"pro rege saepe, pro patria semper"

Le blog de descartes

Le blog de descartes

Blog de débat pour ceux qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche

Un blog pour parler politique, économie, société, poésie... bref, tout ce qui doit intéresser le citoyen d'une république.

Vos commentaires sont les bienvenus! Ouvrons le débat...

.

Tous les papiers de ce blog sont de reproduction libre à condition de mentionner l'auteur et la source

Publié le par Descartes

Depuis quelques années, ou pour être plus précis, depuis qu'un président de la République connu pour ses sympathies pétainistes (1) s'y est fait huer, la cérémonie commémorant la grande rafle de juifs du 16-17 juillet 1942 est devenue une sorte d'examen de passage des présidents de la République. Lorsqu'il monte à la tribune, le président se sait surveillé: saura-t-il se frapper assez profondément la poitrine ? Trouvera-t-il assez de cendres pour se couvrir la tête ?

 

Il serait injuste de faire - comme le font certains nostalgiques antisémites - de ce voyage à Cannossa une question purement liée à l'histoire des rapports entre la République et les juifs. Le devoir de repentance, qu'on confond souvent et à tort avec le devoir de mémoire, est devenu une sorte de viatique obligatoire de la fonction présidentielle. La plus haute autorité de l'Etat est priée - fermement - d'assumer une position de repentance permanente devant les monuments ad hoc. Il ne saurait visiter la Guadeloupe ou la Martinique sans demander pardon pour l'esclavage. Il ne saurait se déplacer en Afrique sans faire acte de contrition pour la colonisation. Pour faire acte de repentance, il faut renoncer à célébrer Napoléon l'esclavagiste ou citer Jules Ferry, cet affreux colonialiste. On a le droit - pour combien de temps... - d'être fier d'être français. Mais cette fierté doit être celle du clocher du village, du saucisson et du foie-gras. Pas celle des grands hommes et des grandes choses. Même la Résistance se trouve dénoncée comme une supercherie dans une France qui fut celle des "quarante millions de pétainistes".

 

Comment en est on arrivé là ? En fait, ceci n'a rien de nouveau. Il y a toujours eu deux "France", ou plutôt deux conceptions de la France. D'un côté, il y a la France provinciale, celle du village, des "terroirs", des spécialités locales, des patois. Celle aussi des communautés paysannes avec leurs "notables": aristocrates, prêtres, bourgeois enrichis. Celle qui a été si bien décrite par les écrivains "localistes", de Maupassant à Giono et chantée, en d'autres temps, par Joachim du Bellay:

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand revoiray-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison,
Revoiray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le séjour qu’ont basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur Angevine.

 

A côté de cette France-là, il y en a une autre. C'est celle des villes, de l'Encyclopédie et de Versailles. Celle du jacobinisme, du Code Civil et du Code Pénal et des lois égales pour tous. Celle qui se projette dans le vaste monde, à travers ses idées, de ses écrivains, de ses scientifiques, de ses militaires. Celle qui ne se contente pas de son petit "ça m'suffit", mais qui cherche - quelquefois irrationnellement - à faire le bonheur de l'humanité. C'est la France de l'universel qui nous a donné Hugo et que chantait dejà, oh paradoxe, par le même du Bellay...

 

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine,
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 

Le paradoxe n'est qu'apparent: ces deux Frances sommeillent dans chaque français. Et elles s'expriment contradictoirement, selon les moments politiques. Vichy et le pétainisme fut un moment de repli sur la "petite France", la Libération et le gaullisme furent une ouverture sur la "grande". Ces "deux France" constituent une division - celle qu'on évoque souvent sous les termes "girondin/jacobin" - qui transcende le fossé droite/gauche et bien souvent divise même les partis politiques.

 

Mais revenons à la repentance. Les partisans de ce cirque des excuses expliquent qu'il est sain de confronter la "vraie" histoire, trop souvent cachée par des considérations politiques. Qu'il s'agit de rétablir la "vérité historique" cachée par des méchants qui auraient voulu priver telle ou telle communauté de sa "reconnaissance". Bien entendu, ils se foutent de nous. Le discours de la repentance est un discours politique, qui vise non pas à rétablir la vérité contre une vérité officielle, mais de substituer une vérité officielle à une autre. Le discours du repentir n'est pas, et ne peut être un discours historique. C'est même tout le contraire: un rejet de l'Histoire remplacée par une vision moralisante des faits. Il est important ici de comprendre la différence: la politique est une question de buts, l'histoire est une question de faits. Il est légitime pour le politique de créer une fiction si cette fiction l'aide à réaliser un projet. Pour reprendre la formule de Richelieu, "l'art de la politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire". L'Histoire, elle, se soucie des faits et de leur interprétation. Elle ne peut inventer ou occulter ceux-ci au nom d'un quelconque "objectif supérieur" sans trahir sa fonction. Et c'est pourquoi l'Histoire se prête si mal à faire de la politique: là où le politique a besoin de mettre en scène des héros et des ordures, l'histoire fournit une image nuancée d'où les catégories morales sont absentes, où les héros l'ont été suite à un long et tortueux cheminement, et souvent par hasard, et où les ordures l'ont été souvent par aveuglement ou par le jeu des circonstances.

 

Permettez-moi de vous poser un dilemme. Imaginez-vous que vous êtes un haut fonctionnaire français en 1940. Les allemands attaquent et occupent votre pays, et vous mettent le marché suivant en main: soit vous restez à votre poste et les aidez à administrer le pays - avec une marge de manoeuvre réelle mais réduite - soit vous partez et le pays sera administré directement par les allemands comme le fut la Pologne et avec les mêmes méthodes. Que choisiriez vous ?

 

Deuxième dilemme: supposons que vous ayez choisi la première option dans le premier dilemme. Maintenant, les allemands viennent vous voir et vous disent: "nous avons décidé de déporter tous les juifs de France. Vous pouvez partir si vous le voulez, et ce sera comme en Pologne. Si vous restez et nous aidez à organiser l'opération, seuls les juifs étrangers seront déportés". Quel serait votre choix ?

 

Vous me direz qu'on peut toujours poser des dilemmes moraux impossibles. Qu'on peut toujours refuser de choisir. Peut-être, mais ces dilemmes ont été réels. Ils ont été réellement posés à des personnes réelles. Et des gens en chair et en os ont du choisir entre deux options. L'histoire de la période qui part de la fin des années 1930 et qui couvre la période de Vichy est une histoire en même temps passionnante et frustrante. Passionnante parce que c'est l'histoire d'êtres humains confrontés quasi-quotidiennement à des choix limite. Frustrante, parce dans le royaume du "politiquement correct" il est impossible de lire ces choix autrement qu'à travers le prisme moralisant des "héros" et des "ordures". Pourquoi l'idée que des hommes - faillibles comme le sont tous les hommes - aillent permis des actes horribles en croyant choisir en toute bonne foi le moindre mal nous est aussi insupportable ?

 

J'ignore quel aurait été mon choix si j'avais été présenté dans la vie réelle avec ce dilemme, et je remercie le ciel de ne pas m'avoir soumis à une telle épreuve. On ne sait pas quel aurait été le résultat si les fonctionnaires français qui ont été réellement soumis à ces dilemmes avaient fait le choix contraire à celui qu'ils ont fait. Que se serait-il passé si le gouvernement de Vichy, Legay et Bousquet avaient refusé leur coopération aux allemands en 1942 ?  Peut-être que cela aurait sauvé la vie de milliers de juifs étrangers. Et peut-être que Paris aurait été mis à feu et à sang comme le fut Varsovie et que l'ensemble des juifs parisiens aurait fini à Auschwitz. Nous ne le savons pas, et nous ne le saurons jamais.

 

Le général De Gaulle, passionné lui même d'Histoire, avait très bien compris le problème. La France de 1945 n'avait pas besoin de culpabilité collective. Elle avait besoin de mythes fondateurs pour sortir de la débâcle politique, sociale et intellectuelle que fut la collaboration. Le mythe de la "France combattante" et du "tous résistants" était pour le pays une nécessité politique (2), pas une vérité historique. Ouvrir le débat sur la collaboration sans la distance nécessaire au travail historique ne pouvait aboutir qu'à une chasse aux sorcières - et l'épuration en a fourni de nombreux et tristes exemples. La priorité politique du jour n'était pas à la satisfaction du sens moral, mais à la pacification. Il fallait éviter une guerre civile même au prix d'une falsification de la mémoire. Et si le gaullisme a empêché la diffusion de films comme "le chagrin et la pitié" à la télévision, ce fut moins parce qu'il les jugeait mensongers que parce qu'il les jugeait dangereux. Comme l'avait dit si bien Robespierre, "vous n'avez pas une décision de justice à rendre, mais une mesure de salut public à prendre".

