"pro rege saepe, pro patria semper"

Le blog de descartes

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Blog de débat pour ceux qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche

Un blog pour parler politique, économie, société, poésie... bref, tout ce qui doit intéresser le citoyen d'une république.

Vos commentaires sont les bienvenus! Ouvrons le débat...

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Publié le par Descartes

Après m'être infligé les trois débats du premier tour des "primaires", je me suis dit qu'il serait dommage de ne pas compléter ce trip masochiste en consacrant une soirée au débat du deuxième tour. Et je n'ai pas été déçu.

 

Je ne parlerai pas des mesures défendues par chaque candidat. Pourquoi ? Parce qu'elles étaient énoncées avec un niveau de flou tel qu'elles ne veulent rien dire. Demander "une grande réforme de l'éducation" ça mange pas de pain, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.

 

Je ne prendrai pas davantage parti pour l'un et l'autre candidat. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas convaincu que, au delà des instructions différentes qu'ils ont reçu de leurs communiquants, ils soient en fait si différents que ça. Et puis, étant donné ce qui les réunit, je ne me vois voter ni pour l'un, ni pour l'autre.

 

Ce qui les réunit, c'est d'abord une vision qui se réduit aux détails quantitatifs. Ils sont d'accord sur le fait qu'il faut "réfonder l'école", mais ne sont pas capables de dire trois mots pour expliquer quels seraient les principes fondateurs d'une telle réforme. Quels seraient les objectifs de cette "école réfondée", outre le passe par tout "faire réussir tous les enfants" (1). Faut-il renoncer au principe "l'élève au centre du système" ? Veut-on une école centrée sur les savoirs ?  Faut-il faire rentrer les activités d'animation à l'école ? Est-on pour ou contre la notation ? On n'en saura rien: la seule question, c'est de savoir combien de milliers de postes chacun est prêt à y mettre. Et tout à l'avenant. On se jette à la gueule le coût des mesures, sans jamais expliquer quelle serait leur logique

 

Ensuite, on a assisté à une surenchère dans le discours de démantèlement de l'Etat. Les deux candidats nous ont expliqué que l'Etat est là pour empêcher les entrepreneurs et les collectivités locales de s'épanouir, et donc qu'il fallait le "dégraisser" en transférant ses compétences aux acteurs locaux. Ce qui est drôle, c'est que ce démantèlement est défendu au nom de la réduction des coûts, oubliant convenablement que transférer les compétences aux collectivités ne fait que transférer les coûts (avec la circonstance aggravante d'avoir des niveaux de service différents entre collectivités riches et collectivités pauvres). Sur ce point, on peut voir à quel point la gauche est devenue "provinciale".

 

Enfin, et c'est pour moi le plus triste, on a assisté à un discours plat, formaté, simplifié à l'extrême suivant les règles de la com pour les imbéciles. Phrases courtes, sujet-verbe-prédicat, surtout pas un subjonctif, pas une métaphore, pas une référence historique (encore une fois, Mitterrand connais pas, l'histoire commence avec Jospin). Pas une image littéraire, pas une citation, pas une référence à un écrivain, à un philosophe, à un artiste. Pas un jeu de mots - et dieu sait que les occasions n'ont pas manqué d'en faire - pas une remarque ironique, pas un trait d'humour. Et pourtant, on ne peut pas imaginer que les candidats n'en aient pas les moyens. Après tout, ils sont tous deux des énarques, ils ont passé un Grand Oral, dont le nom officiel est "épreuve de culture générale"... ont -ils tout oublié depuis ? Ou sont-ils paralysés par des vendeurs de lessive qui leur racontent qu'il faut parler au minimum commun dénominateur ?

 

Sarkozy, qui n'a aucune prétention culturelle, a tout de même fait l'effort de s'attirer une "plume" de qualité (en la personne d'Henri Guaino). Il a pris la peine de mettre dans ses discours des références, de Jaures à Guy Moquet. Et cela ne l'a pas empêché d'être élu. La gauche, qui se targue d'être la gardienne de la culture, n'a rien de mieux à proposer ?

 

Oh rage, oh désespoir...

