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Le blog de descartes

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Publié le par Descartes

 

A la fin des années 1980, c’était présenté comme le modèle à suivre, l’exemple à imiter. C’était chez nous l’époque de la décentralisation triomphante et les nouveaux féodaux n’avaient d’yeux que pour elle. Je parle bien entendu des « Autonomias » espagnoles, ce modèle de décentralisation qui – nous disait-on – permettait la coexistence de la solidarité nationale avec une large liberté laissée aux régions en matière culturelle, politique et économique. Des penseurs profonds étalaient leur science à Sciences Po et à l’ENA pour expliquer aux étudiants ébahis ce modèle si « moderne » comparé à ces jacobins ringards…

 

Curieux, comment l’histoire nous joue des tours : aujourd’hui, plus personne ne chante les louanges de ce modèle, tout comme personne ne parle de fêter comme il se doit les 25 ans du traité de Maastricht. « L’Europe des régions » qui abolirait les états pour ne laisser subsister que des grandes régions a du plomb dans l’aile, et on imagine mal Mélenchon chanter aujourd’hui ses louanges comme il le fit hier dans un discours prononcé au Sénat et malheureusement aujourd’hui bien oublié… surtout par ses partisans. Ce qui était à l’époque motif de fierté est devenu depuis une maladie honteuse.

 

Pourtant, les partisans ce cette « Europe des régions » devraient pavoiser, puisqu’elle paraît se construire sous nos yeux. Ces dernières années, on a vu monter les revendications indépendantistes dans plusieurs pays européens : en Grande Bretagne avec l’Ecosse, en Belgique avec la Flandre, en Italie avec la Padanie, en Catalogne et au Pays Basque en Espagne. Pourtant, tous ces gens qui il y a quelques années prêtaient leur voix aux revendications régionalistes maintiennent aujourd’hui un silence plus que prudent. Pourquoi ce changement ?

 

La réponse est simple, et l’affaire catalane l’illustre parfaitement. Le point commun entre tous ces indépendantismes est leur égoïsme sacré. Car qu’est ce qu’il y a de commun entre les Ecossais, les Flamands, les Padaniens (ou Padanois, dieu sait comment il faut le dire), les Catalans ou les Basques ? A chaque fois, il s’agit de régions riches, contributrices nettes au budget de leurs pays respectifs. Des régions qui ont au cours des années eu tout ce qu’elles demandaient : une large autonomie qui couvre la culture, l’éducation, la santé, l’aménagement et quelquefois même les domaines régaliens comme la sécurité ou le droit civil. Il ne leur manque qu’une chose : l’autonomie fiscale qui leur permettrait de ne plus avoir à contribuer au pot commun, à financer le niveau de vie des régions plus pauvres qu’elles.

 

La question de l’indépendance de ces régions n’est donc pas une question d’identité ou de culture, mais une simple question de gros sous. Et d’ailleurs les indépendantistes de ces régions se cachent de moins en moins. Lisez leurs textes, et vous trouverez en permanence des références à l’obligation scandaleuse imposée aux Flamands ou aux Catalans de financer ces fainéants va-nu-pieds pouilleux et alcooliques que sont les Wallons ou les Andalous, alors « qu’il y a tant à faire » en Catalogne ou en Flandres. N’en déplaise aux bisounours européistes, les régions – hier parées de toutes les vertus – ne sont pas moins égoïstes que les nations. Elles le sont au contraire bien plus, puisqu’à l’avarice elles ajoutent la petitesse.

 

C’est pour cette raison d’ailleurs que ceux qui comparent la situation de la Catalogne ou de la Flandre avec celle de la Corse ou de la Bretagne se fourrent le doigt dans l’œil. Ni les Bretons ni les Corses veulent l’indépendance. Un tel mouvement les appauvrirait, puisque ces deux régions reçoivent de l’Etat central plus qu’elles ne contribuent au pot commun. Les systèmes de péréquation (de l’électricité, du timbre, du transport, de l’éducation, des dotations aux collectivités locales…) ont plus fait pour l’unité de la France que n’importe quelle « colonne infernale ». C’est pourquoi nos « indépendantistes » sont en fait des autonomistes : leur but est de soutirer autant d’argent que possible à l’Etat central, tout en ayant une complète liberté pour le dépenser. Si la Corse devenait demain indépendante, le prix des billets d’avion ou de ferry serait multipliés par deux, celui de l’électricité par quatre. Pensez-vous dans ces conditions que les Corses soient très pressés d’accéder à l’indépendance ?

 

Il y a deux régions qui en France auraient vraiment intérêt à déclarer l’indépendance : l’Ile de France et la région Rhône-Alpes. Mais ces deux régions sont des régions centrales, sans véritable identité linguistique et culturelle qui leur permettrait d’envisager un projet national indépendant. Les autres, même les plus riches comme l’Alsace, bénéficient trop des mécanismes de péréquation et des programmes nationaux d’infrastructures pour que l’indépendance soit vraiment intéressante. Et même les élites « régionalistes » l’ont compris : les basques français revendiquent… d’avoir un département.

 

Le modèle des « autonomias » et ses crises illustrent à la perfection l’intelligence du modèle français théorisé par les jacobins mais qui en fait vient de bien plus loin. Pour construire une nation, c'est-à-dire, une solidarité inconditionnelle entre des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se connaîtront jamais, il faut faire tomber toutes les barrières qui empêchent le contact entre les citoyens et qui les confinent dans une « communauté ». De François Ier à Richelieu,  de Luis XIV à Robespierre, de Henri IV à Napoléon, les régimes qui se sont succédés ont eu toujours ce souci : uniformiser le droit et la langue, brasser les populations, constituer des élites en faisant venir à Paris la crème de chaque région pour en faire une élite nationale, faire tomber les barrières culturelles et religieuses à travers d’une école unique. Et malgré les résistances, ce mouvement a réussi : aujourd’hui, difficile de trouver des français qui n’aient pas des ancêtres venus d’autres régions, des parents qui habitent loin de chez eux.

 

L’Espagne s’est construite de la façon inverse. L’agrégation des régions espagnoles s’est faite en respectant à chaque fois les « fueros » - c'est-à-dire, le droit et les institutions politiques – locaux. Le pouvoir central a toujours été faible devant les pouvoirs locaux. C’était le cas sous la monarchie – qui pendant longtemps fut une monarchie étrangère – et ce fut le cas aussi sous la République, même si certains préfèrent l’oublier aujourd’hui. Les langues régionales – dont la connaissance est obligatoire du moins dans les régions riches – sont restées une barrière efficace à la mobilité des populations. Le système scolaire – comme l’Etat, d’ailleurs – reste lié à l’Eglise catholique et n’a jamais été totalement unifié, pas plus que la fonction publique. C’est dans ce terreau de spécificités jalousement conservées et cultivées que peut se développer un « indépendantisme des riches », bâti sur le mépris du concitoyen plus pauvre.

 

Les états-nations se sont construits sur une communauté d’intérêts entre riches et pauvres. En constituant un ensemble le plus grand possible uni par des liens de solidarité inconditionnelle, tout le monde y gagnait. Les socialistes du début du XXème siècle ont été balayés parce qu’ils ne l’ont pas compris, croyant naïvement que « les prolétaires n’ont pas de patrie ». Dans l’affaire, les riches gagnaient la protection du nombre – car il fallait des soldats pour aller mourir dans les tranchées et défendre leurs usines – et les pauvres un partage relatif mais néanmoins réel de la prospérité du pays. Mais avec le développement du capitalisme, ce besoin réciproque, nous dit-on, n’existe pas. Dans notre Europe qui se croit pacifique et « post-historique » aux frontières ouvertes, les « bloc dominant » n’a plus besoin de partager la citoyenneté avec les pauvres. Et c’est pourquoi partout en Europe on voit « l’indépendantisme des riches » lever la tête et les « classes moyennes » rêver d’une Europe constituée de « métropoles » ou les riches pourraient vivre, laissant les pauvres croupir dans le reste du territoire. Plus que jamais, se vérifie cette formule qui veut que « pour celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien ».