 

Si des personnalités aussi différentes que Giscard, De Gaulle, Pompidou et Mitterrand on maintenu la même ligne sur cette question, c'est avant tout une question de génération et de culture. Ces gens-là ont vécu la débâcle et la guerre, et savaient ce que cela avait été. Ils hésitaient a juger en termes manichéens parce qu'ils avaient conscience combien les choix faits pendant les années noires avaient été difficiles et quelquefois impossibles. Pour nous, qui connaissons la fin de l'histoire, le choix entre résistance et collaboration est un choix évident et seul un manque de courage ou un défaut moral a pu empêcher les français de choisir le "bon" côté. Mais pour les acteurs de ce temps-là, qui disposaient en plus d'une information parcellaire sur ce qui était en train de se passer, le choix n'avait rien d'évident. Cela vous rend prudent à l'heure de juger les engagements des uns et des autres. Beaucoup ont choisi De Gaulle irrationnellement, par esprit d'aventure. D'autres l'ont préféré pour de bien mauvaises raisons, voyant en lui un général maurrassien qui pouvait "rétablir l'ordre" ou plus banalement faire contre-poids aux communistes. Certains, à l'opposé, ont choisi Pétain pour de bonnes raisons, voyant en lui un "moindre mal". Tout cela était parfaitement connu des français qui ont vécu cette époque et qui communiaient pourtant dans la fiction de la "France résistante" au temps du pacte "gaullo-communiste".

 

L'arrivée des nouvelles générations a changé la donne dans les années 1960. Il fallait se "rebeller" contre papa - contre le papa réel, bien entendu, mais aussi contre le père symbolique qu'était De Gaulle. Or, la rébellion de la jeunesse contre la génération en place passe souvent par la contestation de ses valeurs ou tout au moins la dénonciation de son hypocrisie vis-à-vis d'eux. La génération qui, pour aller vite, est celle de 1968, allait faire les deux: dénoncer les valeurs de la Résistance en les ringardisant, et dénoncer "l'hypocrisie" gaulliste en démontant la fiction de la "France résistante" non pas pour rétablir l'histoire, mais pour lui substituer une autre fiction, celle de la "France collaboratrice" dans laquelle la résistance n'est plus qu'une question d'individualités exceptionnelles. Toute une école "révisionniste" annexera l'histoire de Vichy - Paxton est l'exemple le plus éclatant - au service non pas de la vérité historique, mais d'un projet politique. Ils fournirent les munitions pour la campagne de "repentance", tout comme les pseudo-historiens de l'esclavage.

 

Comme le signale si bien Regis Debray dans "A demain De Gaulle", le paradoxe de cette "rebellion de la jeunesse" est qu'elle est arrivée à un moment où les progressistes étaient au pouvoir. Elle ne pouvait donc jouer que dans les mains des libéraux, qui ont profité pour se refaire une santé après la longue éclipse qui avait suivi la Libération.

 

De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand ont chacun été à leur manière des représentants de la "Grande France". Urbains, passionnés de littérature, pénétrés de la singularité de leur pays, familiers avec son histoire, ils avaient une vision tragique de l'histoire politique. Même Sarkozy, dans son style si particulier, était un urbain ouvert sur le monde. Hollande et Chirac, c'est tout le contraire. C'est l'accent mis sur la "normalité", sur le "terroir", sur le "bon sens" opposé à l'intellectualisme, du "compromis" plutôt que des principes. La "Grande France" est trop grande pour eux. Le rappel d'une épopée résistante les ferait apparaître dans toute leur petitesse. C'est pourquoi ils penchent naturellement pour la "Petite France", glissant inconsciemment vers les valeurs qui ont fait le pétainisme. Et parmi eux figure en bonne place l'appel à la repentance permanente. N'étais-ce pas le Maréchal qui appelait à une "purification" par la souffrance pour guérir le pays des "pêchés" de la IIIème République et du Front Populaire ? Aujourd'hui, on nous appelle à dix ans d'austérité pour payer les dettes que nos "pêchés" ont creusé... est-ce bien différent ?

 

La repentance permanente n'est donc pas une question de vérité historique, de "devoir de mémoire" et que sais-je d'autre. Elle fait partie, avec les discours sur le "retour au local" et la "démocratie participative" d'un retour à la "Petite France", d'un processus de légitimation des communautés - car la repentance s'adresse toujours à une communauté - et de délégitimation de l'Etat, de la République, de la Nation, en un mot, toute institution qui évoque la "Grande France" et sa tentation universelle (3).C'est pourquoi d'ailleurs on constate que parmi les -rares - personnalités à avoir pris position sans ambiguïté contre le discours de Hollande sont Henri Guaïno et Jean-Pierre Chèvenement, deux personnalités connues pour défendre la "Grande France" envers et contre tous, y compris contre leur propre "camp". Et pour s'opposer sans concessions aux tentatives de dégrader l'Etat et de promouvoir contre  lui communautarisme et régionalisme (4).

 

Pourquoi assiste-t-on à ce retour ? Parce que la "Petite France" qui était naguère le projet politique de la petite bourgeoisie de province est devenu celui des classes moyennes massivement dominantes en politique aujourd'hui. Leur vision idéale de la France, c'est celle d'une nouvelle sorte de Suisse: un pays riche qui se place en dehors des soubresauts de l'Histoire, et ou l'on peut consommer et vivre tranquille. Et qui, pour tranquilliser son âme, va chaque dimanche à l'église pour se repentir de ses pêchés. La grandeur ? La gloire ? L'universel ? Pfff! Ça coûte trop cher... et puis, est-ce qu'avec ça on peut s'acheter un portable ?

 

 

Descartes

 

 

(1) Pour ceux qui trouveraient que j'y vais un peu fort, je rappelle que le président en question faisait régulièrement fleurir la tombe du Maréchal à l'Ile d'Yeu, et qu'il conserva parmi ses amitiés un certain nombre d'anciens de Vichy, dont Réné Bousquet, l'un des organisateurs de la rafle. Bousquet fut assassiné par un déséquilibré le 8 juin 1993, quelques semaines avant sa comparution devant un juge d'instruction et alors que les échéances électorales rendaient sa "protection" - "protection" d'ailleurs reconnue par le président de la République, qui a avoué avoir ralenti l'instruction de l'affaire - plus aléatoire. Le gouvernement de l'époque n'avait pas cru nécessaire de lui fournir une protection policière. Mais tout ça, ce ne sont que des coïncidences, bien entendu.

 

(2) De Gaulle et ses amis ne se faisaient aucune illusion sur l'histoire récente. On se souvient du fameux mot du général qui, en passant en revue un groupement de FFI remarque chez l'un d'eux la Croix de Lorraine cousue sur la veste, la prend dans sa main et dit "comme elle est belle, comme elle est grande.... comme elle est neuve !"

 

(3) Il est drôle d'ailleurs de constater que si les "crimes d'Etat" sont mis en exergue, personne ne semble trop pressé de s'excuser des "crimes" commis par des autorités "régionales". Et pourtant, ce n'est pas cela qui manque: des guerres et des massacres entre noblaillons locaux, notre histoire en est remplie... qu'attend le maire de Toulouse pour déclarer que les crimes de Simon de Montfort "ont été commis par Toulouse" ?

Pas plus qu'on ne demande "repentance" aux activistes d'extrême gauche: ainsi par exemple les membres d'action directe sont régulièrement défendus par les leaders de la gauche dans leurs demandes de mise en liberté malgré leur rejet de toute "repentance"...

 

(4) Et lorsque Guaïno dit que "sa France" n'a pas pu commettre le crime du Vel d'Hiv puisqu'elle se trouvait à Londres, il a parfaitement raison. Mais par antiphrase, on pourrait se dire que si la France de Hollande a pu commettre le crime, c'est parce qu'elle se trouvait bien à Vichy...

Commenter cet article

Trubli 30/10/2012 00:50


Bonsoir,


voici un auteur qui pourrait vous plaire : 


http://www.enquete-debat.fr/archives/patrice-champion-fait-paraitre-le-manuel-dantidogme-25219


Mais ce passage de son livre est magistral : http://www.enquete-debat.fr/archives/extrait-du-manuel-dantidogme-de-patrice-champion-21650

Descartes 01/11/2012 14:46



C'est un auteur très intéressant. Il est d'ailleurs drôle de voir combien sa prise de conscience est liée à l'expérience de la dictature idéologique gauchiste issue de mai 1968...



