Mes lecteurs ne seront pas surpris d’apprendre que je n’ai aucune affinité avec Denis Baupin. Pour le dire en d’autres termes, je trouve le député de Paris insupportable, dogmatique, opportuniste, bref, un digne produit d’EELV. Je ne partage avec lui aucun point de vue : ni sur le nucléaire, ni sur l’Europe, ni sur la République, ni sur rien. Mais j’avoue que la brusque curée qui s’est abattue sur lui me met très mal à l’aise. D’autres profitent lorsqu’ils voient leur adversaire à terre pour lui mettre un coup de pied. Pas moi. Surtout quand ce qui le met à terre s’avère être plus dangereux que l’adversaire en question.
Car la chute de Denis Baupin doit sonner comme une alarme pour l’ensemble des êtres humains de sexe masculin hétérosexuels. Elle illustre à la perfection la vague de puritanisme venue des Etats-Unis qui déferle depuis quelque temps sur les gauches européennes en général et française en particulier. N’est ce pas d’ailleurs ironique que les héritiers de ceux-là même qui en 1968 exaltaient la « jouissance sans entraves » et la libération de toutes les contraintes sexuelles soient les premiers à instituer la chasse aux satyres libidineux ?
Car que reproche-t-on a Denis Baupin, finalement ? D’avoir essayé d’embrasser une camarade dans un couloir. D’avoir envoyé des sms cochons. Des attouchements furtifs. Et à chaque fois, lorsque la récipiendaire a signifié son refus, il n’a pas insisté et pas récidivé. Faut-il faire un plat de tout ça ? Une démission se justifie-t-elle ?
Les « féministes de genre » me répondront que oui. Qu’un simple baiser volé dans un couloir peut traumatiser pour le reste de sa vie une faible femme politique d’EELV. Qu’il faut imposer aux mâles la règle americaine du « non veut dire non », et exiger un acte notarié enregistrant le consentement des deux partenaires et les limites de leurs rapports avant toute relation de nature sexuelle, comme par exemple toucher le petit doigt. Ce n’est qu’ainsi que les « faibles femmes » pourront vivre dans la sécurité et la tranquillité. Ce faisant, les « féministes de genre » adhèrent à la vision de la femme qui était celle des victoriens : un être faible, incapable de se défendre, et qui tombe dans les pommes pour un oui ou pour un non.
Outre le fait qu’il faut un certain degré d’imagination pour associer l’image d’une « faible femme » aux walkyries qu’on rencontre dans les instances d’EELV, cette vision présente une faiblesse inhérente en ce qu’elle prétend plaquer une structure simple sur l’un des rapports les plus complexes que nous connaissions, celui entre un homme et une femme. Si nos ancêtres avaient strictement appliqué la doctrine du « non veut dire non », si chaque mâle avait rebroussé chemin dès le premier refus, notre espèce se serait probablement éteinte il y a des siècles. Le rapport entre un homme et une femme est fait de « non » qui veulent dire « peut-être », des « peut-être » qui veulent dire « oui ». La séduction est un langage infiniment complexe et subtil, et il y a toujours une possibilité de mal lire les signaux que l’autre émet. Faut-il insister lorsqu’on s’est fait rabrouer au risque de passer pour un dragueur « lourd » ? Est-il préférable d’y renoncer au risque de rater une affaire et finir tous les deux frustrés et insatisfaits ?
En France, l’approche du sexe est traditionnellement hédoniste. Le sexe est d’abord un plaisir, un jeu. Une activité qu’on ne prend pas au sérieux. Si dans un jeu on abat une carte par erreur, on ne va pas faire tout un plat. On s’excuse et on passe à la suite. C’est cette approche ludique et décomplexée qui a fait notre réputation en Europe et dans le monde. Dans les pays puritains, c’est tout le contraire. Le sexe est une affaire sérieuse, qu’il importe d’entourer d’une foule d’interdits sous peine de voir la société tomber dans le péché et encourir la colère divine. La ou nous voyons un jeu, les puritains voient une violence. D’où cette omniprésence du viol dans l’imaginaire sexuel puritain, aidé par des statistiques qu’on fabrique en étendant la notion de viol à l’infini. C’est ce puritanisme que le « féminisme de genre » a importé chez nous. Et on en voit les effets : aujourd’hui, dans le code pénal, il est moins grave d’enfoncer de force un couteau dans le bide de quelqu’un que d’y enfoncer un pénis dans sa bouche (1). Toute une industrie d’avocats, de psychologues, d’experts en « reconstruction » s’est développée destinée à protéger les « faibles femmes » du mâle libidineux qui ne cherche qu’une chose : violer sa proie.
Denis Baupin est aujourd’hui victime de ce délire puritain. Et il est ironique que la chasse aux sorcières touche un homme qui n’a jamais lésiné à l’heure de soutenir les « féministes de genre » dans leurs croisades… comme aurait dit mon grand-père, « qui se couche avec le chien se réveille avec les puces ».
Descartes
(1) Les coups et blessures volontaires avec arme sont un délit puni de 3 ans de prison (10 ans en cas de mutilation). Le viol (et la pénétration buccale tombe sous cette qualification) est un crime puni de 15 ans de prison. Si vous aviez à choisir entre les deux, que préféreriez vous ?
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