 

Cela étant dit, je pense que le « bloc dominant » constitué par la bourgeoisie et les classes moyennes fait fausse route. Le monde n’est pas devenu moins dangereux qu’il ne l’était hier, et si les guerres ouvertes sont devenues impossibles en Europe, les conflits économiques et politiques ne sont pas moins violents pour être conduits en gants blancs. La Grèce n’a pas été envahie par les troupes allemandes, mais l’Allemagne a imposé à la Grèce ses conditions quand même. Les Etats-Unis n’ont pas bombardé Paris, mais quelques milliards d’amendes infligés à nos banques et nos entreprises ont eu un effet tout aussi persuasif. « Il faut prier dieu et garder la poudre sèche », disait ce grand pragmatique qui était Oliver Cromwell, qui ajoutait « Dieu est toujours du côté de celui qui a les plus gros bataillons ». Devant ce monde dangereux, le contrat de solidarité qui fonde la Nation est toujours aussi nécessaire.

 

Descartes

 

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andres bryant 18/10/2017 09:36

Excellent. On peut ajouter dans le groupe des riches égoïstes méprisant les autres, les Croates qui ont été le moteur de la désintégration de la Yougoslavie. Catholuqjes et financés par l'Allemagne.

Descartes 19/10/2017 18:29

@ andres bryant

[Excellent. On peut ajouter dans le groupe des riches égoïstes méprisant les autres, les Croates qui ont été le moteur de la désintégration de la Yougoslavie.]

Plus riches encore et plus égoïstes que les Croates, il y a les Slovènes, qui furent les premiers à quitter la Yougoslavie avec, comme vous le soulignez, le soutien et la bénédiction de l’Allemagne.

Floréal 17/10/2017 18:52

Il y avait déjà eu Louis XVI, trahissant son pays en guerre pour tenter de rejoindre les armées autrichiennes.
Il y avait eu Adolphe Thiers, le bien prénommé, implorant Bismarck, en pleine occupation prussienne, de libérer l’armée de Bazaine encerclée à Sedan, et promettant au chancelier allemand que les soldats libérés « ne seraient utilisés que contre Paris » (c’est-à-dire contre la Commune).Il y a eu la grande bourgeoisie française des années 30 déclarant préférer « Hitler au Front populaire », puis pratiquant une collaboration éhontée avec le Reich pendant que « dans sa masse, la classe ouvrière restait fidèle à la France profanée » (dixit François Mauriac).Comment ne pas faire le rapprochement avec les propos, répugnants de servilité, par lesquels Herr Macron vomit une fois de plus sur son pays à partir de l’étranger (il y stigmatise « la jalousie française »), et où il annonce carrément qu’il soumet ses discours à un chef d’Etat étranger avant de les prononcer en France.Les travailleurs français étaient déjà traités par Macron de « fainéants », de « cyniques », d’« extrêmes », de gens « irréformables », de personnes « de rien », d’« analphabètes » (cela visait les habitants du bassin minier du Pas-de-Calais), de « fouteurs de bordel », etc. Les voilà maintenant traités de « jaloux », car bien entendu, la lutte pour l’égalité sociale est affaire de ressentiment à l’égard de brillants sujets qui réussissent, puisqu’ils ont de l’argent (la plupart du temps, hérité de papa et de grand-papa !).
Lamentable comportement indigne du chef d’un Etat indépendant.
Et dire que (presque) toute la bourgeoisie « française », la même qui, comme Macron, ne sait plus dire trois phrases sans les pourrir d’anglicismes, soutient ces propos humiliants et avilissants…
Les faux révolutionnaires qui abondent dans ce pays vont-ils encore mégoter sur l’expression « Europe allemande », qu’employait déjà Georges Marchais dans les années 70, et qui ne fait que DECRIRE SOBREMENT une réalité ?Oui, il revient à la classe ouvrière de France, y compris aux travailleurs immigrés qui CONSTRUISENT notre pays alors que sa bourgeoisie capitaliste le DETRUIT, de rendre à notre pays sa dignité en sortant, par la voie progressiste et révolutionnaire, de cette dictatoriale Europe allemande. Et par la même occasion, de sortir du capitalisme qui humilie et détruit notre pays.Dans l’unité de combat, faut-il le dire, avec les travailleurs allemands. L’inimaginable interview d’un président de la République française à un magazine allemand ,Incroyable ! Cette dernière interview accordée par le président français Macron au magazine allemand Der Spiegel vous laisse sur le cul.Extraits :
« Je me suis étroitement coordonné avec la chancelière et je lui ai parlé à la fin de la campagne et même le soir des élections législatives allemandes du 24 septembre. Elle a même reçu une copie de mon discours avant que je le prononce. »
Puis, au journaliste allemand qui lui demande s’il a tenu compte des remarques de la chancelière allemande :
« J’ai pris en compte certaines choses […] Mais nous sommes d’accord sur l’essentiel : la chancelière partage les objectifs et les orientations que j’ai énoncés dans mon discours, et c’est important pour moi. […] Il était important pour moi d’éviter de déclencher des discussions en Allemagne qui auraient forcé la chancelière à se dédire",révèlateur,non?

Descartes 18/10/2017 10:36

@ Floréal

[Comment ne pas faire le rapprochement avec les propos, répugnants de servilité, par lesquels Herr Macron vomit une fois de plus sur son pays à partir de l’étranger (il y stigmatise « la jalousie française »), et où il annonce carrément qu’il soumet ses discours à un chef d’Etat étranger avant de les prononcer en France.]

Je trouve la comparaison avec Louis XVI ou Thiers outrancière, mais sur le fond je suis d’accord avec vous. Le discours de Macron illustre au-delà du raisonnable cette « haine de soi » si caractéristique de nos élites d’aujourd’hui. Ces élites issues des « classes moyennes », qui se sentent « tirées vers le bas » par leurs concitoyens des couches populaires et qui du coup fantasment sur le mode « c’est tellement mieux ailleurs… ». Le plus amusant, c’est que si vous allez écouter les élites britanniques ou américaines, vous retrouvez le même discours en négatif. Allez à Londres, et vous verrez fustiger « l’égoïsme » des ouvriers et petits retraités qui ont voté pour le Brexit…

[Les travailleurs français étaient déjà traités par Macron de « fainéants », de « cyniques », d’« extrêmes », de gens « irréformables », de personnes « de rien », d’« analphabètes » (cela visait les habitants du bassin minier du Pas-de-Calais), de « fouteurs de bordel », etc. Les voilà maintenant traités de « jaloux », car bien entendu, la lutte pour l’égalité sociale est affaire de ressentiment à l’égard de brillants sujets qui réussissent, puisqu’ils ont de l’argent (la plupart du temps, hérité de papa et de grand-papa !).]

Le discours de Macron est celui des rejetons des « classes moyennes » modestes qui ont réussi. Thatcher – fille d’épicier – avait exactement le même : « si j’ai pu réussir, les autres peuvent le faire aussi ». Ergo, s’ils n’ont pas réussi, c’est qu’ils ne l’ont pas voulu. Ou qu’ils n’ont pas fait l’effort. Ce n’est pas le discours des héritiers – qui ont souvent conscience d’être nés avec une cuiller d’or dans la bouche et sont relativement persuadés que noblesse oblige. Ce n’est pas non plus celui des prolétaires qui ont monté de classe, et qui sont conscients que cela n’a été possible que grâce aux efforts de leurs parents, de leurs professeurs, et au soutien des institutions. C’est le discours d’une « classe moyenne » qui vit dans le culte de la réussite individuelle et du mythe qu’on peut « se faire tout seul ».

