"Nous devons des égards aux vivants. Aux morts, nous ne devons que la vérité" (Voltaire)
Le 5 mars 1953 s'éteignait brusquement à Moscou le "petit père des peuples" Joseph Staline. Soixante ans plus tard exactement, mourait à Caracas le "père du peuple vénézuelien", Hugo Chavez Frias. L'histoire a ce genre d'étranges ironies, de rapprocher deux hommes qui étaient si différents, mais qui partageaient au moins deux choses: la date de leur mort... et la fascination quasi mystique qu'ils ont tous deux exercé de leur vivant sur la "gauche radicale" française.En 1953, lorsque Iossif Vissarionovitch Djougashvili partit pour son dernier voyage, la façade du siège du PCF fut tendue de noir avec une immense photo du leader décédé, une délégation du PCF au plus haut niveau représenta le Parti aux obsèques du grand leader disparu dont le corps sera embaumé et placé aux côtés de celui du fondateur de l'Etat, Lénine. Soixante ans plus tard, la ressemblance est frappante: Bien sur, les temps ont changé, et aujourd'hui ce n'est pas le siège du Parti qu'on tend de noir, mais la première page des blogs et des sites internet (1). Mais Mélenchon compte se rendre aux obsèques du dirigeant Vénézuelien dont sont successeur probable déclare que le corps embaumé sera exposé dans un cercueil en cristal "pour que le peuple puisse l'avoir toujours près de lui", et qu'il sera placé dans le Pantéon aux côtés du père de la Nation, Simon Bolivar. O tempora, o mores.
Mais bien entendu, le style n'est pas l'homme et Chavez n'est pas, et de loin, Staline. Pour le comprendre, il faut se demander qu'elle est la nature exacte de "l'oeuvre" chaviste et dans quel contexte elle s'est accomplie. Pour répondre à cette question, il faut examiner le contexte très particulier du Vénézuela en particulier et de l'Amérique Latine en général. Car Chavez, ce n'est pas un phénomène nouveau et isolé, mais le dernier avatar d'une figure typique de la région, celle du "caudillo" populiste. Mais pas n'importe quel populisme: d'un populisme rentier.
Beaucoup d'économies latino-américaines sont, et cela depuis la conquête espagnole, fondées essentiellement sur l'exploitation d'une rente. Au départ, ce fut celle des mines de métaux précieux - or et argent - puis celle des ressources agro-alimentaires, et pour finir celle du gaz et du pétrole. L'économie de ces pays repose donc sur l'extraction d'une ressource primaire, ressource qui est transportée généralement ailleurs, dans les pays développés, pour être transformée. En retour, les devises récupérées servent à importer les produits manufacturés dont le pays a besoin.
La question politique essentielle est donc le partage de la rente. Celui-ci est très inégalitaire, à un point qui est difficile de concevoir pour un européen. D'un côté, une grande masse indigente, de l'autre une bourgeoisie peu nombreuse entourée d'une classe moyenne dont les niveaux de vie sont extraordinaires pour les standards européens. La masse de la population exerce des activités à la productivité très faible très faiblement qualifiées, car l'activité économique à forte valeur ajoutée se réduit à l'exploitation de la rente et ne favorise pas l'apparition d'une "aristocratie ouvrière" consciente de la valeur de son travail et capable, par la lutte politique et syndicale, de gagner des conquêtes sociales. De son côté, la bourgeoise et surtout ces classes moyennes sont d'une extraordinaire rapacité. N'ayant jamais été obligée de consentir des concessions à un véritable mouvement ouvrier organisé, ces couches n'ont ni la culture de la négociation, ni celle du compromis. Dès que leurs intérêts sont menacées, elles en appellent à des régimes répressifs pour défendre leurs intérêts. Le rapport entre la bourgeoisie et le monde du travail est un rapport mi-paternaliste, mi-féodal, où le "patron de estancia" veille comme un père sur "ses" travailleurs qui voient en lui la source de tous les bienfaits qu'ils peuvent recevoir en ce monde (logement, cadeaux, etc.). Car dans un système ou la qualification des travailleurs et la productivité sont très faibles, l'idée que son travail a une valeur et peut être effectivement négociée s'efface devant une vision féodale où le patron n'a pas véritablement besoin de personne, et ce n'est que par "bonté" qu'il emploie et paye le travailleur.