Z-machine 20/08/2012 23:40


En si bonne eau misérable de ...   VICHY


ont barboté tant et tant de responsables politiques de la III-ème République devenus , par services entiers , membres constitutifs de ce gouvernement ( " minéralement " antirépublicain ) , auquel
un certain " Philippe Pétain " ( avec l'appui des suppôts de la droite ... pas qu'extrême ) sut imposer un discours où pouvoir , langage et jouissance s'équivalent .


Après l'acte originaire qu'il a voulu : " l'armistice " , d'énoncer , en " grand maître " providentiel sorti du lit fin prêt de la boîte à " Coucous " : " Chacun sait-il que je me suis trouvé ,
que je me trouve encore devant le néant ? Car le néant , c'est avant-tout l'absence d'autorité . L'autorité , quand je suis venu ici , n'était nulle part " ( 23 Nov.40 ); Porte parole des morts ,
de ceux de Verdun comme si ... " d'évidence " , ce devra donc être sous cette instance sur-moïque , féroce et obscène , que l' " être-un-français " devra s'aligner , offert à une entreprise (
sadique ) de culpabilisation à tout-va ! Après le " néant " : " Moi " , " P.P. " !...


Le(s)  maître(s) , aussi sûr de son fait que de son phrasé , de cultiver le mythe de l'adéquation entre " réalité " et " perception " , au point que " France " et " Français " se
distribueront selon les rouages de son propre regard , effaçant ce qu'il(s) ne saurait concevoir ( Front Populaire et lutte des classes ) , rendant myope eu égard à la réalité fasciste et nazie ,
lorgnant constamment  sur l'objectif à éradiquer ( juifs , communistes , francs-maçons , etc :... " terroristes " ) . L' infâme " Statut des Juifs " d'avoir été promulgué dans la foulée ,
introduisant sans ambages la notion de race dès Octobre 40 , sans même que les occupants nazis en aient osé avancer eux-mêmes ici-même encore le ... " concept " !


Phobie de voir surgir quelque dysharmonie , ou , le moindre désaccord interne avec la " mère-patrie " : soit une obsédante présence de la mort ( le sang versé qui féconde ) , prise dans un désir
parricide qui ne peut faire son deuil , un principe de " masculinité " artificiellement porté aux nues , laissant tout-un-chacun en proie au vertige des rivalités , dans une logique de
père-version paranoïde au service  d'une figure " paternelle " aveuglante  pour se nourrir des affects investis sur elle : " Lui " , vibrant objet d'une oeuvre régénératrice dans la
sainte douleur ( et quelles douleurs pour " Autrui " en effet ... ) et  dpnc promu par le  " sacrifice " ... " subprême " !


Les " Mêmes " , passés à la " Résistance " ou pas , de remplir d'identiques " bons et loyaux " offices à l'encontre des populations indigènes récalcitrantes ( pour d'excellentes  raisons )
après la " Libération " de 45 , et ce dans le mépris et / ou l'indifférence de presque ... tous ( y compris les " Meilleurs " )  ! ...


Que d'eaux saumâtres & que d'os pas encore tout-à-fait blanchis !


 

Trubli 30/07/2012 13:33


Je ne sais pas si cela a un rapport avec Mai 68 ou avec la gauche radicale, mais il est intéressant de constater cette logique binaire à l'oeuvre partout : Soit on est fier de "ses origines"
soit on en a honte. Soit on était résistant soit collabo. 


Or votre réponse permet de sortir de ce schéma binaire. Et oui en effet la plupart des français durant la seconde guerre mondiale cherchait avant-tout à survivre dans cet univers d'incertitudes.
Préférant l'armistice à la poursuite de la guerre par excès de pacifisme suite aux conséquences de la première guerre mondiale. On oublie souvent que la France au dynamisme démographique faible
durant tout le 19e siècle a payé un lourd tribu. Elle n'était pas prête à voir 10, 15 ou 20% de sa jeunesse disparaitre dans un nouveau conflit. 


Cette France que l'on dit antisémte devait connaitre dans une bonne partie de la population des "relents d'antisémitisme". Mais il ne faut pas oublier que dans cette France des années 30 il y eut
un président du conseil de confession juive : Léon Blum. Il ne faut pas oublier que cette France des années 30 fut un des derniers régimes démocratiques du continent. Mais elle ne se doutait pas
que certains membre de la Cagoule préparaient l'accession au pouvoir de Pétain d'une manière peu orthodoxe. 

Descartes 30/07/2012 14:09



Il faut surtout rappeler que nous jugeons cette période ayant à notre disposition une somme d'informations qui n'était pas accessible aux acteurs de l'époque. Non seulement nous connaissons le
contexte global, mais nous connaissons aussi la fin de l'histoire. Après la défaite de 1940, beaucoup pouvaient penser que Hitler s'arrêterait là, qu'une négotiation entre la Grande Bretagne et
l'Allemagne, dans laquelle les britanniques garderaient leur empire (peut-être même avec quelques petits suppléments pris sur l'empire français) en échange d'une domination de l'Europe
continentale par l'Allemagne mettrait fin au conflit, et que dans ce contexte la France devait se résigner à devenir une dépendance de l'Allemagne (peut-être pour préparer un jour une nouvelle
"revanche"...). La nature du régime hitlérien nous paraît évidente aujourd'hui, mais elle était loin de l'être à l'époque.


Aujourd'hui, nous écoutons le discours de De Gaulle déclarant "ceci est une guerre mondiale", et cela nous paraît aller de soi. Mais ce n'était pas le cas pour ceux qui l'écoutaient. Le grand
mérite de De Gaulle est justement d'avoir le premier placé le conflit dans un cadre gépolitique global, alors que tous les autres réflechissaient comme si 1940 était un autre 1870.



alextpe 27/07/2012 14:29


Merci pour votre réponse précédente (commentaire 8), très instructif.


La référence à mon arrière grand-père n'avait pas pour but de représenter toute la France de cette époque. C'était seulement pour dire que, même chez les résistants, il y avait des
antisémites. S'il est monté aussi haut, malgré des idées si radicales, c'est qu'il avait des appuis et des soutiens qui partageaient ces idées, même parmi la population. Et que penser
de Maurice Papon ? Ministre en 1981 quand même !


De plus, vous dîtes qu'il faut laisser l'histoire aux historiens. Mais le sujet n'est pas Jeanne d'Arc ou Charlemagne, mais un événement qui concernent encore des gens aujourd'hui. Des personnes,
qui ont subi cette rafle, qui ont perdu un frère ou un parent dans les camps. Il est peut-être un peu tôt pour redonner ça aux seuls historiens non ?


Effectivement, j'avais oublié pour Sarkozy. Ca me revient maintenant, notamment l'idée macabre que chaque gamin parraine une victime de la Shoah. Que Chirac ait mis les points sur les I, je
trouve ça tout à fait honorable. Que ça devienne ensuite un passage obligé d'autoflagellation, moins.

Descartes 27/07/2012 15:35



C'était seulement pour dire que, même chez les résistants, il y avait des antisémites.


Non. Vous aviez fourni cet exemple à l'appui d'une affirmation bien plus générale:"La France était profondément antisémite, même chez les résistants". Et je vous le repète: l'exemple de votre
arrière grand-père ne suffit nullement pour généraliser. Il y avait certainement des antisémites en France, y compris dans la Résistance. Mais de là à conclure que "la France était profondément
antisémite", il y a un grand pas qu'on n'a pas le droit de franchir à la legère.


S'il est monté aussi haut, malgré des idées si radicales, c'est qu'il avait des appuis et des soutiens qui partageaient ces idées, même parmi la population.


Pas forcément. Vous avez vous même indiqué qu'il était devenu sénateur après des actes de résistance. Peut-être que ses appuis et ses soutiens partageaient plutôt cet engagement dans la
résistance que ses idées antisémites. Il serait par exemple intéressant de savoir si dans sont matériel électoral votre grand-père avait fait figurer ses idées antisémites. J'en serais
extrêmement surpris s'il l'avait fait. Et pourtant, si la France était "profondément antisémite", il y aurait eu tout intérêt à le faire... cela lui aurait apporté bien des voix, non ?