Ce qui est le plus fascinant, c’est le caractère binaire de la vision macroniste. D’un côté, ceux qui ont « réussi » - c'est-à-dire, gagné beaucoup d’argent, parce qu’on ne trouve pas dans son discours aucune autre forme de « réussite » - et de l’autre les ratés, ceux qui ne peuvent pas se payer un costume parce qu’ils ne « bossent » pas, ceux qui n’ont pas d’emploi parce qu’ils préfèrent « foutre le bordel » plutôt que d’en rechercher. D’un côté ceux qui ont réussi, de l’autre « ceux qui ne sont rien ». De Gaulle, c’était le volontarisme collectif – mais aussi le volontarisme individuel au service du collectif. Macron, c’est le volontarisme individuel au service de soi-même.

[Les faux révolutionnaires qui abondent dans ce pays vont-ils encore mégoter sur l’expression « Europe allemande », qu’employait déjà Georges Marchais dans les années 70,]

Eh oui… tiens, Mélenchon a oublié de citer cette paternité dans son « Hareng de Bismarck ». Il est vrai que pendant que Marchais se battait contre « l’Europe allemande », Mélenchon appelait à ratifier le traité de Maastricht et distribuait des « pins » représentant ce « symbole religieux » qu’est le drapeau européen selon lui…
[« Je me suis étroitement coordonné avec la chancelière et je lui ai parlé à la fin de la campagne et même le soir des élections législatives allemandes du 24 septembre. Elle a même reçu une copie de mon discours avant que je le prononce. »
Puis, au journaliste allemand qui lui demande s’il a tenu compte des remarques de la chancelière allemande :
« J’ai pris en compte certaines choses […] Mais nous sommes d’accord sur l’essentiel : la chancelière partage les objectifs et les orientations que j’ai énoncés dans mon discours, et c’est important pour moi. […] Il était important pour moi d’éviter de déclencher des discussions en Allemagne qui auraient forcé la chancelière à se dédire",révèlateur,non?]

Tout à fait, tout à fait. Quel dommage que le journaliste ne lui ait pas demandé si Merkel lui a communiqué au préalable le discours prononcé après les élections allemandes...

Dürer 17/10/2017 10:42

Mais dans ce cas, étant donné la situation objectivement inférieure - en tous cas économiquement - des régions autonomistes en France, comment expliquez-vous qu'elles aient un si grand pouvoir de nuisance et que l'État choisisse quasi-systématiquement de plier devant elles ? On l'a bien vu avec l'affaire de l'écotaxe et des bonnets rouges il y a quelques années : il n'existe absolument aucune volonté du Gouvernement de résister au chantage des autonomistes. Est-ce simplement une question de volonté politique, ou bien l'État a-t-il de moins en moins les moyens de s'imposer ?

À titre d'information, je viens aussi de trouver un article qui rejoint assez largement les conclusions du vôtre : https://cerclepatriotesdisparus.wordpress.com/2017/10/13/outrage-a-la-catalogne/

Descartes 18/10/2017 10:08

@ Dürer

[Mais dans ce cas, étant donné la situation objectivement inférieure - en tous cas économiquement - des régions autonomistes en France, comment expliquez-vous qu'elles aient un si grand pouvoir de nuisance et que l'État choisisse quasi-systématiquement de plier devant elles ?]

La question est très intéressante. Mon explication tourne autour de la tension dialectique permanente entre la « grande France » et la « petite France ». La « grande France » est celle de la grande ville, des grands projets, de l’universalisme, de la France parlant fort au monde. La « petite France » est celle du village, du « ça me suffit », des spécificités folkloriques, de la haine de soi et de la croyance que les autres vont résoudre nos problèmes. Et cette tension n’est pas nouvelle : elle traverse notre histoire.

Les « moments » révolutionnaire, napoléonien ou gaullien sont ceux où la « grande France » s’impose. Les « moments » louis-philippard, celui de l’entre-deux guerres ou celui ouvert par mitterrand – dans lequel nous vivons encore – est au contraire celui du retour de la « petite France », avec la décentralisation, le pouvoir aux barons locaux, le culte de ce qui est petit, local, personnel. Je crois que c’est Crémieux-Brilhac qui dans un article note que de nombreux journaux de l’entre-deux guerres portaient dans leur nom « le petit » quelque chose (« le petit parisien », « le petit provençal », « le petit journal »…). Après 1945, aucun journal n’a conservé cette particularité.

On retrouve ici une dialectique de l’histoire. On ne peut résister aux intérêts catégoriels que si l’on a un projet cohérent, que si l’on peut monter un récit ou tous ces intérêts ont leur place assignée. Si l’Etat central « plie quasi-systématiquement », c’est surtout parce qu’il n’a pas une vision globale qui pourrait fonder une position dure. Le système politique est aujourd’hui construit de telle manière que les gouvernements cherchent d’abord à plaire, et seulement secondairement à mettre en œuvre un projet.

[À titre d'information, je viens aussi de trouver un article qui rejoint assez largement les conclusions du vôtre : https://cerclepatriotesdisparus.wordpress.com/2017/10/13/outrage-a-la-catalogne/]

Excellent article en effet, qui réjoint le mien. J’y retrouve même certaines de mes expressions (« indépendantisme des riches », « fiction nécessaire », « solidarité inconditionnelle »…). L’auteur me lit-il ? Ou puisons nous tout simplement aux mêmes sources ?

luc 14/10/2017 21:59

ce n'est pas' Indépentatisme 'que vous auriez du écrire,mais indépendatisme des pauvres.
Pourriez vous,SVP,évoquez vos ressentis au vu,du revirement brusque de Lepen Marine ,devenue européiste,depuis que Philippot est exclu ?

Descartes 17/10/2017 09:51

@ François

[Je suis partagé sur ce renoncement du FN. Toute la question est de savoir s'il s'agit d'un renoncement tactique ou d'un renoncement stratégique.]

Il y a une dialectique entre les deux. On l’a bien vu lors de la crise grecque : lors de la campagne électorale, Tsipras a défendu une ligne clairement anti-austérité mais a choisi de rassurer son électorat en jurant de ne jamais sortir de l’Euro. Lorsqu’il a du affronter les institutions européennes, il a du adapter sa stratégie au fait qu’il n’avait pas le mandat pour utiliser cette arme ultime dans les négociations européennes. Ce qui n’était peut être au départ qu’un choix tactique a fini par conditionner sa stratégie.

Je ne doute pas que l’immense majorité des cadres et des dirigeants du FN ne portent pas l’Euro dans leur cœur, et seraient parfaitement prêts à s’en passer. Mais en même temps, une majorité d’entre eux semble-t-il ne considèrent pas que la sortie de l’Euro ait une telle priorité qu’il faille prendre le risque de devoir livrer une dure bataille pour conquérir un électorat que cette question effraye. Ceux-là sont prêts à laisser la question de l’Euro pour plus tard… et ce faisant, sans nécessairement en être conscients, ils perdent la bataille de peur de l’engager.

[Il est indéniable que la question de l'euro est anxiogène pour une majorité des Français, que la majorité des «experts» réussissent à maintenir les Français dans cette anxiété et que cela coûte cher électoralement. Faire changer d'opinion sur l'euro est un travail de longue haleine et je crains que le temps nous soit compté.]

Justement, je ne crois pas que le temps soit compté. J’irai plus loin : « le temps se venge de ce qu’on fait sans lui ». Changer l’opinion des gens sur l’Euro – ce qui implique changer aussi leur opinion sur des institutions comme la nation ou des principes comme la souveraineté – est LA seule bataille qui compte. Ou bien on la perd, et alors gagner l’Elysée ne servira à rien, comme l’exemple de Tsipras l’a bien montré, ou bien on la gagne et alors tout est permis. Ce qui met Philippot a part dans son parti – et d’une manière plus générale, dans le système politique français – est qu’il n’est pas un homme pressé d’arriver au pouvoir. Sa stratégie a toujours été celle de gains limités mais continus d’élection en élection, en refusant toutes les facilités qui lui auraient permis de gagner du temps en sacrifiant des principes.

[Même le tout social-souverainiste qu'est Nicolas Dupont-Aignan, préfère proposer la chimérique idée de «monnaie commune».]