Dans ce contexte, qu'on ne retrouve en Europe que dans les régions socialement les plus archaïques, comme le sud de l'Italie ou la Corse, certains secteurs des classes moyennes finissent par prendre conscience de la fragilité du modèle, notamment lorsque une plus grande urbanisation et l'apparition de petites industries permettent le développement d'un mouvement syndical embryonnaire. Et ces secteurs finissent par tirer la même conclusion que le Prince Salina dans "Le Guépard": il faut que tout change pour que tout continue comme avant. Il faut savoir partager une partie de la rente pour pouvoir conserver le reste. Et il faut utiliser ce partage de manière à garder un contrôle absolu des masses et de fermer la porte à des idées "dangereuses et contraires à notre mode de vie occidental et chrétien" (sic) qui pourraient pousser les humbles à demander plus qu'on n'est disposé à donner.
Le mélange de la tradition féodale avec cette prise de conscience donne un type de populisme bien particulier, qu'on pourrait assimiler à ce qu'étaient les "rois thaumaturges" si extraordinairement décrits par Marc Bloch. En d'autres termes, d'un dirigeant doué de pouvoirs quasi-magiques, et qui devient la seule source de légitimité, de pouvoir, et bien entendu, de richesses. Le couple Peron est peut-être l'exposant le plus connu et le plus achevé de cette sacralisation personnelle et de personnalisation à outrance du pouvoir. C'est entendu, ces nouveaux "rois thaumaturges" s'arrangent pour distribuer une partie de la rente au peuple, finançant des programmes sociaux de toutes sortes. Mais ce financement est fait de telle manière qu'il apparaisse comme ayant sa source non pas dans une activité productive dans laquelle le peuple participe par son travail, mais dans la volonté souveraine d'un seul homme. C'est le "grâce à Chavez, nous avons ceci ou cela".
C'est pourquoi la disparition du leader bien-aimé est aussi traumatisante dans ces pays. De Gaulle avait beau avoir signé l'ordonnance créant les assurances sociales, tous les français savaient que celles-ci survivraient à son départ du pouvoir ou sa mort. Parce que nous, français, sommes habitués à l'idée que les services dont nous jouissons viennent de l'Etat et trouvent en dernière instance leur source dans le droit, et non dans la décision arbitraire de tel ou tel homme providentiel. Les hommes passent, et l'Etat reste. Mais dans un système où les programmes sociaux, les allocations, les logements ne viennent pas de l'Etat, notion vague qui ne désigne en général qu'une poignée de fonctionnaires inefficaces et corrompus, mais sont octroyés par la grâce d'un "caudillo" tout puissant, la disparition de ce "caudillo" équivaut à une remise en cause des avantages que vous avez pu grappiller.
"Allo presidente", l'émission de télévision au cour de laquelle Chavez distribuait logements et couvertures et corrigeait les ministres en direct n'est pas une nouveauté. Ce n'est qu'une variation des techniques utilisés par d'autres avant lui pour créer ce lien direct qui lie le seigneur et son vassal, fondé sur la conviction chez le vassal que tout ce dont il jouit lui est donné par son seigneur et peut lui être enlevé si son seigneur venait à disparaître ou à être mécontent de lui. Eva Peron était célèbre par le fait qu'elle recevait personnellement chaque demandeur qui venait frapper à la porte de la Fondation qui portait son nom et qui venait au secours des plus démunis. Les gens quittaient son bureau avec un bon signé de sa main pour un matelas, une cuisinière, un chauffage, un logement. Mais ces biens n'étaient pas accordés dans le cadre de la loi, ce n'était nullement un droit que ces gens exerçaient. C'était une libéralité, qu'Eva Peron pouvait consentir ou refuser. Et le fait de le consentir crée donc une dette - et donc un lien d'allégeance - entre le dirigeant qui octroie et le dirigé qui reçoit. Avec "Allo presidente", Chavez a fait la même chose qu'Eva Peron, mais en utilisant les moyens de communication de masse disponibles à son époque.
Ce point est fondamental: chez nous, le chômeur qui touche ses allocations à l'ANPE a conscience qu'il ne doit rien à François Hollande. Ce n'est pas le président qui lui octroie ses allocations, c'est l'Etat en application des lois. Et si le chômeur venait à déplaire - par exemple en faisant campagne pour l'opposition - ou bien si Hollande venait à mourir, les allocations continueraient à être payées. Il n'y a donc pas de lien de dépendance - ou d'allégeance - entre ceux qui réçoivent un service de l'Etat et les gouvernants. Les systèmes "caudillistes", au contraire, reposent sur ce lien personnel. Dans ces régimes, le citoyen n'a droit - au sens d'un droit impersonnel - à rien. S'il reçoit quelque chose, c'est grâce au "caudillo" qui, à la manière d'un père, se charge de son bonheur. Et à qui on ne saurait "manquer" sans que cela apparaisse comme un trahison, quand ce n'est pas un parricide.