Et que penser de Maurice Papon ? Ministre en 1981 quand même !


Quoiqu'on puisse penser de lui, je vois mal en quoi le cas Papon montrerait que "la France est profondément antisémite". Je ne crois pas que Papon ait fait une seule déclaration antisémite entre
1945 et 1981, ce qui là encore est un peu bizarre dans un pays "profondément antisémite". Pourquoi aurait-il cherché à cacher sont "'antisémitisme" ? Pourquoi au contraire n'a-t-il fait un
argument électoral ?


Votre téorie d'une France "profondément antisémite" butte sur une réalité: les candidats et les partis politiques faisant de l'antisémitisme l'un de leurs drapeaux ont toujours été
ultra-minoritaires en France. Pourquoi à votre avis ? N'est ce pas tout simplement parce qu'en France l'antisémitisme effraye l'(électeur plus qu'il ne l'attire ?


De plus, vous dîtes qu'il faut laisser l'histoire aux historiens. Mais le sujet n'est pas Jeanne d'Arc ou Charlemagne, mais un événement qui concernent encore des gens aujourd'hui. Des
personnes, qui ont subi cette rafle, qui ont perdu un frère ou un parent dans les camps. Il est peut-être un peu tôt pour redonner ça aux seuls historiens non ?


Admettons. Mais dans ce cas, ne nous racontons pas qu'il s'agit de "rétablir la vérité historique". Parce que les "vérités historiques", ce sont les historiens qui doivent les établir.


 



Trubli 26/07/2012 11:49


Concernant la volonté de Mitterand de corseter l'Allemagne, je reste dubitatif.


Marie-France Garaud ou Jean-Pierre Chevènement dans son avant-dernier livre montrent que l'unification monétaire était une volonté du patronat allemand ou en tout cas était également souhaitée
par le patronat allemand. Cette posture est cohérente quand on sait qu'en régime de change fixe, malgré les réévaluations successives, le mark était toujours sous-évalué. Les Allemands qui ont un
tropisme mercantiliste voyaient avec le serpent monétaire puis le SME puis l'Euro le moyen d'oter à leurs partenaires l'arme de la dévaluation. 


Je ne vois donc pas comment Mitterand aurait pu corseter l'Allemagne avec une monnaie dont le mode de fonctionnement était calqué sur le mark. J'y vois plutôt de la peur et l'idée saugrenue que
l'Euro pourrait ancrer définitivement l'Allemagne à l'Ouest. 

Descartes 26/07/2012 15:34



Concernant la volonté de Mitterand de corseter l'Allemagne, je reste dubitatif.


Mais l'objet de vos doutes est l'existence de la volonté ou le fait que ce projet fut faisable. Pour ce qui concerne la volonté, cette question figure dans les textes écrits par Mitterrand lui
même, et ceux qui l'ont connu et fréquenté à cette époque ont beaucoup écrit sur le souci du vieux président de "corseter" la puissance allemande après l'réunification et sa croyance dans les
institutions européennes pour faire ce travail.


 



nationalistejacobin 26/07/2012 11:35


Etrange article qui paraît mélanger des choses très différentes... Par exemple, quel est le rapport entre le poème de Du Bellay (le premier) et la "Petite France"? La "Petite France" dont parle
Descartes est un projet politique, une vision idéologique de la France. Dans son poème, Joachim se contente d'exprimer son attachement sentimental à sa région d'origine, et l'on ne perçoit pas de
"volonté politique" dans ce texte. Alors qu'il y a en une dans le second.


 


Le problème de la France "urbaine", cultivée, ouverte et raffinée (on le voit bien dans les quartiers sensibles où une urbanité universaliste d'un genre intéressant se manifeste lors d'émeutes et
de feux de joie), c'est que sa conception de la France est purement abstraite. République, démocratie, voilà les seuls mots qui résument la France. Or la France, ce n'est pas que cela. C'est en
effet des paysages, des terroirs, un patrimoine. La France est un pays qui longtemps est resté très rural et agricole, contrairement au Royaume-Uni ou à l'Allemagne. Pourquoi l'Allemagne, si
urbaine, industrialisée, cultivée, raffinée était moins démocratique que la France, plus rurale et agricole, moins urbaine, à la veille de la Grande Guerre?


 


Petite parenthèse sur le mot "urbain": si en effet le terme "urbanité" désigne le fait d'acquérir les codes et manières qui font de vous un être civilisé (mot de la famille de cité celui-là, tout
se tient), on observe depuis quelques temps un glissement sémantique. "Art urbain", "musique urbaine", "danse urbaine", "parler urbain", expressions qui caractérisent une sous-culture d'une
médiocrité généralement affligeante.


 


L'exode rural a été plus tardif en France. C'est vrai que beaucoup de Français gardent un attachement sentimental pour le village, mais ce n'est pas forcément un obstacle à l'amour de la "Grande"
France. Non point qu'il faille idéaliser cette France des clochers, ne soyons pas naïf: ce n'était pas un monde parfait, et la ville n'est pas Babylone! Pour autant, je dois le confesser: je me
sens mieux dans un village que dans certains quartiers de la banlieue parisienne ou marseillaise, où l'on se demande, désolé de le dire crûment, si l'on est dans la banlieue de Bamako ou d'Alger.


 


La "Petite France" et la "Grande France" ne sont pas contradictoires mais bien complémentaires. La III° République l'avait compris: elle a combattu les patois, mais n'a jamais exigé des Français
qu'ils renoncent à leur clocher. Toute la géographie de la III° République (je pense à Vidal de la Blache) est une géographie très rurale qui met au centre de l'étude les terroirs. Mais le but
n'est pas un repli sur le clocher, mais plutôt montrer aux petits Français que c'est la variété des terroirs qui fait la richesse et la puissance de la France. La "petite patrie", le village,
sont une partie de la grande patrie et contribuent à la puissance de cette dernière. Il faut relire "le Tour de France de deux enfants" qui vient de reparaître (et qui associe la campagne à la
ville industrielle, car bien sûr, la France avait besoin d'usines), livre de lecture prisé au début de la III°. Le sentiment d'appartenance local a toujours été fort en France. Plutôt que de
l'opposer au sentiment national, les dirigeants de la III° République l'ont plutôt et habilement, articulé avec ce dernier. Ce qui a permis d'unifier le pays, de réduire l'emprise du local sans
l'effacer complètement.


 


Ajoutons que cette France rurale, longtemps majoritaire (c'est au recensement de 1927, si j'ai bonne mémoire, que pour la première fois la population urbaine est plus nombreuse que la population
rurale) a pris sa part aux destinées de la "Grande France". Les campagnes aussi ont été révolutionnaires en 1789, pillant les châteaux et brûlant les terriers, s'opposant à tout retour de la
féodalité au XIX° siècle. Les campagnes ont choisi Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, un nom qui n'évoquait certainement pas la "Petite France". Même moins politisées et plus rétives que les
villes (encore que...), les campagnes ont fourni un effort considérable lors des guerres de la Révolution et de l'Empire. Ces campagnes ont été converties à la République et à la nation par la
III° République. La conscription a appris aux villageois qu'au-delà de leur horizon, il y avait en effet une "grande patrie"... ce qui, répétons-le, n'a jamais exclus l'attachement à son clocher.
Et le résultat de cette politique est remarquable: en 1914, le taux de désertion en France est bien faible. Les ruraux sont allés se battre, et les noms égrénés sur les monuments aux morts de
tous les villages de France témoignent qu'ils n'ont pas été moins braves ni moins patriotes que les urbains.


 


Le général de Gaulle avait coutume de dire qu'il y avait, non pas "deux France" comme le dit Descartes (ce qui ressemble à une façon de distinguer les "bons" Français des "mauvais"), mais deux
mouvements, contradictoires et complémentaires, qui traversaient l'histoire de notre pays: un mouvement progressiste, de tendance révolutionnaire, épris d'idéal et un mouvement conservateur,
attaché à la tradition et à l'ordre. Et de Gaulle précisait que les deux mouvements étaient nécessaires au pays. Je pense que cette façon de voir était plus juste que celle que propose Descartes.


 


Au fait, pourquoi tant de nos présidents, si urbains, ont jugé utile de poser, sur leurs affiches électorales, devant un paysage rural? Un hasard sans doute...


 


En revanche, l'analyse sur la repentance, l'usage politique de la mémoire, est excellente.