Oui, et qu’est ce que cette concession lui rapporte ? Rien. Ce qu’il perd par l’incohérence de son discours compense amplement ce qu’il peut gagner par la concession aux peurs d’une partie de l’électorat. De Gaulle avait raison quand il disait à Churchill « je suis trop faible pour pouvoir vous faire des concessions ». Il faut savoir jouer les gains de l’intransigeance à long terme contre ceux d’une démagogie à courte vue.

[Comme dit au début, la question est de savoir si malgré son abandon tactique, Marine Le Pen reste stratégiquement convaincue de la sortie de l'euro, que cet abandon lui permet d'accéder à l'Élysée et qu'une fois là-bas, elle montre aux Français que le maintien de l'euro est intenable pour la France et qu'elle en décide la sortie.]

Encore une fois, regardez l’exemple Tsipras. Contrairement à ce qu’on croit, on ne peut pas arriver à l’Elysée sur un programme et appliquer ensuite un autre. On peut bien entendu ne pas tenir ses promesses électorales, et l’électorat ne s’attend pas à ce qu’elles soient tenues. Mais le peuple n’admettrait pas d’être trahi sur les points fondamentaux du discours du candidat.

[Un peu comme le général de Gaulle en 1958, qui ré-accède aux responsabilités en échange de la promesse de maintenir l'Algérie française et qui finit par trahir celle-ci, alors qu'il savait depuis le début qu'elle était intenable.]

Je pense que vous réécrivez l’histoire. De Gaulle n’accède pas au pouvoir avec « la promesse de maintenir l’Algérie française ». Même s’il a manipulé une partie des partisans de l’Algérie française pour obtenir leur soutien, ce n’est pas ça que l’immense majorité du peuple français lui demandait. Ce que les français demandaient à De Gaulle, c’était de sortir la France du bourbier algérien dans les meilleures conditions et d’en finir avec le désordre et l’impuissance de la IVème République. Et sur ces deux points, De Gaulle n’a jamais cédé d’un pouce.

[- D'une part l'incompatibilité idéologique entre leur programme identitaire et le maintien dans l'Union européenne.]

Pas nécessairement. On peut mettre beaucoup de choses sous le terme « identitaire » : il peut s’agir d’une identité « nationale », prétendant donc à la souveraineté, mais il peut aussi s’agir d’une identité « folklorique », fondée sur le maintien à l’identique de formes anciennes et d’une glorification d’un passé plus ou moins mythique. Cette dernière vision est parfaitement compatible avec « l’Europe des régions » qu’on cherche depuis des lustres à nous vendre comme alternative au fait national.

[- D'autre part, l'incapacité à analyser correctement la montée des «populismes» en Europe et de là à bâtir une bonne stratégie électorale. Partant du principe que dans les pays d'Europe de l'Est, c'est quasi-exclusivement l'approche identitaire des programmes «populistes» qui expliquent leur succès (ce qui en partie faux), il en tirent la conclusion que l'approche sociale-souverainiste n'est pour rien dans l'ascension du FN.]

La montée des populismes traduit le refus des partis politiques traditionnels de donner une réponse – matérielle mais aussi symbolique – aux problèmes des couches populaires. Et ce refus s’explique par l’hégémonie absolue des « classes moyennes » sur le champ politique, qui a conduit tous ces partis à défendre – avec des discours plus ou moins différents – les mêmes intérêts. Cela ne veut pas dire que les populismes soient uniformes : chaque pays a son histoire, et les couches populaires ont des traditions, des imaginaires, des références qui sont très différentes. En Pologne, les petites gens voient dans l’Eglise catholique leur protecteur contre les abus des « notables », et le populisme s’organise donc autour d’elle. Ce n’est certainement pas le cas en France, ou ce serait plutôt l’Etat laïque qui joue ce rôle, et c’est pourquoi le populisme est chez nous étatiste.

[Or en espérant s'attirer les faveurs du faible électorat bourgeois libéral-conservateur, ils s'aliènent celles du fort électorat populaire, électorat qui s'il considère la problématique identitaire comme importante, est à la grande différence des PECO également sensible à la problématique économique et de ce fait risque de se jeter dans les bras de Mélenchon.]

Je ne crois pas que les couches populaires soient très séduites par un mouvement qui concentre son action sur la problématique de la cravate à l’Assemblée, de la symbolique du drapeau européen – qu’il a soutenu en d’autres temps, mais c’est une autre histoire – ou sur les pêchés mortels et véniels de Manuel Valls. Du point de vue économique, Mélenchon n’a rien à proposer. Le risque est donc moins que les couches populaires aillent vers LFI que le fait qu’elles restent une fois de plus orphelines de toute représentation politique et se réfugient dans l’abstention, créant une situation de « vote censitaire » de facto.

[-Enfin, pour diverses raisons, je ne considère pas que la France puisse avoir le programme libéral-conservateur d'un vulgaire PECO, acceptant parfaitement d'être otanisé et fédéralisé du moment que l'identité est sauve. Je suis d'accord pour dire que la problématique identitaire est importante en France, mais construire un projet politique seulement sur celle-ci, c'est manquer cruellement d'ambition pour ce pays qu'est la France.]

Je suis d’accord sur ce point. En France, le brassage des populations et l’unification des droits voulues par les jacobins et poursuivies en fait par tous les régimes qui se sont succédés – à l’exception notable du régime de Vichy – fait que la problématique « identitaire » est chez nous essentiellement « nationale ».

François 16/10/2017 13:29

@ Descartes

[Et le diagnostic des « traditionnalistes » est que le discours sur la sortie de l’Euro fait peur à une partie de l’électorat potentiel du FN, et que plutôt que d’expliquer à cet électorat qu’il a tort – ce qui a mon sens est le devoir d’un parti qui serait politique au sens noble du terme – mieux vaut le caresser dans le sens du poil en renonçant à mettre en avant la sortie de l’Euro dans le discours public]
Je suis partagé sur ce renoncement du FN. Toute la question est de savoir s'il s'agit d'un renoncement tactique ou d'un renoncement stratégique.
Il est indéniable que la question de l'euro est anxiogène pour une majorité des Français, que la majorité des «experts» réussissent à maintenir les Français dans cette anxiété et que cela coûte cher électoralement. Faire changer d'opinion sur l'euro est un travail de longue haleine et je crains que le temps nous soit compté. Même le tout social-souverainiste qu'est Nicolas Dupont-Aignan, préfère proposer la chimérique idée de «monnaie commune».
Comme dit au début, la question est de savoir si malgré son abandon tactique, Marine Le Pen reste stratégiquement convaincue de la sortie de l'euro, que cet abandon lui permet d'accéder à l'Élysée et qu'une fois là-bas, elle montre aux Français que le maintien de l'euro est intenable pour la France et qu'elle en décide la sortie. Un peu comme le général de Gaulle en 1958, qui ré-accède aux responsabilités en échange de la promesse de maintenir l'Algérie française et qui finit par trahir celle-ci, alors qu'il savait depuis le début qu'elle était intenable.

Après, je ne peux que m’inquiéter du départ de Florian Philippot et du retour en grâce de la ligne (euro-)identitaire, pour plusieurs raisons :
- D'une part l'incompatibilité idéologique entre leur programme identitaire et le maintien dans l'Union européenne. Ces personnes regardent le programme des pays d'Europe centrales et pensent qu'il est transposable en France, ce qu'il n'est pas. Ils feraient mieux de s'interroger sur l'échec de Nicolas Sarkozy à mettre en œuvre son programme restrictif en matière d'immigration, qui sont liées à l'UE, plutôt que de le considérer comme un méchant sadique qui aime trahir ses promesses.
- D'autre part, l'incapacité à analyser correctement la montée des «populismes» en Europe et de là à bâtir une bonne stratégie électorale. Partant du principe que dans les pays d'Europe de l'Est, c'est quasi-exclusivement l'approche identitaire des programmes «populistes» qui expliquent leur succès (ce qui en partie faux), il en tirent la conclusion que l'approche sociale-souverainiste n'est pour rien dans l'ascension du FN. Or en espérant s'attirer les faveurs du faible électorat bourgeois libéral-conservateur, ils s'aliènent celles du fort électorat populaire, électorat qui s'il considère la problématique identitaire comme importante, est à la grande différence des PECO également sensible à la problématique économique et de ce fait risque de se jeter dans les bras de Mélenchon.
-Enfin, pour diverses raisons, je ne considère pas que la France puisse avoir le programme libéral-conservateur d'un vulgaire PECO, acceptant parfaitement d'être otanisé et fédéralisé du moment que l'identité est sauve. Je suis d'accord pour dire que la problématique identitaire est importante en France, mais construire un projet politique seulement sur celle-ci, c'est manquer cruellement d'ambition pour ce pays qu'est la France.