Il est incontestable que Chavez a distribué une partie de la rente pétrolière à la population la plus modeste. Ce faisant, il a réduit la pauvreté et ce qui va avec. Mais faut-il pour autant en tirer une image positive, ou pire encore, en faire un "modèle" pour des "révolutions citoyennes" en Amérique Latine mais aussi en Europe ? La réponse est, à mon sens, négative. Parce que, comme disait TS Eliot: "La dernière tentation est la pire trahison / c'est faire une bonne chose pour une mauvaise raison". Qu'un dirigeant distribue la rente de son pays pour acheter des voix - même si cet achat de voix réduit la pauvreté - peut être vu par les pauvres comme une excellente chose. Mais du point de vue politique, la question est plutôt: est-ce que cette rente n'aurait pu être mieux employée ? Est-ce que si elle avait par exemple été investie en infrastructures et dans le développement d'une économie de production, les pauvres ne se seraient trouvés mieux à la fin ?
La réponse, malheureusement, est positive. Les "caudillos populistes" qui se sont acheté une popularité en stimulant la consommation des couches populaires avec la rente ont souvent conduit leurs pays au désastre. Tout simplement parce que les économies de rente n'ont qu'un temps. Le retournement de la conjoncture, la découverte de nouveaux gisements peuvent dramatiquement changer la valeur de la rente. C'est ce qui est arrivé à Peron dans les années 1950, lorsque la reconstruction de l'agriculture européenne a dramatiquement réduit la valeur "des blés et des viandes" qui constituaient la rente argentine. Rien ne dit que le prix du pétrole restera dans les sommets où il est maintenant - si les projets d'économies d'énergie et transition énergétique dont on nous rabat les oreilles sont un succès, la demande devrait baisser considérablement - et surtout par défaut d'investissement la production vénézuelienne de pétrole décline depuis des années. La rente donne à un pays une formidable opportunité de financer sa modernisation. L'Angleterre, la France, l'Allemagne sont ainsi devenues des puissances industrielles au milieu du XIXème siècle grace à la manne charbonnière. Encore faut-il veiller à ce que la rente ne s'évapore pas dans un niveau de consommation sans rapport avec la productivité réelle de l'économie, mais soit correctement investie pour fonder l'amélioration du niveau de vie sur une véritable croissance de la production.
C'est là que le bât blesse pour ce qui concerne Chavez. Son gouvernement à dépensé l'immense manne pétrolière à toutes sortes de choses... sauf à la modernisation du pays. Et ce n'est pas par erreur, par oubli ou par incompétence. Ce défaut est inhérent à ce type de "caudillismo". Imaginons un instant que Chavez eut créé au Vénézuela un Etat "socialiste" moderne, capable de gérer une économie industrielle, des services publics de qualité. A quoi servirait alors Chavez ? Quel rôle peut avoir un "caudillo" dans un système où chacun a des droits et des devoirs et où l'Etat veille à ce qu'ils soient respectés ? Quelle possibilité de se perpétuer au pouvoir alors que personne ne vous doit rien personnellement ? Churchill ou De Gaulle ont été renvoyés à leurs études par leurs peuples, et cela malgré le fait qu'ils avaient gagné une guerre. Tout simplement parce que dans nos vieilles démocraties on peut être reconnaissant à à un dirigeant de son travail sans pour autant se sentir lié à lui par une obligation personnelle de lui donner son vote. Cela est possible justement parce que nous avons dans nos vieux pays des Etats "modernes" qui assurent la continuité, et que les droits dont nous bénéficions ne dépendent pas d'un homme. Le "caudillo" a besoin, pour assurer son pouvoir, que l'Etat soit archaïque et faible. Que personne ne puisse être assuré de sa situation autrement que par ses liens personnels avec le dirigeant. C'est pourquoi il était illusoire d'espérer que Chavez - comme Peron en son temps, et comme n'importe quel autre "caudillo" - puisse moderniser l'Etat et la société (2). Comment lui demander de scier la branche sur laquelle il est assis ?