Descartes 26/07/2012 15:30



Etrange article qui paraît mélanger des choses très différentes... Par exemple, quel est le rapport entre le poème de Du Bellay (le premier) et la "Petite France"? La "Petite France" dont
parle Descartes est un projet politique, une vision idéologique de la France. Dans son poème, Joachim se contente d'exprimer son attachement sentimental à sa région d'origine, et l'on ne perçoit
pas de "volonté politique" dans ce texte.


Bien entendu, vous avez raison. Les deux poèmes étaient un "clin d'oeil" pour montrer que la "Grande France" et la "Petite France" sont toutes les deux en chacun d'entre nous, que à certains
moments les français peuvent tomber dans la nostalgie du village et à d'autres, lorsque la situation sociale et politique change, peuvent se lancer à la conquête de l'universel. Et ce sont les
mêmes français...


Mais bien entendu ce n'était pas mon propos de plaquer une idée moderne sur un texte du  XVIIème siècle...


L'exode rural a été plus tardif en France. C'est vrai que beaucoup de Français gardent un attachement sentimental pour le village, mais ce n'est pas forcément un obstacle à l'amour de la
"Grande" France.


Bien sur que non. C'est d'ailleurs la dialectique entre les deux "France" dans chaque citoyen qui fait du peuple français un peuple aussi particulier, aussi différent de ses voisins. Je partage
bien entendu vos commentaires sur la politique de la IIIème République, qui a merveilleusement géré cette dualité entre la petite patrie et la grande sans chercher à détruire bêtement la
première, mais en donnant à la seconde la prééminence.


Le général de Gaulle avait coutume de dire qu'il y avait, non pas "deux France" comme le dit Descartes (ce qui ressemble à une façon de distinguer les "bons" Français des "mauvais"),


Encore une fois, je n'ai jamais dit rien de pareil. Pour moi, la "petite France" et la "grande France" sont deux pôles qui vivent dans l'inconscient de chacun d'entre nous. Il n'y a pas de
"petits français" et de "grands français"...


Et de Gaulle précisait que les deux mouvements étaient nécessaires au pays. Je pense que cette façon de voir était plus juste que celle que propose Descartes.


Ce que je propose, c'est exactement ce que proposait De Gaulle...


Au fait, pourquoi tant de nos présidents, si urbains, ont jugé utile de poser, sur leurs affiches électorales, devant un paysage rural? Un hasard sans doute...


Un hasard très moderne, figurez-vous. En 1974, les affiches de Giscard montraient un paysage industriel et celles de Mitterrand un pilône électrique (avec en plus le sous-titre "la France
moderne"...). Si depuis quelques années on est revenu au paysage rural, c'est bien parce que la "petite France" est en train de devenir une représentation dominante...


 



Caton d'Utique 26/07/2012 10:48


On pourrait arrêter d'utiliser cet insupportable anglicisme de "think-thank" ou de je ne sais quoi, et de plutôt employer le terme de groupe de réflexion ou de courant de réflexion... c'est
d'ailleurs les termes employés par la Gauche populaire. A ce propos, je me demande quel est votre avis sur la Gauche populaire, qui semble être très proches de vos idées :
http://gauchepopulaire.wordpress.com/


Ce sont eux qui se sont fait traiter d'avoir un "surmoi lepéniste" par les parangons du bien-penser que sont les terra noviens. Ce qui est drôle quand on connaît un peu nicolas lebourg....


Pour votre article : je vous remercie encore de vos articles toujours très instructifs pour les jeunes personnes comme moi, car cela permet de comprendre bien des choses. Je pense, après cela est
peut-être faux, mais que cela est lié à l'européanisme de Hollande, après tout, ce n'est pas Mitterand qui avait sorti quelque chose comme " La France est notre patrie, l'Europe notre avenir" ?
Cette manière de rabaisser la France est là pour présenter l'Europe comme une sainte chose par comparaison. Ce qui ne semble pas beaucoup marcher ! Mais cela est du que contrairement à la France,
l'Europe ne présente aucun avantage, aucune culture (sauf de l'anglisication/américanisation), et aucun "projet" humaniste comme peut l'être l'idéal républicain et révolutionnaire...

Descartes 26/07/2012 17:31



On pourrait arrêter d'utiliser cet insupportable anglicisme de "think-thank" ou de je ne sais quoi, et de plutôt employer le terme de groupe de réflexion ou de courant de réflexion...


Tout à fait. Tout ce courant snob qui pense que ça sonne mieux si c'est dit en anglais... Franchement, en quoi "Carrefour Market" est il plus beau que "Marché Carrefour" ? En quoi "SNCF Family"
est plus agréable à entendre que "SNCF pour la famille" ?


A ce propos, je me demande quel est votre avis sur la Gauche populaire, qui semble être très proches de vos idées :


J'en avais dejà parlé ici. Sur beaucoup de questions, je partage leurs analyses ou leurs demandes. Mais j'ai une divergence de fond avec eux. La "gauche populaire" pense encore comme si la
division gauche/droite avait véritablement un sens. On ne peut pas parler, comme le fait la GP, des "rapports de la gauche et du communautarisme", parce qu'il n'y a pas une gauche, mais
plusieurs, et ces "gauches" n'ont pas eu, mais alors pas du tout, les mêmes rapports au communautarisme. En fait, la GP ce sont des anciens du PS déçus de la dérive de leur parti mais qui
continuent à confondre la "gauche" avec leur ancien parti.


 



Trubli 26/07/2012 10:48


Ce que vous dites sur la nécessité de créer une fiction pour un homme politique me donne une idée : créer une fiction qui discrédite la génération de 68. Que la jeunesse se rebelle contre les
valeurs de cette génération.

Descartes 26/07/2012 15:15



Ah... mais créer une fiction, ce n'est pas à la portée de n'importe qui et cela ne se fait pas n'importe quand...



alextpe 26/07/2012 10:16


Je ne suis pas d'accord avec vous sur le début de l'article. En quoi est-ce que le Vél d'Hiv est devenu un passage obligé ? Je ne me souviens pas avoir vu Sarkozy "commémoré" le Vel d'Hiv !


Il ne faut pas quand même pas se voiler la face. La France était profondément antisémite, même chez les Résistants. Mon arrière grand-père, devenu sénateur après acte de résistance, était
totalement antisémite (et pas seulement, tout y passait). Il s'est d'ailleurs marié avec la fille d'un Cosaque. Paraît-il que celui-ci s'était armé d'une hache pour tuer du juif...


Je vous rejoins sur le dilemme. Pourtant, les Papon et autres Laval ont, pour le moins, pas seulement fait preuve de "collaboration", mais ont activement participé à la déportation juive. Je ne
juge pas l'histoire, c'est trop facile. Se dédouaner en disant que ce n'était pas la France l'est tout autant. Est-ce qu'on peut justifier la traite négrière française en disant "ce n'était pas
la France" ? Je ne mettrais pas les deux choses dans le même sac, mais c'est vous qui le faites dans votre article donc j'en profite ! 

Descartes 26/07/2012 15:00



Je ne suis pas d'accord avec vous sur le début de l'article. En quoi est-ce que le Vél d'Hiv est devenu un passage obligé ? Je ne me souviens pas avoir vu Sarkozy "commémoré" le Vel d'Hiv
!


Et bien, vous avez une bien mauvaise mémoire: pour le 65ème anniversaire de la Rafle, le 20 juillet 2007, le président Sarkozy s'est rendu au mémorial de la Shoah. A cette occasion, il avait
déclaré « Jacques Chirac a dit ce qu’il fallait dire et je pense qu’il n’y a rien à retrancher et rien à rajouter au très bon
discours qu’il avait fait à l’époque. »


 Mais bon, si vous pensez qu'il n'y a pas une pression qui oblige chaque président de la Republique à prendre position sur cette question...


Il ne faut pas quand même pas se voiler la face. La France était profondément antisémite, même chez les Résistants.


Pourriez-vous expliquer ce que veut dire "être profondément antisémite" ? Depuis Napoléon, les juifs français accèdent en parfaite égalité avec les autres citoyens à l'ensemble des charges et
emplois publics. Ils jouissent d'une parfaite égalité de droits et devoirs avec l'ensemble de leurs concitoyens non-juifs. On a du mal à comprendre comment des citoyens "profondément antisémites"
ont pu élire des représentants, eux mêmes "profondément antisémites", ont pu faire de telles lois...


Mon arrière grand-père, devenu sénateur après acte de résistance, était totalement antisémite (et pas seulement, tout y passait).