Descartes 15/10/2017 10:08

@ luc

[Pourriez-vous, SVP, évoquer vos ressentis au vu du revirement brusque de Le Pen Marine, devenue européiste, depuis que Philippot est exclu ?]

Il faut être précis avec les faits. A ma connaissance, il n’y a eu aucun « revirement ». Marine Le Pen n’a pas embrassé le drapeau européen et proclamé son amour pour Juncker. Elle s’est contentée d’une petite phrase : « il est possible de faire beaucoup de choses sans sortir de l’Euro ». A partir de cette petite phrase, les médias se sont donnés à cœur joie sur le mode « le FN devient européiste ». Bernard Guetta, l’eurolâtre en chef de France Inter, a même fait un billet sur le mode « enfin le FN devient un parti responsable » et conseillant Marine Le Pen de compléter son virage et de faire campagne pour l’Euro. Comme quoi, tout le tralala sur le « racisme » qui rendait le FN infréquentable n’est plus un problème dès lors que ce parti fait « le bon choix » sur les questions essentielles…

Il est clair que le départ de Philippot est la conséquence d’une victoire des « traditionnalistes » sur les « sociaux-souverainistes ». Et le diagnostic des « traditionnalistes » est que le discours sur la sortie de l’Euro fait peur à une partie de l’électorat potentiel du FN, et que plutôt que d’expliquer à cet électorat qu’il a tort – ce qui a mon sens est le devoir d’un parti qui serait politique au sens noble du terme – mieux vaut le caresser dans le sens du poil en renonçant à mettre en avant la sortie de l’Euro dans le discours public. Le paradoxe est qu’on accusait le FN de « démagogie » du temps où il soutenait une position qui n’était tout à fait celle de son électorat, et que maintenant qu’il cède pour tenir le discours que l’électeur veut entendre, on le déclare « sincère »…

Pour les souverainistes en général, c’est un coup dur. Ces dernières années, même porté par le FN – avec tous les problèmes que cela pose – le discours souverainiste avait une place dans le débat public du fait qu’un grand parti politique le faisait sien. Avec le retour du FN aux fondamentaux, ce discours risque d’être confiné au milieu groupusculaire.

Johnathan R. Razorback 14/10/2017 11:26

Et l'indépendantisme des pauvres évoqué dans le titre ?

Descartes 15/10/2017 09:54

@ Johnathan R. Razorback

[Et l'indépendantisme des pauvres évoqué dans le titre ?]

Bonne question ! Je n’attendais pas moins de vous…

En fait, si je n’ai pas fait de développement sur « l’indépendantisme des pauvres », c’est que dans l’état actuel du capitalisme c’est un phénomène qui n’est plus que marginal. Pas du point de vue du nombre – il se développe encore dans pas mal d’endroits – mais au sens de la dynamique historique. C’est un héritage du passé, qui n’a plus de fondement autre que culturel.

D’abord, précisons un point : lorsque je parle d’une région « riche », cette richesse peut être réalisé ou potentielle. Une région possédant d’énormes ressources et située sur les voies de communication peut être « pauvre » à un moment donné du point de vue de ses revenus pour des raisons conjoncturelles, mais être « riche » en puissance.

Maintenant, posons-nous la question : dans quel contexte une région « pauvre » aurait-elle un intérêt économique à rompre les liens avec une nation plus riche qu’elle ? La réponse semble évidente : dans le cas où l’ensemble national empêcherait le jeu des transferts de richesse. Ces cas peuvent bien entendu se présenter… mais c’est la question inverse qui est intéressante : quel intérêt auraient les autres régions à empêcher une région pauvre de s’en aller ? Dans le passé, la réponse était simple : la puissance d’une nation était liée à sa démographie et à son poids économique global. Un territoire vaste, une armée nombreuse faisait la puissance d’un pays. Mais aujourd’hui, on sait que ce n’est plus le cas. Le temps des empires est passé, et la puissance d’une ville-état comme Singapour peut être supérieure à celle d’un pays bien plus vaste comme la Thaïlande ou la Malaisie.

En d’autres termes, « l’indépendantisme des pauvres » devrait aboutir, si l’on suivait simplement ses intérêts, à l’indépendance, puisque là où les « pauvres » veulent partir, les « riches » ont intérêt à leur départ.

Seulement, voilà : il y a l’héritage du passé. Il y a les cultures politiques. Il y a les traditions. Il y a tout un ensemble d’éléments « super-structurels » (au sens marxiste du terme) qui peuvent conduire à refuser des situations qui, pourtant, sont dans l’intérêt des parties. Ce sont ces situations qui empêchent « l’indépendantisme des pauvres » d’aboutir à l’indépendance effective. Mais étant un phénomène sans base économique, on peut le considérer comme marginal.

cdg 14/10/2017 10:14

Etes vous sur que l Alsace n ait rien a gagner sur un plan economique a quitter la France et se tourner vers le Luxembourg/RFA/suisse ? J en suis pas sur.
De meme, la region d ou je viens (Savoie) aurait tout interet a cesser de financer la France et se tourner vers la suisse (qui assure deja la prosperite de la haute savoie)
Pourtant, ces 2 regions ont pas de mouvement independantiste significatifs
A l inverse la corse est une region pauvre, qui beneficie largement des transferts de la France et ils ont un mouvement independantiste (FLNC) et des autonomistes (qui comme vous l ecrivez veulent simplement traire le contribuable francais).
D ailleurs cette option de soutirer un maximum risque d etre une dynamique renforcant les independantistes des regions riches : pourquoi payer pour des gens qui ne vous considerent que bon pour cracher au bassinet et qui vous meprisent cordialement ? surtout si cet argent est utilise pour du clientelisme/gabegie (si on reste sur le cas corse, les exemples sont helas nombreux)

Ce qui me gene dans votre texte, c est la justification du centralisme parisien. Vous croyez que c est vraiment une bonne chose d avoir tout centralisé sur 5 % du pays ? que les gens soient oblige de s entasser là car il n y a pas d alternative chez eux :-(
Comme beaucoup de francais, j ai commence a travailler a Paris, j ai detesté et suis parti dès que j ai pu. C etait en 1990 et les choses sont encore pire maintenant. Ca va vous faire hurler, mais maintenant un jeune francais a une alternative a Paris, c est aller à l etranger. Si on a 20 % des ingenieurs qui commencent a travailler a l etranger, c est quand meme pas pour rien

PS:
1) je suis pas sur que les guerres ouvertes en europe soient definivement du passé. l armement nucleaire interdit une reddition de 39-45 mais pas des guerres de type yougoslavie (guerre civile) ou Ukraine (un parti est soutenu en douce par un autre pays)
2) il semble que meme en catalogne, il y ait un sentiment national espagnol, pour preuve la manif du WE dernier. Les sentiments c est pas qu une histoire de gros sous ;-)

Descartes 18/10/2017 10:43

@ Antoine

[Du coup, que penser de cette tendance à constituer des « campus » en lointaine banlieue alors que les écoles prestigieuses étaient, historiquement, situées en centre ville ?]

Personnellement, j’ai toujours été contre. Je pense qu’on s’est tiré une balle dans le pied en isolant les étudiants de tout ce qui fait la vie culturelle d’une grande ville. Je pense que cela joue aussi sur la qualité intellectuelle de nos élites. Au demeurant, il faut nuancer : la plupart de ces campus ont été construits de manière à avoir des communications relativement aisées avec Paris : Centrale et Polytechnique, tout comme la fac d’Orsay se trouvent à trois pas du RER B et à vingt minutes en voiture de la Porte d’Orléans.