Le principal reproche qu'on peut faire à Chavez n'est pas - comme le font certaines voix de droite - qu'il ait muselé l'opposition ou qu'il ait multiplié la corruption et le népotisme. L'opposition a pu s'exprimer assez librement - surtout compte tenu des excès qu'elle a commis dans cette expression - et la corruption et le népotisme ne datent pas d'aujourd'hui, et ne semblent pas avoir gêné outre-mesure les commentateurs du temps de Carlos Andrés Perez. Peut-être parce que c'était un honorable membre de l'Internationale Socialiste, allez savoir. Ce qu'on peut - et on doit - reprocher à Chavez c'est d'avoir mis en place un système "caudilliste" qui, sous le prétexte de diminuer la pauvreté, ne fait qu'enfoncer le pays dans un système néo-féodal.
Mais, me direz-vous, ne faut-il pas prendre en compte le contexte historique, culturel et social du pays ? Ne faut-il pas admettre que dans ce contexte la seule manière d'agir - ce qui suppose de conserver le pouvoir - soit celle choisie par Chavez ? Peut-être. Mais ce type de raisonnement conduit fatalement à admettre n'importe quoi et accepter que nous vivons dans le meilleur des mondes ou, du moins, dans le seul monde possible. Et c'est là que nous sommes rejoints par le fantôme de Staline. Lorsqu'on juge l'action du "petit père des peuples", ne faut-il pas aussi appliquer la même règle ? Ne faut-il pas excuser Staline au nom d'une continuité avec les traditions politiques russes (3) où l'assassinat politique et la déportation en Sibérie étaient chose banale depuis le XVIIIème siècle ? Et si l'on exige de Staline une rupture avec la tradition politique de son pays, pourquoi ne pas exiger la même chose de Chavez ?
Reste une question à laquelle il est difficile de répondre. Pourquoi la figure de Chavez exerce-t-elle une telle fascination sur une partie de la "gauche radicale" ? Comment une expérience aussi éloignée par son contexte et par son fonctionnement de notre propre tradition politique arrive-t-elle à être érigée en "modèle" ? Je pense qu'il y a à cette fascination deux raisons. La première est assez paradoxale: c'est l'attachement de la gauche française à une vision bonapartiste du pouvoir. La gauche souffre de l'idée qu'une loi qu'elle juge "bonne" ne soit pas possible parce qu'elle viole la Constitution, qu'une mesure qu'elle juge "juste" ne soit pas réalisable parce qu'elle viole des droits fondamentaux. L'idée à gauche est que le gouvernant - du moins le gouvernant "de gauche" - doit pouvoir tendre le doigt et dire "je le veux", et les choses se faire (4). Chavez - avec d'autres représentants de la nouvelle gauche latinoaméricaine comme Evo Morales - incarne justement cet penchant bonapartiste, qui tend à universaliser la formule léniniste selon laquelle "la fin justifie les moyens". Dans une Amérique Latine où les Etats sont généralement faibles, on peut tout réformer d'un simple trait de plume. Comment une telle possibilité ne séduirait-elle nos gauchistes pétris de bonne conscience et convaincus de pouvoir faire le bonheur des gens malgré eux ? Derrière cette vision se cache cependant un danger: les barrières constitutionnelles et autres qui empêchent de tout réformer d'un trait de plume sont là non pas pour gêner nos "révolutionnaire citoyens", mais pour protéger les droits de chacun d'entre nous. Qu'en Amérique Latine on puisse s'affranchir aussi facilement de ces limitations n'est pas quelque chose qui mérite d'être imité, mais un danger qu'il importe d'éviter...
Mais la fascination qu'exerce un Chavez est incompréhensible si l'on ne prend pas en compte l'envie de croire - à mon sens, la force la plus puissante qui n'ait jamais existé sur cette terre. Depuis que Dieu est mort (5), on se cherche des divinités - et des pères - de substitution. Nous avons tous envie de croire dans une figure tutélaire, qui connaît tout et qui a une solution à tous les problèmes. Et surtout, qui est infaillible. Car c'est cela qui caractérise aujourd'hui le rapport de cette "gauche radicale" avec Chavez, comme elle caractérisait hier ses rapports avec Staline, Mao, Che Guevara (ou Pol Pot pour les plus atteints, genre Badiou) ou même Mitterrand. Tous ces personnages avaient une qualité quasi-magique - qu'on attribuait elle aussi aux rois de droit divin: l'incapacité de mal faire (6). Seulement, pour que l'illusion puisse tenir il faut que la foi manie les ciseaux pour découper tout ce qui dépasse. Et elle sait y faire: hier, on a vait pu faire comme si les morts du Goulag ou la Révolution Culturelle n'avaient jamais existé. Plus proches de nous, le Mitterrand de Vichy avec sa Francisque, celui de l'Observatoire et des amitiés affairistes, celui de l'Algérie Française et ses copains de l'OAS a miraculeusement disparu derrière l'image paternelle de "Tonton", homme de gauche "viscéral" et stratège génial. Chavez aujourd'hui - ou du moins jusqu'à hier - joue ce rôle. Et les ciseaux de la foi ont encore fonctionné, découpant tout ce qui peut nous rappeler chez Chavez le "populisme rentier" pour ne laisser que le "comandante" révolutionnaire et aimé de son peuple.