Sans  vouloir vous offenser, votre arrière grand-père ne représente pas, à lui seul, la France. Que votre grand-père fut "profondément antisémite", je peux l'admettre. Mais déduire de cet
exemple le "profond antisémitisme" de la France...


Se dédouaner en disant que ce n'était pas la France l'est tout autant.


Vous est-il venu à l'idée que si la déportation était "un crime commis par la France", cette responsabilité s'étend aussi aux juifs français ? Car je n'ose imaginer que vous puissiez penser que
les juifs français ne font pas partie de la France...


Il ne s'agit pas de "se dédouaner", mais au contraire d'éviter qu'on banalise les responsabilités - et notamment les responsabilités allemandes - par le jeu de la faute collective. Je ne vois pas
pourquoi les juifs français, les résistants français, et même l'immense majorité des français qui ne fut ni résistant ni collabo mais qui ont essayé de vivre au mieux avec les contradictions du
moment doivent charger avec cette responsabilité.


Est-ce qu'on peut justifier la traite négrière française en disant "ce n'était pas la France" ?


Mais pourquoi voulez vous à tout prix "justifier" quoi que ce soit ? Il n'y a rien à "justifier". La rafle du Vel d'Hiv, comme la traite négrière, sont des faits historiques. Laissons les aux
historiens, et essayons de comprendre comment et pourquoi ils sont arrivés. Et tirons, s'il y en a à tirer, les leçons pour l'action politique. Je ne vois pas l'intérêt de se frapper la poitrine
en permanence. Croire que parce qu'un président de la République proclame dans une tribune "c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute" on a fait un pas en avant pour empêcher que
de telles choses se répètent, c'est se bercer de douces illusions.


 



Marencau 25/07/2012 20:34


"Pourquoi n'a-t-il pas tenu le discours qu'il tient aujourd'hui quand il était porte-parole de Ségolène Royal ?"


Bonne question, hélas... et aujourd'hui il ne risquera pas son précieux poste de ministre pour défendre les idées d'il y a quelques mois...


 


Tu noteras tout de même qu'il parle de payer un peu plus en tant que consommateur pour y gagner en tant que producteur (l'exemple des centres d'appel quelque soit la pertinence de la chose) et
qu'il vient de réévoquer (je viens de l'entendre mais je peux me tromper) le problème du libre-échange même s'il demeure dans des chimères européennes.


 


"Hollande n'est peut-être pas pétainiste - au sens large du terme "


Qu'entend-tu par "au sens large" (tu utilises le terme deux fois dans ta réponse)  ? Tu veux par là parler du côté "terroir et vie tranquille et sans histoire"  en excluant le côté
communautaire qui exclut tout ce qui est en dehors du cadre défini ?


 


La comparaison avec Pierre Laval est cruelle, heureusement que nous en sommes encore loin. Faut dire, Hollande n'est pas bien "de gauche" non plus à la base. Si Hollande et le PS aujourd'hui sont
de gauche, alors faut qu'on m'explique précisément pourquoi De Gaulle était de droite, Mitterrand de gauche et ce qui distingue vraiment notre Président de Chirac...


 


"Je pense qu'ils le sont. "


Un Descartes sans concession ! En fait je ramène cette question sur le tapis car dans les débats que je fais ci et là, c'est vraiment cette question du malthusianisme qui revient encore et
toujours au centre du débat. C'est un réel clivage. Je ne sais pas encore s'il recoupe le clivage girondins/jacobins mais j'essaye d'étudier la question. Le souci c'est que les "girondins purs" à
la limite, on peut discuter avec eux, échanger des arguments Mais avec les malthusiens, c'est impossible car il s'agit d'une croyance quasi-religieuse.


 


Comment parler d'investissement dans des grands projets, de relance de la production et de la consommation ou de toute autre chose lorsqu'il faut "5 ou 6 terres pour supporter ce que nous
consommons", que "la croissance infinie dans un monde fini est impossible" et toutes ces idées là ? Cela balaye tout débat.


 


En fait, le danger de ces idées "girondino-écolo" c'est qu'elles sont très intuitives. Le libéralisme, le malthusianisme, tout ça paraît normal et logique et repose sur des concepts très simples.
A l'inverse, expliquer l'intérêt du nucléaire ou comment fonctionne une relance keynésienne est beaucoup plus complexe et moins intuitif... c'est pour ça que j'aime bien le qualificatif que tu
attribues au jacobinisme, même si ce n'est peut-être pas dans ce sens: exigeant.

Descartes 26/07/2012 14:25



Qu'entend-tu par "au sens large" (tu utilises le terme deux fois dans ta réponse) 


Il ne s'agit pas ici d'un attachement à la figure du Maréchal ou au régime de Vichy, mais à un certain nombre de valeurs (retour à la terre, aux valeurs paysannes, à une société corporative...)
qui ont été reprises par le pétainisme mais qui sont en fait bien plus anciennes.


La comparaison avec Pierre Laval est cruelle, heureusement que nous en sommes encore loin.


Oui, elle est cruelle, mais elle n'est pas infondée. Pierre Laval lui aussi était un politicien plutôt classé à gauche, avocat des pauvres, député socialiste d'une circonscription urbaine et
ouvrière, Aubervilliers. C'était surtout un homme sans principes, fasciné par le pouvoir et par l'art de la negociation et de la "combinazione" politique. En 1940, il magouille l'arrivée
de Petain au pouvoir. En 1944, quelques jours avant la libération de Paris, il essaye de négocier avec les alliés un arrangement pour rester au pouvoir...


En fait, le danger de ces idées "girondino-écolo" c'est qu'elles sont très intuitives. Le libéralisme, le malthusianisme, tout ça paraît normal et logique et repose sur des concepts très
simples. A l'inverse, expliquer l'intérêt du nucléaire ou comment fonctionne une relance keynésienne est beaucoup plus complexe et moins intuitif...


Tout à fait. La force de ces gens-là viennent du fait que leurs affirmations est fondée sur des fausses évidences intuitives. Ce sont ces fausses évidences qu'il faut à chaque fois mettre en
cause.


 



dudu87 25/07/2012 17:03


Bonjour à tous,


Si je suis d'accord avec le fond de l'article, il y a pourtant une donnée qui me gêne.


Au travers le "Mitterrand urbain" et le "Chirac rural", voir le "Hollande corrézien", tu sous-entends une France progressiste urbaine et une France conservatiste rurale. Ai-je bien compris? La
Résistance à l'occupant nazi et ses supplétifs français était aussi bien urbaine que rurale.


Tant qu'au discours du président au Vél'hiv, je dirai qu'il est dans la pure tradition "socialiste" même SFIO, à savoir faire plaisir au "pot de fer"". Le PS veut bien les voix du peuple mais a
peur de ce même peuple.


Sinon à quand ce thing thang? Je ne suis pas sûr de l'avoir bien écris. Peu de commentaires de ma part mais lecteur assidu y compris sur Valmy  

Trubli 25/07/2012 00:37


Il est étrange que vous mettiez Mitterand dans la "grande France" lui qui par bien des aspects incarne la petite France :


la volonté de se fondre et se faire discret dans une Europe allemande

l'abandon accéléré des instruments de la souveraineté nationale

Descartes 25/07/2012 13:37



Vis à vis de cette question - comme de beaucoup d'autres - Mitterrand est un personnage ambigu. La politique européenne le met décidément du côté de la "Grande France": dans sa vision, il ne
s'agissait pas de "se faire discret dans une Europe allemande" mais au contraire de construire une "Europe française" en essayant de corseter la puissance germanique. Que ce but fut impossible à
atteindre ne change pas le fait que la visée mitterrandienne est universaliste plutôt que provincialiste...


Mitterrand est essentiellement un homme urbain, cultivé, raffiné. Il n'a jamais été boire des canons avec les agriculteurs ou caresser le cul des vaches. On le voit mal parler du retour à la
terre et au village, quelque soient les fantasies "com" de Séguéla.


 



Trubli 24/07/2012 23:48


Un des problèmes que j'ai avec Hollande c'est ce sentiment qu'il connait très mal ses dossiers.


Trois exemples :


Une fausse citation de Shakespeare - Disons que le Shakespeare qu'il citait n'était pas le grand dramaturge.


Une erreur sur les centrales nucléaires - il veut fermer Fessenheim parce que la centrale serait en zone sismique mais alors il faudrait faire de même avec la grande majorité des centrales
françaises. Ce que Sarkozy n'a pas manqué de pointer lors du débat télévisé.