J’ajoute que lorsque ces campus ont été construits, il y a eu un souci d’y amener les activités culturelles. Ainsi, par exemple, les campus construits dans les années 1960-70 disposent de salles permettant de monter des spectacles musicaux ou théâtraux et de faire des projections de cinéma, et ces campus – je pense à celui de Centrale par exemple – avaient jusqu’aux années 1990 une vie culturelle assez intense, même si elle ne peut se comparer avec celle d’une grande ville.

Antoine 17/10/2017 19:42

@Descartes

> La formation intellectuelle ne se fait pas seulement dans les amphis. Le fait que les étudiants aient à leur disposition des théâtres, des cinémas, des musées, des bibliothèques fait partie aussi d’une formation humaniste.

Du coup, que penser de cette tendance à constituer des « campus » en lointaine banlieue alors que les écoles prestigieuses étaient, historiquement, situées en centre ville ? Je me souviens, lorsque j'ai passé les oraux à Centrale, m'être dit « si jamais je choisis cette école, je vais être réduit à faire du sport pendant tout mon temps de loisir... » (c'est une simplification bien sûr : il y a aussi l'alcool, les jeux de société et les diverses soirées étudiantes si riches et épanouissantes).

Descartes 15/10/2017 10:32

@ CVT

[petit aparté sur cette question de répartition: est-ce pour les mêmes raisons que vous évoquez qu'il faudrait s'opposer à la suppression du principe d'universalité des allocations familiales?]

Non. Même si personnellement je suis pour le principe d’universalité, ce n’est pas pour les mêmes raisons. D’un côté, il y a la question du transfert des régions riches aux régions pauvres. Il est clair que ce transfert ne peut fonctionner durablement s’il n’y a pas un retour fut-ce symbolique qui rétablisse une forme d’équilibre.

Mais dans le cas des allocations, l’universalité ne revient pas à ce que les « pauvres » remercient les « riches » de leurs largesses. Pour moi, la logique d’universalité a un but pédagogique : elle permet aux « classes moyennes » d’expérimenter ce que c’est qu’un mécanisme de péréquation, et l’intérêt qu’on peut y trouver. Car la logique de conditionnement aux ressources finit par faire que les principaux contributeurs n’expérimentent jamais dans leur propre chair ce que c’est que d’être du côté de celui qui reçoit…

Descartes 15/10/2017 10:25

@ cdg

[L’Alsace n’est pas un bloc homogène c’est sûr mais même la partie la plus pauvre (Mulhouse) aurait intérêt financièrement à faire sécession:
-Bale c’est à 20 km
-l’argent versé par la partie riche de l’Alsace irait à Mulhouse au lieu du 93 ou Mayotte]

Prenons les deux arguments. D’abord, Bâle est à 20 km mais de l’autre côté d’une frontière. Et rien ne vous dit qu’une Alsace indépendante toucherait le moindre transfert venant de Bâle. Car les Bâlois ne sont pas particulièrement partageux, que je sache…

Ensuite, il n’y a aucune raison que l’argent versé par la partie riche de l’Alsace indépendante serait transférée vers le Sundgau pauvre. En tout cas, les habitants du coin en doutent fort, au point qu’ils ont voté contre la réunion des deux départements alsaciens, préférant être administrés depuis Colmar que depuis Strasbourg. C’est tout le sens de mon commentaire sur le fait que l’Alsace ne constitue pas une nation – le terme « homogène » n’était pas très bien choisi. Il n’existe pas entre alsaciens une logique de solidarité inconditionnelle qui assure en cas d’indépendance que la richesse de Strasbourg sera partagée avec Mulhouse.

[La concentration à Paris pose non seulement des problèmes de surpopulation, de cout (par ex il faut des transport en commun très efficace pour acheminer les banlieusards matin et soir) mais aussi de connivence (le copinage existera toujours mais c’est plus facile si tout le monde habite au même endroit, fréquente les mêmes cercles).]

Mais c’est ce « copinage » justement qui rend précisément si profitable la concentration à Paris. Les meilleurs scientifiques, les meilleurs juristes, les meilleurs administrateurs peuvent se fréquenter quotidiennement, échanger, discuter… pensez-vous que ce serait mieux si chacun d’entre eux était dans une ville différente ? Sans vouloir vous contredire, vous noterez qu’aucun village n’a jamais produit un prix Nobel…

[Quant à votre argument sur l’université, dois-je vous signaler que les universités françaises sont à la traine ?]

D’abord, j’aimerais savoir sur quel critère elles seraient « à la traine ».

[même si on y ajoute les grandes écoles on a du mal à rivaliser avec les universités de pays décentralisés (USA, canada ou simplement la suisse. L’EPLF (Lausanne) écrase la Sorbonne)]

Je ne vois pas très bien de quels « pays décentralisés » vous parlez. Le système universitaire américain, pour reprendre votre exemple, est au contraire extrêmement « centralisé », et repose sur une concentration de moyens massive sur certaines universités de prestige. Je ne connais pas beaucoup de prix Nobel qui enseignent dans l’Idaho ou dans la Caroline du Nord. Bien sûr, un pays de la taille des Etats-Unis peut se permettre d’avoir plusieurs « centres » là où la France ne peut guère se payer qu’un. Quant à « l’écrasement » de la Sorbonne par l’EPFL, je demande à voir. En tout cas, ce n’est pas demain que l’EPFL écrasera l’ENS…

Mais je ne voulais pas restreindre la question au pur enseignement universitaire. La formation intellectuelle ne se fait pas seulement dans les amphis. Le fait que les étudiants aient à leur disposition des théâtres, des cinémas, des musées, des bibliothèques fait partie aussi d’une formation humaniste. Tiens, de combien de théâtres, de musées, de bibliothèques disposent les étudiants de l’EPFL ?

CVT 15/10/2017 01:34

@Descartes,
[Si les « pauvres » ne savent pas jouer le jeu de la réciprocité et rendre ne serait-ce que symboliquement ce qu’ils reçoivent, les « riches » vont terminer par se convaincre qu’ils n’ont aucune raison de continuer à payer.]

petit aparté sur cette question de répartition: est-ce pour les mêmes raisons que vous évoquez qu'il faudrait s'opposer à la suppression du principe d'universalité des allocations familiales?
Les Français semblent favorables à cette mesure, qui paraît juste, mais ils se trompent lourdement, car tous les travailleurs, quelle que soit leur condition sociale, y contribuent, les plus riches inclus. Outre un sentiment d'injustice, qui serait légitime, SSi on remettait en cause l'universalité des allocations familiales, les plus aisés seraient fondés à rendre leur cotisation CONDITIONNEL, vu qu'ils n'y auront plus droit automatiquement. Et encore, je ne parlerai pas du caractère anti-famille de cette mesure...

cdg 14/10/2017 22:37

L alsace n est pas un bloc homogène c est sur mais meme la partie la plus pauvre (Mulhouse) aurait interet financièrement a faire secession:
-Bale c est a 20 km
-l argent verse par l partie riche de l alsace irait a Mulhouse au lieu du 93 ou Mayotte

La concentration a Paris pose non seulement des problemes de surpopulation, de cout (par ex il faut des transport en commun tres efficace pour acheminer les banlieusards matin et soir) mais aussi de connivence (le copinage existera toujours mais c est plus facile si tout le monde habite au meme endroit, frequente les memes cercles) .
Quant a votre argument sur l université, dois je vous signaler que les universités francaises sont a la traine ? meme si on y ajoute les grandes ecoles on a du mal a rivaliser avec les universites de pays decentralisés (USA, canada ou simplement la suisse. l EPLF (lausanne) ecrase la sorbonne)

Descartes 14/10/2017 21:58

@ cdg

[Etes-vous sûr que l’Alsace n’ait rien à gagner sur un plan économique a quitter la France et se tourner vers le Luxembourg/RFA/suisse ? Je n’en suis pas sûr.]

