"pro rege saepe, pro patria semper"

Le blog de descartes

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Blog de débat pour ceux qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche

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Publié le par Descartes

Suite à l'article "Le discours de la méthode (I)", un intervenant m'a suggéré de mettre par écrit mes réflexions sur l'organisation d'un Parti politique capable de mener un véritable projet de changement social. Bien que le sujet soit très vaste, et que je ne sois pas un véritable expert de la question, je cède donc à cette courtoise demande pour lancer la discussion.

 

Il me semble d'abord important de constituer le Parti comme une véritable institution symbolique. Le Parti n'est pas un club de bons copains qui fait de la politique à la bonne franquette. Car la politique a aussi une dimension tragique. Faire de la politique, c'est jouer avec le destin des hommes. C'est quelque chose qu'on ne peut pas banaliser. Cela implique une institutionnalisation des rapports à l'intérieur du Parti. Prenons un exemple pour clarifier ce point: les Statuts du Parti. Les statuts sont normalement la "constitution" du Parti, le texte qui prescrit les formes et les procédures pour prendre des décisions et les faire appliquer, et par conséquent, le partage du pouvoir à l'intérieur du Parti. Et comme toute constitution, les statuts ne sont pas là pour contraindre les adhérents, mais pour les protéger. Pour être précis, ils sont là pour éviter que les directions et les "notables" puissent abuser des pouvoirs qui leurs sont délégués. C'est pourquoi, lorsque les directions commencent à parler de "se libérer de la gangue statutaire" (MGB, avant le dernier congrès du PCF) ou de congrès préparé selon des "procédures allégées", cela devrait faire sonner l'alarme. C'est un peu comme si le président de la République nous exhortait à nous "libérer de la gangue constitutionnelle".

 

En dernière instance, la prise de libertés avec les statuts et les règles ne font l'affaire de personne. Pour les directions, cela peut être à court terme un surcroît de liberté, mais sur le long terme ce petit jeu les prive d'une précieuse légitimité que seule l'institutionnalisation permet de maintenir. L'autorité d'une décision tient pour beaucoup à la confiance qu'on peut avoir dans le respect d'une procédure de décision reconnue par tous. Il faut donc au Parti de véritables institutions: des statuts pragmatiques créant des organes de décision aux pouvoirs et aux compétences bien délimités, et des organes de contrôle ayant un véritable pouvoir de sanction (car sans ce pouvoir, aucune règle n'est crédible). Les règles de désignation de ces organes doivent être aussi claires et fondées sur la compétence et non pas sur l'appartenance à tel ou tel groupe ou minorité.

 

Ensuite, la condition nécessaire à toute institutionnalisation est la revalorisation de l'idée d'une discipline de parti. Un parti politique est pour moi d'abord et avant tout une organisation capable d'élaborer une vision et un projet et de les porter auprès des citoyens. Ce qui suppose que tous les membres du Parti acceptent par avance l'idée de porter la vision et le projet issu des débats internes ou bien, si la vision et le projet en question leur est insupportable, de quitter l'organisation. Je n'ai rien contre les clubs de discussion, les fondations politiques ou les think tanks. Mais il faut distinguer ces organisations, dont le but essentiel est l'organisation du débat, d'un parti politique dont le but essentiel est la conquête et l'exercice du pouvoir. On ne peut pas admettre qu'une fois le débat mené au bout et tranché démocratiquement une minorité défende devant les citoyens sous l'étiquette de ce même parti un projet dissident. Le principe de discipline de parti n'est pas là pour fermer la bouche aux dissidents ou pour "caporaliser" la politique. C'est au contraire un principe élémentaire d'honnêteté envers le citoyen, qui en dernière instance est l'arbitre entre les partis. Le citoyen qui vote pour le parti X doit pouvoir compter sur le fait que tous les élus de ce parti, que tous ses militants, que tous ses permanents feront en sorte de faire appliquer le programme que le parti X a présenté aux français(1).

 

Enfin, il me semble que le Parti doit valoriser la connaissance, à la fois comme moyen de comprendre le monde et comme condition nécessaire à l'invention d'une alternative. Cela a deux conséquences importantes. La première, c'est que le Parti doit attirer et savoir mettre à contribution "ceux qui savent", et cela implique, à minima, les respecter. La méfiance systématique envers les experts et "ceux qui savent", la déformation ouvriériste qui suppose que la classe ouvrière possède une "science infuse" lui permettant de se passer du savoir formel et scientifique doivent être combattues.

 

La deuxième conséquence, non moins importante, est que le Parti doit prêter une attention particulière à la question de la formation des militants. Or, un système de formation n'a de sens que si l'on admet qu'il existe des choses qui méritent d'être connues, que l'instructeur les connaît et que l'étudiant ne les connaît pas. Il faut arrêter de céder à la démagogie qui consiste à faire croire aux militants que l'opinion ignorante a la même valeur que l'opinion savante. On ne peut former les militants que si l'on accepte au départ que le manque de formation est un handicap politique.

 

Voilà quelques éléments qui me paraissent essentiels dans la conception du Parti. Je serais comme toujours intéressé de connaître les remarques des lecteurs...

 

Descartes

 

 

(1) Cette orientation est à l'opposé de la vision "mouvementiste", aujourd'hui dominante dans la gauche, qui tend à préférer aux partis idéologiquement homogènes de vastes rassemblements idéologiquement hétérogènes, constitués sur la base d'un attachement commun à un certain nombre de "valeurs", forcément vagues et générales pour permettre de ratisser large. A mon sens, l'expérience montre que ce genre de "mouvements" sont efficaces en termes politiques sauf lorsqu'il s'agit de s'opposer à quelque chose (ex. le rassemblement contre le TCE), mais sont incapables de proposer un projet crédible de gouvernement.

 

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