Et là cette erreur sur le Vel d'Hiv. La vérité historique est qu'en zone Nord les Allemands - surement en lien avec la convention d'armistice - avaient l'habitude de donner leurs ordres
directement aux forces de polices. Donc oui la rafle a été perpétrée par des français. Mais les Allemands avaient leur mot à dire et en sont les commanditaires. 


En France on commence à percevoir l'affaiblissement du système scolaire lorsqu'on écoute le plus haut personnage de l'état qui ne maitrise pas ses dossiers et se montre incapable d'une analyse
fine et ciselée d'un problème complexe. Quelle médiocrité intellectuelle. 

Descartes 25/07/2012 13:50



En France on commence à percevoir l'affaiblissement du système scolaire lorsqu'on écoute le plus haut personnage de l'état qui ne maitrise pas ses dossiers et se montre incapable d'une
analyse fine et ciselée d'un problème complexe. Quelle médiocrité intellectuelle. 


Faut pas demander tout au système scolaire. Le meilleur système scolaire du monde - et le nôtre est parmi les meilleurs dès qu'on arrête de le juger avec des "indicateurs" d'usine - ne peut
compenser les défauts de la société. Je ne jetterais pas la pierre à Hollande, d'ailleurs: si le peuple exigeait de ses dirigeants rigeur et subtilité d'analyse, les dirigeants feraient l'effort
pour la fournir. Le problème est ailleurs: dans le fait que les français aujourd'hui n'apprécient que les discours qui vont dans le sens de leurs préjugés. L'homme politique peut dire n'importe
quelle absurdité, et il sera applaudi si l'absurdité en question correspond aux préjugés de son électorat. Il n'y a qu'à regarder par exemple les "groupies" de Mélenchon sur son blog - ou celles
qui interviennent ici, c'est pareil. Leur leader peut dire qu'il fait nuit à midi, il vous trouveront toujours une association profonde donnant au mot "nuit" un sens subtil pour excuser leur
champion.


Et cela est vrai à tous les niveaux. Les parents d'un cancre préfèrent que l'instituteur leur dise que leur enfant est "différent", qu'il ne réussit pas dans les matières "scolaires" mais que ce
n'est pas grave puisqu'il est plein de "créativité"; plutôt que d'entendre de la bouche du maître que leur enfant n'en fout pas une et qu'il ferait mieux de travailler ses devoirs plutôt que de
jouer avec sa Nintendo.


Est-ce que vous connaissez beaucoup d'électeurs d'Hollande qui auraient changé leur vote en réponse à la citation erronée, à l'absurdité de l'argument sur Fessenheim, au manque de finesse de ses
analyses ? Si nous, citoyens, n'accordons aucune importance à la rigueur et au sérieux du discours politique, pourquoi les hommes politiques le feraient à notre place ?


 



Serge 24/07/2012 18:54


Bonjour.


 


Ces derniers temps, je n'ai que peu suivi l'actualité (étant plongé dans un projet personnel sur mon temps libre). Quelle surprise en lisant ce billet !


Nous avons donc un président qui met ses pas dans les traces de l'état de Vichy, et lui rend légitimité en sa position de président. Oui, il s'est passé en France des évenements bien tragique
durant la guerre. Mais il me semble, peut être que je me trompe, que ces évenements ont été fait par un gouvernement en rupture avec les valeurs et les idéaux de la République. Et à la libération
(et par la suite), le régime en place durant cette période a été déclaré nul.


Si nous continuons ainsi, pourquoi ne pas s'excuser non plus des agissements parfois tyrannique et sanglant des rois qui ont composé l'Histoire de France ? Après tout, c'était aussi des crimes
fait en France par la France contre la France, dans la logique. Oui, je sais, c'est absurde.


 


Je suis de ceux qui souhaitent ne jamais oublier les tragédies de la seconde guerre mondiale. Je crois au devoir de mémoire (au sens large), pour pouvoir avancer sans bégayer et en tirer leçons
pour faire face à la fortune. Mais le repenti éternel (surtout que j'aimerais savoir quand est-ce que la République Française à proclamer "Nous ne sommes pas libre et égaux en droit"), non, ça ne
fait pas avancer, bien au contraire.


 


Et je suis allé lire quelques articles à propos de la déclaration de Guaino, c'est assez effrayant de voir autant de partisans de l'auto-flagellation historique.

Descartes 25/07/2012 14:12



Je suis de ceux qui souhaitent ne jamais oublier les tragédies de la seconde guerre mondiale. Je crois au devoir de mémoire (au sens large),


Pas moi. Je pense qu'il est indispensable, lorsqu'on a le recul suffisant, de passer du devoir de mémoire au devoir d'histoire. Parce que la mémoire, vous savez, c'est infidèle...



Marencau 24/07/2012 18:42


Bonjour Descartes,


 


Un papier qui fait du bien après les discours bienpensants qu'on a vu se multiplier après l'allocution de Hollande. J'ai vu aussi Guaino hier, j'en étais sûr que son intervention te plairait. Il
semble bien apprécier Montebourg, tiens. Peut-être qu'avec un petit effort ce dernier pourrait incarner une vraie alternative à l'intérieur du PS. En attendant...


 


"Mais par antiphrase, on pourrait se dire que si la France de Hollande a pu commettre le crime, c'est parce qu'elle se trouvait bien à Vichy... "


Je te trouve un peu dur. Hollande cherche le compromis et la "pacification" du pays, c'est sûr. On retrouve bien là la "peur du conflit" qui est une des caractéristiques du pétainisme. Mais on
est encore loin de la communion dans l'identité nationale (même s'il est un peu communautariste), du retour à la terre (même s'il est très "terroir" et son lien avec Tulle en est une caricature),
de la diabolisation de la ville etc. Je pense que "la France de Hollande" n'était nulle part car il n'en a pas vraiment défini une. En fait il s'en moque bien. Pour lui un tel discours c'est
juste un moyen de conserver un capital sympathie, c'est tout. Je doute qu'il ait vraiment réfléchi à la question.


 


J'extrapole un peu, mais je trouve qu'on fait trop facilement le lien entre "la société apaisée" et l'idéologie pétainiste. Car en fait cette volonté d’apaisement se retrouve finalement chez tout
le monde. N'a-t-on chacun pas envie de notre petit bonheur simple ? Tu m'objecteras alors qu'il s'agit de vie privée. Mais ne souhaite-t-on pas de la même manière que nos concitoyens soient
heureux ? Ce n'est certainement pas un symptôme "Petite France", sinon je crois que nous serons nombreux dans ce cas. La différence se joue à l'échelle: on doit pouvoir chercher ce bonheur SANS
abandonner la "Grande France" et s'enfermer dans une communauté niant l'individu. Là est l'enjeu.


 


Enfin, je trouve le débat sur le rôle de "la France" pendant la collaboration assez étrange. Au moment où le Parlement vote les pleins pouvoir à Pétain en y intégrant les pouvoirs
constitutionnels, la France "légitime" disparaît ou alors se déplace à Londres... il ne peut donc y avoir de responsabilité collective, mais uniquement celles d'individus qui ont collaboré pour
une raison ou pour une autre, en pensant même parfois bien faire. Et tu parles très bien dans ton papier de toute la complexité de la question.


 


Au fait, comment fais-tu de l'ami de Bousquet, l'homme à la francisque, un représentant de la "Grande France" ? Alors que celui là même était justement "connu pour ses sympathies pétainistes",
n'y a-t-il pas contradiction ?


 


"C'est pourquoi ils penchent naturellement pour la "Petite France", glissant inconsciemment vers les valeurs qui ont fait le pétainisme."


Je pense qu'il y a plusieurs "styles" de classes moyennes. Tu vas avoir les classes moyennes "je m'en foutistes" qui correspondent plutôt bien à ta définition: "qu'on me laisse consommer et faire
ce que je veux, le reste je m'en tape. Je donne 10€ par an au téléthon et je paye de gros impôts, alors de quoi je me mêle ?".


 


Mais je pense que ce serait réducteur de n'en voir que ça, car ces classes moyennes là n'ont pas forcément la vision régionalistes et localistes. Elles peuvent l'avoir, mais parfois elles s'en
foutent. Tout simplement. A côté de ça, tu as les girondins, les vrais. Ils sont déjà plus engagés en politique alors que les premiers s'en cognent.