Et pourtant, c’est le cas. N’oubliez pas que l’Alsace, ce n’est pas seulement Strasbourg et sa métropole. C’est aussi Mulhouse… l’Alsace strasbourgeoise est riche, c’est entendu. Mais la richesse est très concentrée. C’est d’ailleurs ce qui a joué lors du dernier référendum pour unifier les deux départements alsaciens : les haut-rhinois ont moins peur d’être exploités par Paris que de l’être par Strasbourg. C’est d’ailleurs une constante en France : l’Etat central est vu comme plus protecteur – parce que plus égalitaire dans la répartition – que les pouvoirs locaux.

[De même, la région d’où je viens (Savoie) aurait tout intérêt à cesser de financer la France et se tourner vers la suisse (qui assure déjà la prospérité de la Haute Savoie)]

Je doute que la Savoie « finance la France ». Malheureusement, je n’ai des chiffres que par régions, et la Savoie ne constitue à elle seule une région. Mais je doute que ce que la Savoie reçoit en termes de péréquation tarifaire, d’investissement dans les infrastructures, etc. soit inférieur à l’impôt payé par les savoyards…

[A l inverse la corse est une region pauvre, qui beneficie largement des transferts de la France et ils ont un mouvement independantiste (FLNC) et des autonomistes (qui comme vous l ecrivez veulent simplement traire le contribuable francais).]

Mais si le FLNC a toujours proclamé sa volonté d’indépendance, en pratique elle ne sert que comme outil de chantage vis-à-vis d’un Etat qu’on sait sensible à l’unité du pays. Lorsque Raymond Barre déclara en son temps qu’il faudrait organiser un référendum d’indépendance, la réaction des Corses – FLNC inclus – n’a été guère enthousiaste.

[D’ailleurs cette option de soutirer un maximum risque d’être une dynamique renforçant les indépendantistes des régions riches : pourquoi payer pour des gens qui ne vous considèrent que bon pour cracher au bassinet et qui vous méprisent cordialement ?]

Tout à fait. C’est un peu le point que voulait poser en son temps Barre avec la proposition dont j’ai parlé plus haut. Notre histoire fait que la solidarité inconditionnelle dans le cadre national fonctionne. Mais cela implique que chacun joue le jeu. Si les « pauvres » ne savent pas jouer le jeu de la réciprocité et rendre ne serait-ce que symboliquement ce qu’ils reçoivent, les « riches » vont terminer par se convaincre qu’ils n’ont aucune raison de continuer à payer.

[Ce qui me gêne dans votre texte, c’est la justification du centralisme parisien. Vous croyez que c’est vraiment une bonne chose d’avoir tout centralisé sur 5 % du pays ?]

Oui, je le pense profondément. La pensée, la création, la puissance ont besoin d’une masse critique. Une université qui attire et concentre les meilleurs esprits d’un pays de 60 millions d’habitants et leur permet de dialoguer entre eux sera puissante et créative. Si chacun de ces esprits reste dans sa province, à enseigner dans une petite université, la richesse intellectuelle créée sera bien moindre. Le gouvernement d’un pays de 60 millions d’habitants peut réunir les moyens intellectuels, financiers, politiques pour lancer de grands projets. Si chacun se met à cuire son petit ragoût dans son petit pot…

Paris a pu être la « ville lumière » parce qu’elle a su concentrer les ressources du pays. La dispersion de ces ressources c’est le naufrage de tout rêve de grandeur dans un océan de « ça m’suffit ».

[Comme beaucoup de français, j’ai commencé à travailler à Paris, j’ai detesté et suis parti dès que j’ai pu.]

Moi, c’est exactement l’inverse ! J’ai étudié à Paris, j’ai fait une bonne partie de ma première carrirèe en province… et je n’ai jamais été aussi heureux que le jour ou j’ai réussi à me faire nommer à Paris !

[Si on a 20 % des ingénieurs qui commencent a travailler a l’étranger, c est quand meme pas pour rien]

Mais je doute que ce soit pour ça : la destination préférée des jeunes français qui partent à l’étranger est Londres…

morel 14/10/2017 00:24

« rêver d’une Europe constituée de « métropoles » ou les riches pourraient vivre, laissant les pauvres croupir dans le reste du territoire. »

Au risque de me tromper, je dirais que c’est très exactement à mon avis la phase historique du capitalisme dans laquelle nous sommes, j’ai l’impression même que ce « territoire » même des « métropoles » va de plus en plus vers une différentiation (voir le 93 hors secteur de « gentrification »).
C’est mon sentiment, je n’ai aucune prétention à la théorisation, il serait bienvenu d’en débattre avec plus capables. L’impression d’une France « utile » et de l’autre « inutile ».
Il me semble que le capitalisme qui avait porté (certes avec l’exploitation et la « marchandisation ») le progrès dans le monde nous mène à la régression (du moins pour la partie « inutile » de plus en plus forte) sans donner dans le « catastrophisme », c’est pas à pas.
De ce point de vue, nos divers indépendantistes ou autonomistes régionaux sont des crétins. L’« Europe » des régions, c’était la phase d’hier du « plan » de l’U.E. pour affaiblir les nations. On le voit bien avec la Catalogne : embarras de l’U.E. qui, sans le dire, appuie sur les « métropoles » quelques soient les conséquences pour leur région.

« Les autres, même les plus riches comme l’Alsace, bénéficient trop des mécanismes de péréquation et des programmes nationaux d’infrastructures pour que l’indépendance soit vraiment intéressante. ».

L’Alsace hormis la période d’immédiat après-guerre 14 à cause de l’imbécilité de l’administration militaire n’a jamais eu de velléité autonomiste et ce, au-delà de sa richesse, des péréquations nationales. Son histoire douloureuse s’inscrit résolument dans le destin national avec la Révolution, pas une simple affaire d’ « intérêt ».

Descartes 19/10/2017 18:28

@ morel

[Vous l’écrivez par ailleurs, les anciennes métropoles ont toujours vécu de « l’aspiration » des « territoires » mais avec ces politiques, il s’agit d’accélérer.]

Sauf que la logique ancienne était celle de l’aménagement du territoire. Les « métropoles » aspiraient les talents pour leur développement, mais ensuite alimentaient les mécanismes de péréquation qui permettaient à l’ensemble des territoires de bénéficier de services et d’infrastructures qu’ils n’auraient pas pu se payer tous seuls.

La descentralisation à partir des années 1970 a fait apparaître des métropoles qui, installées dans un contexte régional et non plus national, ne veulent plus partager. C’est ce que le scrutin alsacien illustre : les Alsaciens ne croient pas à la solidarité inconditionnelle des citoyens de la métropole strasbourgeoise avec le reste de l’Alsace. En d’autres termes, ils ne croient pas à la « nation alsacienne »…

[Un aménagement raisonné du territoire me semble préférable. Je ne suis pas sûr que la bonne solution soit une ou deux mégapoles face à un désert]

Je suis d’accord. Mais une politique d’aménagement du territoire implique l’existence d’une autorité centrale suffisamment forte pour faire cracher les territoires les plus riches au bassinet et pour distribuer cette manne entre les plus pauvres. La République « décentralisée » qui tend dangereusement vers une République « fédéralisée » tend à accentuer les disparités, et non à les résorber. Et du coup, favorise le dépeuplement des régions pauvres et la densification des régions riches.

morel 18/10/2017 00:13

« En d’autres termes, entre la partie « riche » de l’Alsace et la partie « pauvre », il y a un différentiel de 42 points. C’est quand même significatif, non ? »

C’est exactement le problème que je voulais souligner. Les politiques favorisant les « métropoles » ne peuvent conduire qu’à ceci alors que les « territoires » souffrent déjà. Et ces « territoires » concernent aussi certaines banlieues des métropoles. La question sociale est toujours là.