Voilà pourquoi, à mon sens, le "comandante" Chavez ne peut et ne doit pas être un "modèle" pour une gauche qui fait de l'émancipation humaine son objectif. Le système chaviste - comme tous les systèmes clientélistes - est un système pervers: il échange une diminution de la pauvreté contre une aliénation totale à la figure d'un "chef" indiscutable et indiscuté. Les scènes d'hystérie qui ont suivi l'annonce de la mort de Chavez devraient de ce point de vue nous alerter. Dans une société saine et libre, il n'y a pas d'hommes indispensables.
Descartes
(1) "Le Parti de Gauche salue la mémoire et l'oeuvre histoirque d'Hugo Chavez" chez le PG, "Le décès de Hugo Chavez, une grande perte pour le Vénézuéla et pour l'Amérique latine tout entière" chez le PCF.
(2) D'ailleurs, nous n'avons pas besoin d'aller aussi loin que l'Amérique Latine pour comprendre ce fonctionnement. Nous avons bien des exemples dans nos propres collectivités locales, où certains maires, présidents de conseils généraux et régionaux jouent au même jeu avec, bien entendu, de l'argent public. Dans ces collectivités, lorsqu'une association reçoit une subvention celle-ci est souvent accompagnée d'une lettre du "notable" ne laissant aucune ambiguïté sur le fait que celle-ci est le résultat d'une décision personnelle et que le récipiendaire ferait bien de s'en souvenir... Croyez-vous vraiment que ces "notables" soient enclins à réformer le système qui les fait vivre ?
(3) Car on oublie le niveau de violence politique et sociale de la Russie au cours du XIXème et début du XXème siècle. Lorsque Staline nait, le servage, qui concernait 40% de la population russe lors de son abolition, n'a disparu en Russie que depuis 17 ans (1861). Le magnicide et le meurtre est un mode habituel de gestion des conflits entre les différents fractions politiques. Les attentats terroristes sont chose courante pendant le régime tsariste (Alexandre II, par exemple, sera victime de six tentatives, dont la dernière réussie...) et cela ne cesse pas après la Révolution. Ainsi, Lénine sera victime d'un attentat le 30 août 1918.
(4) Ce syndrome ne touche pas que la "gauche radicale", mais est commun à toute la gauche. La meilleure illustration est la réaction lorsque le Conseil constitutionnel annule une mesure qu'elle estime "juste". Les arguments pour l'annulation ne sont jamais pris en compte. On préfère crier au "complot réactionnaire". Voir par exemple l'affaire de la QPC sur le délit d'harcèlement sexuel, que j'ai commenté en son temps sur ce même blog.
(5) Remarquez, pas pour tout le monde. Les discours de Chavez, par exemple, sont truffés de mentions à la "divina pastora" (nom donné au Vénézuela à la Vierge Marie), à Jesucrist et autres bondieuseries du même acabit. Il est toujours drôle de constater que certains qui à gauche ont l'indignation facile sur le discours de Latran mais se pâment devant des discours comme celui de Chavez ou de Maduro, avec une bondieuserie toutes les trois lignes.
(6) D'ailleurs, le simple fait d'insinuer qu'ils avaient pu se tromper - ou pire - vous valait l'excommunication. Non: s'ils avaient fait ce qui pouvait sembler aux non-initiés comme une bourde, c'est qu'il s'agissait d'une stratégie géniale incompréhensible au profane. Ou alors qu'ils avaient été trompés par des incapables ou des traîtres parmi leurs seconds. Où qu'ils avaient été contraints par les circonstances. La simple idée que Mao ou Guevara aient pu mal faire par erreur, par intérêt ou simplement par bêtise était impensable.
/idata%2F2681561%2FDrapeau-FrancaisSm.jpg)
Commenter cet article