"pro rege saepe, pro patria semper"

Le blog de descartes

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Blog de débat pour ceux qui sont fatigués du discours politiquement correct et de la bienpensance à gauche

Un blog pour parler politique, économie, société, poésie... bref, tout ce qui doit intéresser le citoyen d'une république.

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Publié le par Descartes

Le feuilleton Orelsan/"Sale pute" continue. Rappel des épisodes précédents (1): le rapeur Orelsan écrit une chanson - intitulée "Sale Pute" - mettant en scène un homme que sa femme a quitté. Dans un langage particulièrement violent, il décrit ce qu'il voudrait faire pour se venger. A première vue, rien d'extraordinaire là -dedans. L'histoire de l'humanité est pleine d'oeuvres de l'esprit décrivant des situations violentes dans le couple: les personnages qui zigouillent leur compagnon/compagne, leur rival (et leur famille) et même leurs enfants pour se venger d'un dépit amoureux sont légion. Et, n'en déplaise aux féministes, les femmes sont fort bien représentées du côté des zigouilleurs. Relisez "Médée", mesdames...

Mais si Orelsan comptait pouvoir bénéficier de la même bienveillance que Médée ou Othello, il se trompe. Dans notre XXIème siècle politiquement correct, les dragons de vertu sont en embuscade pour exercer, au nom du Bien, la police de la pensée. Ainsi, on vit le secteur "droit des femmes/féminisme" (2) du PCF se mobiliser en mars dernier pour faire exclure Orelsan du Festival de Bourges, et le président de la région Centre menacer le festival en question de couper les subventions si l'artiste n'était pas déprogrammé. Le directeur du Festival, Daniel Bolling, refusa, estimant que ""En déprogrammant Orelsan, notre festival ferait un acte de censure et de sanction vis-à-vis d'un artiste. (...) Aussi scandaleux et odieux que soit le texte de cette chanson, le Printemps de Bourges estime qu'il n'a pas à être complice d'un véritable tribunal populaire qui tente de se substituer à la justice dans un Etat de droit". Ce faisant, il a non seulement montré un courage remarquable (3), mais surtout il a posé le problème au bon niveau: soit la chanson incriminée viole la loi, et dans ce cas c'est une question qui doit être tranché par le juge, soit elle ne viole pas la loi, et dans ce cas l'artiste doit pouvoir s'exprimer librement, sans crainte des "tribunaux populaires".

On aurait pu en rester là... mais la bienpensance veille et ne dort jamais. Aujourd'hui, c'est sur un autre festival qu'elle exerce des pressions, celui des Francofolies de La Rochelle. Et là, la bienpensance a un allié de poids dans la personne de Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou Charentes, dont le féminisme sourcilleux l'avait poussée à proposer le recrutement de fonctionnaires de police supplémentaires pour raccompagner les policiers de sexe féminin jusqu'à leur domicile, de peur qu'elles ne se fassent attaquer dans les ruelles sombres. Madame la Présidente fronça les sourcils, demanda des "éclaircissements"... et le chanteur fut miraculeusement déprogrammé. Une coïncidence, certainement. Qui s'ajoute à une autre: le site officiel des Francofolies est totalement muet sur cette affaire. La direction du festival semble préférer censurer dans la discrétion. Ce qui en dit long sur son manque de courage et sur le niveau des pressions qui ont du s'exercer sur elle. Tout le monde n'a pas le courage de Daniel Bolling, mais on pourrait a moins s'attendre à ce qu'on nous explique les raisons de cette déprogrammation. La peur de perdre la subvention ferait-elle perdre l'usage de la parole ?

L'affaire est très grave. On voit comment certains groupes de pression s'organisent pour museler les expressions qui leur déplaisent. Et du coup, si nous acceptons cela, ces expressions auront du mal à trouver un producteur pour les produire, un festival pour les programmer. Leurs productions seront enlevées des bacs des bibliothèques publiques et des magasins. Parce que, voyez vous, personne ne veut avoir des ennuis. Personne n'a envie de se retrouver avec une manifestation devant sa porte, voir ses spectacles perturbés ou son matériel endommagé. Alors les producteurs, les directeurs des festivals, les commerçants et les bibliothécaires choisiront naturellement la pente du moindre risque, celle de programmer, produire et vendre des artistes qui ne font de la peine a personne. Et nous aurons une production culturelle consensuelle, prévisible, aseptisée... une sorte de McDonalds de la pensée.

Comme disait Rosa Luxembourg, la liberté c'est toujours et partout la liberté de celui qui pense différement. La pire menace pour nos libertés vient aujourd'hui des groupes qui prétendent nous imposer leur manière de voir le monde, au nom du "plus grand bien" dont ils sont, bien entendu, les gardiens. Bientot nous n'aurons plus le droit de représenter Médée ou Othello, au nom de la lutte contre la violence conjugale. Il faudra bannir de nos bibliothèques Shakespeare l'antisémite, et ces racistes nommes Voltaire et Sophocles. Quant à Mozart, puisqu'il se moque (dans une mise en scène devenue celèbre) de Mahomet, il faut l'interdire pour "islamophobie". Est-ce cela que nous voulons ?

"Une société libre est une société où il n'est pas dangereux d'être impopulaire".  La liberté la plus précieuse que peut avoir un créateur est la liberté d'interpeller la société, et donc la liberté d'offenser. C'est cette liberté que la gauche, si elle veut être fidèle à son héritage, doit aujourd'hui défendre.


Descartes

(1) Voir sur ce blog "Interdire Othello ?"

(2) Sous la plume de Marie-George Buffet, rien que ça...

(3) Et fort rare dans les milieux "cultureux", ou l'on a une certaine tendance à courber la tête devant le politiquement correct, surtout lorsqu'une subvention est en jeu.

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