Vous l’écrivez par ailleurs, les anciennes métropoles ont toujours vécu de « l’aspiration » des « territoires » mais avec ces politiques, il s’agit d’accélérer.
Un aménagement raisonné du territoire me semble préférable. Je ne suis pas sûr que la bonne solution soit une ou deux mégapoles face à un désert (ce qui signifierait aussi des banlieues sur le modèle américain, on en a déjà assez comme cela…). Là aussi, c’est sous-tendu par la phase actuelle de développement du capitalisme.
Comment au-delà, trouver l’équilibre ?

Descartes 16/10/2017 18:06

@ morel

[Oui, mais ne faut-il pas rester prudents tant de « prophètes » ayant annoncé la mort du capital ?]

Il faut se montrer toujours prudent sur les prophéties, particulièrement quand elles ne comportent pas de date d’exécution…

[Vous ironisez mais ne faut-il pas aussi se garder d’un matérialisme « brut de fonderie » ? Sinon comment expliquer que toutes les régions riches en France ou en Europe ne prônent pas la sécession ? D’autre part, l’histoire est aussi un élément matériel dans la conscience des populations.]

Il faut bien entendu se garder de toute interprétation mécaniciste. Si les intérêts matériels sont les déterminants ultimes de la macro-histoire, les chemins que celle-ci emprunte dépendent en grande partie d’éléments historiques. Cela étant dit, la raison pour laquelle les régions riches en France et en Europe ne demandent pas toutes leur indépendance est parfaitement explicable en termes matérialistes. Certaines régions – c’est le cas des régions riches en France – tirent une partie importante de leur richesse des liens historiques qu’elles entretiennent avec le reste de la France. Ce n’est pas par hasard si les régions françaises les plus riches – Ile de France, Rhône-Alpes – sont des régions « centrales », qui puisent une bonne partie de leur capital humain dans le reste du pays. En d’autres termes, les liens d’interdépendance sont trop puissants pour que ces régions envisagent une indépendance.

En fait, si la « richesse » est une condition nécessaire pour qu’une région ait intérêt à devenir indépendante, ce n’est pas une condition suffisante. Il faut aussi que cette richesse ne dépende pas des liens d’interdépendance avec les autres régions. L’Ile de France est la plus riche des régions françaises, mais elle ne l’est que parce qu’elle a la France derrière.

[Vous évoquez dans une autre réponse le référendum en Alsace. L’agglomération de Mulhouse est certainement bien moins riche que Strasbourg mais le « oui » l’a emporté a un peu plus de 50 %, le différentiel d’abstention n’étant qu’un peu plus de 2 points.
Dans un bureau de vote d’un quartier défavorisé de Strasbourg le « oui » l’emporte…avec presque 92 % d’abstention.]

En d’autres termes, entre la partie « riche » de l’Alsace et la partie « pauvre », il y a un différentiel de 42 points. C’est quand même significatif, non ?

morel 15/10/2017 02:13

« Et ce faisant, il devient « un obstacle au développement des forces productives ». C’est là la contradiction que Marx avait mis en évidence. »

Oui, mais ne faut-il pas rester prudents tant de « prophètes » ayant annoncé la mort du capital ?

« Je suis trop matérialiste pour penser que « son histoire douloureuse » aurait empêché l’indépendantisme de se manifester en Alsace si les Alsaciens y avaient intérêt. »

Vous ironisez mais ne faut-il pas aussi se garder d’un matérialisme « brut de fonderie » ? Sinon comment expliquer que toutes les régions riches en France ou en Europe ne prônent pas la sécession ? D’autre part, l’histoire est aussi un élément matériel dans la conscience des populations.

Vous évoquez dans une autre réponse le référendum en Alsace. L’agglomération de Mulhouse est certainement bien moins riche que Strasbourg mais le « oui » l’a emporté a un peu plus de 50 %, le différentiel d’abstention n’étant qu’un peu plus de 2 points.
Dans un bureau de vote d’un quartier défavorisé de Strasbourg le « oui » l’emporte…avec presque 92 % d’abstention.
Enfin Colmar, ville loin d’être pauvre connaît un « non » à 67 % : peur de perdre préfecture et autres services au profit de Strasbourg. Déjà les métropoles et non plus les régions.

Descartes 14/10/2017 21:30

@ morel

[Au risque de me tromper, je dirais que c’est très exactement à mon avis la phase historique du capitalisme dans laquelle nous sommes, j’ai l’impression même que ce « territoire » même des « métropoles » va de plus en plus vers une différentiation (voir le 93 hors secteur de « gentrification »).]

C’est tout à fait mon point… les états-nations avec leur solidarité inconditionnelle sont apparus parce que les régions riches avaient besoin des régions pauvres, et étaient prêtes à acheter leur fidélité au prix des transferts que cette solidarité implique. Aujourd’hui, les riches n’ont plus besoin – ou en tout cas ils pensent ne plus avoir besoin – des pauvres. On peut donc se permettre de les laisser tomber, et on le fait par le morcellement territorial et la fin des péréquations.

[Il me semble que le capitalisme qui avait porté (certes avec l’exploitation et la « marchandisation ») le progrès dans le monde nous mène à la régression (du moins pour la partie « inutile » de plus en plus forte) sans donner dans le « catastrophisme », c’est pas à pas.]

Et ce faisant, il devient « un obstacle au développement des forces productives ». C’est là la contradiction que Marx avait mis en évidence.

[L’Alsace hormis la période d’immédiat après-guerre 14 à cause de l’imbécilité de l’administration militaire n’a jamais eu de velléité autonomiste et ce, au-delà de sa richesse, des péréquations nationales. Son histoire douloureuse s’inscrit résolument dans le destin national avec la Révolution, pas une simple affaire d’ « intérêt ».]

Je suis trop matérialiste pour penser que « son histoire douloureuse » aurait empêché l’indépendantisme de se manifester en Alsace si les Alsaciens y avaient intérêt.

Gugus69 13/10/2017 19:52

Bonsoir ami et camarade,
Selon Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, "La Corse n’est pas dans la même séquence que les Catalans". [...] "La Catalogne a beaucoup d’avance sur la Corse. Sur le plan institutionnel parce qu’elle dispose d’un statut et de larges pouvoirs depuis des années, ce qui n’est pas le cas de la Corse. Sur le plan économique, la Corse ne connait pas la situation florissante de la Catalogne."
Eh oui, M. Talamoni : on arrêtera de partager quand on aura la plus grosse part ... On ne peut être plus clair.

Descartes 14/10/2017 21:15

@ Gugus69

[Bonsoir ami et camarade,]

Merci de ce salut, il m’honore.

[Eh oui, M. Talamoni : on arrêtera de partager quand on aura la plus grosse part ... On ne peut être plus clair.]

Je pense que cette déclaration illustre parfaitement mon commentaire. Aujourd’hui, la « situation florissante » est pour les « indépendantistes » Corses la condition sine qua non pour avancer vers l’indépendance. L’indépendance est donc une simple question de gros sous.

luc 13/10/2017 18:22

Dans l'ensemble,ce texte vivifiant,me réjouit car j'y retrouve les qulités si apprécies de Descartes.
Oui,merci á vous,Descartes de la qualité,de votre blog.Il est un bienfait qui embellit notre vie.Oui,merci.
D'autant que le repositionnement euro-libéral des Lepen,qui retournent au bercail droitiste,s'accompagne de l'exclusion du sympathique Philippot.
Ne pensez vous pas,qu'il est vain de déprimer à la vue de la faiblesse des souverainistes,puisque ce seront les autres pays de l'UE qui provoqueront sa chute,dans quelques années?

Descartes 14/10/2017 21:12

@ luc

[Ne pensez-vous pas qu'il est vain de déprimer à la vue de la faiblesse des souverainistes, puisque ce seront les autres pays de l'UE qui provoqueront sa chute, dans quelques années?]

Il n’est jamais très productif de « déprimer ». Par ailleurs, il n’est pas possible de savoir si d’autres pays sont prêts à nous rendre ce service. Comme disait mongénéral, il faut arrêter de croire que la solution de nos problèmes viendra des autres, et se préparer à combattre.