 

Descartes

 

(1) Avec le paradoxe pointé par Roger Scruton: dans une école où il n'y a pas d'échec, il ne peut y avoir de succès.

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Bannette 17/10/2011 19:30



@Descartes : je serais ravie que tu puisses terminer l'article que tu n'as pas terminé sur cette dimension tragique perçue par la rare poignée d'homme d'états dignes de ce nom. Moi non
plus je n'arrive pas vraiment à formuler l'idée, c'est juste quelquechose que je ressens.


Par exemple je suis tombée sur ce texte l'an dernier http://www.dedefensa.org/article-_vers_sa_destinee__03_11_2010.html qui à mon avis avoisinne l'idée : en fait il
parle d'Obama et son incapacité totale à faire preuve de ce que l'auteur appelle "intuition haute", ni même à percevoir la tragi-comédie qu'est la situation américaine. Non seulement c'est
joliment écrit (les derniers paragraphes sur Poor Obama/Pauvre BHO) mais on sent une forme d'empathie sous la plume qui nous épargne les raisonnements du type "Obama traitre faux cul
impérialiste" des gauchistes ou "Obama le révolutionnaire, le nouveau FDR" de ses groupies.



Descartes 17/10/2011 23:34



je serais ravie que tu puisses terminer l'article que tu n'as pas terminé sur cette dimension tragique


Rien de tel qu'un défi pour me rélancer ! ;-)


Mais j'avoue que j'ai essayé plusieurs fois, et que plus j'avance sur le sujet, plus je le trouve ardu et plus il m'échappe. Il me manque le flash de l'inspiration...


 



Marcailloux. 15/10/2011 14:07



Bonjour,


Heureusement que nous pouvons avoir le plaisir de lire des commentaires - de Bannette en l'occurence, qui est du pain béni  -accompagnées de vos réponses. Je ne résiste pas à l'envie de vous conseiller la lecture, si ce n'est déja fait, de la Poétique d'Aristote, puisqu'il est question de tragédie et de
poésie.


Extrait de « la Poétique d’Aristote » . Chapitre 6: de la tragédie


.......Car la tragédie est l'imitation non des hommes, mais de leurs actions, de leur vie, de ce qui fait leur bonheur ou leur malheur. Car le bonheur de l'homme est dans l'action. La fin
même est action et n'est pas qualité. La qualité fait que nous sommes tels ou tels ; mais ce sont les actions qui font que nous sommes heureux, ou que nous ne le sommes pas........


Qu’avons nous retenu de ces débats ? (ce mot est il celui qui convient ?, j’opterais pour ma part plutôt pour celui de casting )


L’un est normal, ouf !, je suis rassuré et en même temps un tantinet déçu car s’il avait annoncé qu’il se trouvait mou du plexus, outre que ça nous aurait fait rire un peu, ça nous aurait au
moins révélé une capacité de maitriser les paradoxes, caractère nécessaire mais non suffisant pour assumer la charge.


L’autre est solide. Ok !, sans doute, mais comme un bloc de béton, incapable d’imagination et ancrée sur des positions dogmatiques, au point d’avoir « bouzillé » une bonne idée
–celle d’une réforme du temps de travail en tant qu’élément essentiel dans la vie d’un citoyen- en la transformant en martingale arithmétique dont les effets se sont évanouis comme l’eau dans le
sable du désert.


Avec tout ça, on peut être rassurés !. Dormez braves gens, y a rien à espérer......pour vous en tout cas.



Bannette 14/10/2011 19:37



Contrairement à toi, je n'ai pas eu le courage de regarder l'ensemble des prestations des guignols du PS. Au delà de leur "propositions" euphémisantes, qui fachent personnes, et vides de contenu
programmatique, je suis sidérée du manque d'envergure de ces aspirants présidents, dans un contexte de crise si aigü. Qu'on pense aux actions de FDR, de Churchill et de Gaulle
lors de la 2nde guerre mondiale, de Gorbatchev dans un système finissant bien plus grave que la situation actuelle, et qu'on compare avec ces misérables pleutres, quelle honte ! Je pense que
ce qui les caractérise aussi, c'est qu'ils n'ont aucun sens du tragique (qualité qu'avait à mon avis les hommes d'état cités plus haut), c'est pour cela qu'ils n'arrivent pas à
élever leur discours et leur pensée au delà de leus petits calculs à la noix. Les 2 guigols du PS corsetés par leurs communicators n'auront qu'à s'en prendre à eux mêmes s'ils perdent leur 4ème
élection présidentielle d'affilée.


