix, ce qui a son tour provoque d'autres ventes... et la bulle se explose entraînant avec elle tous ceux qui ont tardé à comprendre ce qui se passe.
En tout cas, on a des temps agités devant nous. Mais l'effondrement de la bourse devrait nous ramener à une vision plus équilibrée des problèmes que le gouvernement issu de l'élection de 2012 aura à résoudre. On se focalise trop sur la dette (et la dépense), et fort peu sur les moyens de la payer, c'est à dire, la production. Il n'y a qu'à voir les discours de nos leaders européens: on a parlé de "discipline fiscale", de "fonds de stabilisation"... mais qui a parlé de croissance ? Qui a proposé un programme économique pour accroître l'activité économique - et notamment l'industrie et les services industriels, qui en sont le coeur ? Personne. Au niveau politique, il n'y a plus d'économiste il n'y a que des comptables. Or, il ne faut pas se faire d'illusion: lorsque l'économie croît, la dette n'est jamais un problème, parce que les ressources nouvelles couvrent les intérêts. Elle le devient quand l'économie se contracte, quand les usines et les services ferment. Parce que les grandes campagnes contre la fraude fiscale ne sont utiles que s'il y a une véritable production à taxer.
Or, l'effondrement de la bourse montre une véritable méfiance non pas dans la capacité des Etats à rembourser leurs dettes, mais sur la performance de l'économie des pays développés dans son ensemble. Quand on voit une valeur comme EDF ou Total - dont les bénéfices dépendent essentiellement de l'activité économique - perdre 15% t 10% respectivement en une semaine, on ne peut qu'arriver à cette conclusion. Pour le dire plus clairement, les investisseurs ne font pas confiance aux politiques actuellement mises en oeuvre pour nous éviter une récession, et on peut difficilement les blâmer. La question fondamentale est: qui propose une alternative ?
Pas les fédérastes, toujours bloqués par le dogme de la divine puissance du marché. D'eux on ne peut attendre que la répétition d'un discours qu'on connaît par coeur, celui de la réduction de l'Etat à une sorte d'arbitre sans sifflet et de la dégradation des protections sociales au nom de la "compétitivité". Pas non plus les "alter", qui eux sont partis sur des idées de "décroissance" et des utopies iréniques à la Thomas Moore. Il y a bien un "pôle républicain" qui martèle l'importance d'une politique de développement industriel et productif - ce qui implique de casser le cadre du marché unique - mais ce pôle est politiquement faible et son audience est limitée, notamment parce qu'il est concurrencé dans l'électorat populaire par un FN qui a fait siennes - du moins au niveau du discours - les thèmes du développement économique chers aux "gaullo-communistes". Quant à la "gauche radicale", elle est enfermée dans les revendications sociétales et ne s'intéresse guère aux questions économiques du point de vue de la production de richesses (1). Alors, qui ?
Descartes
(1) La lecture de ce que le PCF présente comme "programme partagé" du Front de Gauche - texte que le PG et la GU ignorent olympiquement sur leurs sites respectifs - est de ce point de vue révélatrice. Non seulement c'est un catalogue de bonnes intentions sans rien de concret, mais surtout ce catalogue est de toute évidence contradictoire avec les principes mêmes du "marché unique" contenus dans les traités européens. Et on voit mal obtenir l'accord des 27 états membres pour modifier les traités dans ce sens. L'alternative serait bien entendu de quitter l'UE, mais le Front de Gauche rejette cette option... Et bien entendu, le texte ne comporte pas un seul chiffre.
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