 


C'est là où tu as les revendications régionales (qui vont curieusement souvent de pair avec les européennes), la démocratie participative et compagnie. Ce sont les girondins pur jus. La nation
est une fiction à abattre, les régions existaient bien avant elles, nous devons prendre en main notre avenir nous même, etc. Si leurs intérêts convergent, ceux-là sont beaucoup plus "Petite
France" que les premiers qui ne sont en fait que des homo economicus sans grande conscience politique.


 


A noter aussi qu'il existe des localistes pour une raison complètement différente: l'écologie. En général ce sont des malthusiens purs qui voient dans la société de consommation le fossoyeur de
la société. Peut-on les assimiler à la "Petite France" pour autant ? J'aimerais leur soumettre l'idée pour rire. Il y a aussi ceux qui veulent acheter Français par patriotisme économique et le
plus près de chez eux possible, quitte à payer un peu plus. Idem, je ne suis pas sûr que les motivations soient exactement les même...

Descartes 25/07/2012 14:38



Il semble bien apprécier Montebourg, tiens. Peut-être qu'avec un petit effort ce dernier pourrait incarner une vraie alternative à l'intérieur du PS. En attendant...


Je crains qu'il faille attendre longtemps. Ce qui est en question pour moi, ce n'est pas tant les idées de Montebourg que le fait qu'il en change souvent. Pourquoi n'a-t-il pas tenu le discours
qu'il tient aujourd'hui quand il était porte-parole de Ségolène Royal ?


Je pense que "la France de Hollande" n'était nulle part car il n'en a pas vraiment défini une. En fait il s'en moque bien. Pour lui un tel discours c'est juste un moyen de conserver un
capital sympathie, c'est tout. Je doute qu'il ait vraiment réfléchi à la question.


Je suis d'accord. Hollande n'est peut-être pas pétainiste - au sens large du terme - mais se laisse porter par le discours ambiant. Le malheur, c'est que ce discours est, lui, pétainiste. Et que
cette conjonction entre un politique sans idées personnelles qui se laisse porter et une impulsion sociale pétainiste est très dangereuse: c'est un peu l'histoire de Pierre Laval qui, il ne faut
pas l'oublier, a commencé sa carrière à gauche avant que les ambitions personnelles le conduisent à accrocher son wagon a des locomotives de plus en plus droitières, pour finir avec Pétain.


Car en fait cette volonté d’apaisement se retrouve finalement chez tout le monde. N'a-t-on chacun pas envie de notre petit bonheur simple ?


Tout à fait. La tentation pétainiste - encore une fois, au sens large du terme - est en chacun d'entre nous. Pourquoi crois-tu qu'il y avait "40 millions de pétainistes" en 1940 ? Mais
ce n'est pas parce que dans notre inconscient nous avons tous une pulsion de tuer notre père et coucher avec notre mère que nous le faisons effectivement. La France est grande parce que de temps
en temps - ce serait trop demander qu'il le fasse tous les jours - son peuple est capable de passer par dessus cette envie de bonheur simple pour aller à Londres, bâtir un canal de Suez ou un
programme nucléaire.


Enfin, je trouve le débat sur le rôle de "la France" pendant la collaboration assez étrange. Au moment où le Parlement vote les pleins pouvoir à Pétain en y intégrant les pouvoirs
constitutionnels, la France "légitime" disparaît ou alors se déplace à Londres...


La question est très complexe. Si l'on se tient à la lettre des actes constitutionnels de 1871, Pétain était le gouvernement légal de la France. Après, on peut gloser interminablement sur
l'esprit des textes et la manière dont ils ont été appliqués. Ma position est que la question est politique, et non juridique. Et en politique, tout est question de fictions. La "fiction
nécessaire", celle qui permettait le mieux reconstruire le pays en 1945, était celle de la légitimité politique de la France Libre. Et je ne vois pas quel intérêt on sert aujourd'hui en mettant
en cause cette fiction pour lui substituer la fiction opposée. Point à la ligne.


Au fait, comment fais-tu de l'ami de Bousquet, l'homme à la francisque, un représentant de la "Grande France" ? Alors que celui là même était justement "connu pour ses sympathies
pétainistes", n'y a-t-il pas contradiction ?


J'avoue que j'ai hésité. Mais en fin de compte, je ne pense pas que Mitterrand ait jamais été un pétainiste sincère, pas plus qu'il ne fut un socialiste sincère. Dans un cas comme dans l'autre,
il a suivi ce qu'il pensait être meilleur pour sa carrière. Lorsqu'il a fleuri la tombe de Jaurès, lorsqu'il a fleuri la tombe de Pétain, il n'a pas accompli un acte de dévotion personnelle, mais
un acte politique.


Si leurs intérêts convergent, ceux-là sont beaucoup plus "Petite France" que les premiers qui ne sont en fait que des homo economicus sans grande conscience politique.


Tu as en partie raison. Mais si la distinction est sociologiquement pertinente, elle est inutile en politique. Que ce soit par pur intérêt économique ou par conviction idéologique, les votes de
ces catégories vont vers le "girondinisme". Les uns, parce qu'ils sont convaincus idéologiquement, les autres parce que les politiques "jacobines" sont coûteuses et nécessitent un transfert de
l'argent privé vers le public.


A noter aussi qu'il existe des localistes pour une raison complètement différente: l'écologie. En général ce sont des malthusiens purs qui voient dans la société de consommation le fossoyeur
de la société. Peut-on les assimiler à la "Petite France" pour autant ?


Je pense qu'ils le sont.


 


 


 


 



Baruch 24/07/2012 17:25


Comme disait l'ami Baruch Spinoza "Celui qui se repend est deux fois, misérable ou impuissant !" A méditer.


D'accord avec vous sur cette analyse. Je rajouterai que la fiction gaulliste ET communiste a été aussi de dire que les autorités de Vichy étaient non seulement illégitimes, mais illégales étant
donné la façon dont avaient été votés les pleins pouvoir à Pétain: parlementaires absents, déchus, emprisonnés, mobilisés, isolés sur le Massilia...


Que 286 parlementaires de gauche ou de centre gauche, que 283 parlementaires de droite ou de centre droit aient voté la fin du régime républicain, ne changeait rien au côté "coup de force" de
cette liquidation à leurs yeux sur l'aspect illégal du vote. Je pense que Communistes et Gaullistes n'ont pas seulement forgé le mythe de la Résistance à l'occupant, mais ont posé,
fictionnellement, l'idée de la continuité de la France dans la République, la troisième puis la quatrième et la cinquième, faisant de Vichy  autre chose, l'anti -France.


Un livre de Nicole Loraux sur l'amnistie à Athènes et la guerre civile montre bien comment ce qui a été posé au IVème siècle avant notre ère (problèmes et solutions fictionnelles) a été réactivé
dans certaines périodes historiques.


D'autre part,la nouvelle doxa de la France veule et collaborationiste, ne tient pas dans certaines familles, qui savent bien, comment des gens "de peu" ou "de rien", sans héroïsme, ni posture de
"justes", ni de liens avec la Résistance, ont su qui, préter un chambre de fils et frère prisonnier, qui, transporter des effets et des lettres, qui, donner des adresses en zone nono avec
recommandation pour asile, pour au jour le jour ,pendant quatre ans et par réseaux multiples et simples les trois quarts des Juifs résidant en France soient sauvés.


La repentance choque fort, bien des vieilles personnes qui ont le sentiment d'avoir été toujours dignes durant cette période qu'ils ne nomment pas "la seconde guerre mondiale", mais
"l'Occupation", donnant spontanément tout son sens au mot.

Descartes 25/07/2012 14:43



Je pense que Communistes et Gaullistes n'ont pas seulement forgé le mythe de la Résistance à l'occupant, mais ont posé, fictionnellement, l'idée de la continuité de la France dans la
République, la troisième puis la quatrième et la cinquième, faisant de Vichy  autre chose, l'anti -France.


D'accord. Mais je prefère le mot "fiction" à celui de "mythe". Une fiction est une vérité conventionnelle, un mythe une vérité de croyance.


La repentance choque fort, bien des vieilles personnes qui ont le sentiment d'avoir été toujours dignes durant cette période qu'ils ne nomment pas "la seconde guerre mondiale", mais
"l'Occupation", donnant spontanément tout son sens au mot.


Tout à fait. La logique de la répentance, comme je l'ai dit, ne rétablit pas une vérité, mais remplace une fiction - la fiction d'une France résistante - par une autre - celle d'une France
collaboratrice. Une fiction dans laquelle ces gens ne se reconnaissent pas, et elles ont bien raison.