Je te rejoins également sur l'importance que tu donnes à la forme littéraire, l'absence de pédagogie qui s'accompagnerait de références culturelles fines, car moi aussi, j'en ai marre de ces
dirigeants qui pensent qu'être proches du peuple, c'est "parler peuple" (sous entendu le peuple est inculte et idiot). Et évoquer une référence culturelle, ce n'est pas du snobisme ou forcément
étaler de la confiture. Les grands tribuns du passé qui nous emportent savaient éveiller notre curiosité, et on sentait leur pensée nourrie. Je peux parfaitement apprécier un
discours dont je ne partage pas les idées, mais dont j'aime la façon dont elles sont exprimées.


Les esprits qui introduisent de temps en temps une forme de poésie dans leur langage sont je pense ceux qui sont sensibles à ce sens du tragique dont je parle plus haut.


D'un autre côté, il faut aussi avoir la tête sur les épaules, et non pas seulement être un beau rêveur. Si on prend le cas de Mélenchon : il a d'indéniables qualités de tribun, parfois un petit
côté théatral (très orateur de la 3ème république) mais bien maitrisé, une réelle culture. Quand il est bien luné, son humanisme et sa chaleur transparaissent (dans certaines émissions où il ne
s'est pas fixé comme objectif de faire la guerre aux journalistes, j'ai pu le trouver touchant). De ce côté là, il écrase sans peine les guigols cités plus haut. Il faudrait que ces qualités
soient mariées à un projet plus dense et mieux construit, car il se contente de principes, mais le versant politique industrielle si cher à l'austère JPC, s'il le travaillait mieux, rendrait son
projet plus palpable.



Descartes 15/10/2011 00:32



Je pense que ce qui les caractérise aussi, c'est qu'ils n'ont aucun sens du tragique


Sur ce point, je suis 100% d'accord avec toi. J'en avais dit deux mots dans un papier sur ce blog il y a plus d'un an (voir ici) et j'ai commencé un papier sur la question que je n'ai jamais réussi à finir, parce que
c'est une question rééllement difficile. Il y a effectivement dans l'exercice du pouvoir une dimension tragique, qui tient au fait qu'on joue avec le destin des hommes. La capacité de s'impregner
de ce tragique est pour moi ce qui sépare les politicards des hommes d'Etat. Et il est clair que ni Hollande, ni Aubry, ni personne à gauche n'a aujourd'hui ce sens du tragique.


car moi aussi, j'en ai marre de ces dirigeants qui pensent qu'être proches du peuple, c'est "parler peuple"


100% d'accord. Il n'y a pas de honte à avoir fait l'ENA, et il n'y a pas de pire snobisme que celui des énarques qui se croyent obligés de parler comme dans une pub de savon comme si le peuple
était composé d'imbéciles. Ce genre de populisme sous-estime gravement notre peuple. Les français, même ceux qui ont le moins d'accès à la culture, apprécient d'avoir des dirigeants cultivés.
Pompidou était capable en réponse à un journaliste de citer de l'Eluard, et ça ne l'a pas empêché d'être élu.


Si on prend le cas de Mélenchon : il a d'indéniables qualités de tribun, parfois un petit côté théatral (très orateur de la 3ème république) mais bien maitrisé, une réelle culture. Quand il
est bien luné, son humanisme et sa chaleur transparaissent (dans certaines émissions où il ne s'est pas fixé comme objectif de faire la guerre aux journalistes, j'ai pu le trouver touchant). De
ce côté là, il écrase sans peine les guigols cités plus haut. Il faudrait que ces qualités soient mariées à un projet plus dense et mieux construit,


Tout à fait: Mélenchon a toute la forme, mais il lui manque le fond.